Bobbie Gaucher - 06 juillet 2026
Ci-dessus : La conférence s’est ouverte sur une séance plénière très marquante animée par Lucy Potter, avec la participation de Jonathan Price, Randy Smallwood, Catherine McLeod-Seltzer et Adam Lundin.
L'industrie minière à un tournant décisif
Le congrès CIM CONNECT 2026 s’est tenu à Vancouver à un moment où l’industrie minière est confrontée à la fois à d’importantes pressions et à de grandes occasions. Au cours de la première semaine de mai, un message est revenu sans cesse lors des séances plénières, des séances techniques, des forums spéciaux et des conversations informelles : l’industrie minière ne se contente plus de se préparer pour l’avenir. On lui demande désormais de le bâtir dès maintenant.
Articulée autour du thème Notre moment minier : croissance stratégique et exploitations durables, la conférence de cette année a dépassé le stade du simple optimisme général pour se concentrer sur l’exécution. Les conférenciers ont invité l’industrie à pousser plus loin sa réflexion sur la réalisation des projets, l’établissement des partenariats, l’implantation des technologies et la mise en œuvre concrète du développement durable en temps réel.
« Le thème de cette année reflète à la fois l’occasion et la responsabilité qui s’offrent à nous », a déclaré Rudy Zdravlje, directeur technique de la planification stratégique chez Teck Resources Limited, lors de son allocution d’ouverture. « Posez des questions, partagez ce qui fonctionne, visitez l’Expo, renouez avec vos collègues et prenez le temps de faire de nouvelles rencontres. »
De « juste-à-temps » à « au cas où »
La conférence s’est ouverte par une séance plénière marquante à laquelle ont participé Jonathan Price, président et chef de la direction de Teck Resources Limited; Randy Smallwood, président non exécutif de Wheaton Precious Metals; Catherine McLeod-Seltzer, administratrice chez Teck Resources Limited et intronisée au Temple de la renommée du secteur minier canadien en 2026; ainsi qu’Adam Lundin, président de Lundin Mining Corporation. Animée par Lucy Potter, directrice générale du groupe commercial de Rio Tinto, la table ronde a posé une question centrale : qu’est-ce qui rend ce cycle minier différent?
Selon les panélistes, la réponse tient en un mot : l’urgence.
« Nous vivons une période d'effervescence », a affirmé Mme Potter. « Qu’est-ce qui est différent aujourd’hui? »
Jonathan Price, président et chef de la direction de Teck Resources LimitedM. Price a directement mis en avant l’électrification, les infrastructures de l'IA et les pressions sur la chaîne d’approvisionnement. « Le "juste-à-temps" est en train de devenir le "au cas où" », a-t-il déclaré lors de son discours d’ouverture. La demande mondiale en cuivre, en aluminium et en minéraux critiques augmente plus rapidement que la capacité de l'industrie minière à les fournir de manière responsable. Bien que le secteur ait pris conscience depuis longtemps de la vague de demande à venir, M. Price a fait valoir que les gouvernements et la société ne font que commencer à reconnaître pleinement l'importance stratégique de l'industrie minière.
« Le monde a besoin de plus de Canada », a-t-il déclaré, en référence à l’approche collaborative du pays, à sa gouvernance stable et à sa réputation en matière de développement responsable des ressources.
Pourtant, plusieurs conférenciers ont averti que le Canada ne pouvait pas s'appuyer uniquement sur sa seule réputation. Mme McLeod-Seltzer a souligné que les attentes des parties prenantes ont progressé au même rythme que le rendement de l'industrie. La collaboration entre les gouvernements, les communautés et l’industrie n'est plus optionnelle : elle est devenue fondamentale.
M. Lundin a quant à lui fait valoir que le secteur minier dispose d’une fenêtre d’opportunité étroite, mais cruciale, pour démontrer sa valeur aux communautés par le biais d’investissements à long terme dans des infrastructures et des partenariats significatifs. « Le virage vers le développement durable, qui va au-delà de la fermeture des sites pour se concentrer sur la construction d’infrastructures locales qui dureront des décennies », représente un changement fondamental dans la manière dont les projets sont perçus, a-t-il expliqué.
M. Smallwood a résumé ainsi, de façon succincte, la pression qui pèse sur le secteur : « C’est à nous qu’il revient de répondre aux attentes de la société de manière responsable. »
La croissance stratégique dépend désormais de la confiance

La table ronde générale du mardi a mis en lumière l’une des priorités les plus pressantes de l’industrie minière d’aujourd’hui : la croissance stratégique
La table ronde sur la croissance stratégique tenue au cours de la semaine a approfondi cette réflexion en examinant les liens de plus en plus étroits entre le développement économique, les partenariats autochtones et la certitude des projets.
Animée par Julie Ann Wriston, directrice des relations avec les Autochtones chez Nutrien, cette table ronde réunissait Ron Hyggen, chef de la direction de Kitsaki Management Limited Partnership; Heather Exner-Pirot, directrice du programme Énergie, ressources naturelles et environnement à l’Institut Macdonald-Laurier; et Karla Mills, vice-présidente exécutive et chef du développement des projets chez Teck Resources Limited.
M. Hyggen a souligné que les communautés autochtones s’attendent de plus en plus à être traitées comme de véritables partenaires plutôt que comme des parties prenantes consultées tardivement dans le processus.
« Nous voulons tracer cette voie ensemble », a-t-il déclaré.
Pour M. Hyggen, la planification du développement durable doit dépasser les cycles de leadership actuels et s’ancrer dans une réflexion à long terme. Il a noté que les nations autochtones collaborent de plus en plus entre elles pour partager leurs expériences en matière d’ententes, de structures de projets et d’avantages pour les communautés.
Mme Exner-Pirot a fait valoir que l’occasion qui se présente actuellement au Canada dans le domaine des minéraux critiques exige de l’ambition, et non de l’hésitation. « Il ne suffit pas que le Canada reste neutre », a-t-elle déclaré. « Nous devons accroître notre part de marché mondial. »
De son côté, Mme Mills s’est concentrée sur les réalités opérationnelles. « Nous intégrons le risque dans notre scénario de base », a-t-elle expliqué, soulignant que le fait de repousser les discussions difficiles sur les risques, les échéanciers ou les sensibilités liées aux partenariats ne fait que créer des problèmes plus importants à un stade ultérieur du développement.
Ensemble, les panélistes ont réaffirmé que la croissance dans le secteur minier ne se mesure plus aujourd’hui uniquement à l’aune de la production ou des investissements. Elle se mesure de plus en plus à l’aune de la confiance, de la transparence et de la capacité à maintenir une vision commune entre l’industrie, les gouvernements et les communautés.
Le développement durable passe des ambitions à la mise en œuvre
À la fin de la conférence, les discussions sur le développement durable ont délaissé les grands principes théoriques pour se concentrer sur les réalités opérationnelles.
Animé par Lesley Warren, directrice de la Mining Futures Initiative, la table ronde Exploitations durables s’est largement concentrée sur l’eau, le perfectionnement de la main-d’œuvre et les relations avec les communautés.
« Nous devons ancrer notre optimisme dans la réalité », a déclaré Mme Warren. « Nous devons réussir en rendant les opérations durables directement sur le terrain. »
Les panélistes de mercredi : Sylvie Tran, Phil Wallace et Daley McIntyre, avec la modératrice Lesley WarrenSylvie Tran, vice-présidente de l'OEMS (système de gestion de l’excellence opérationnelle) et de l’environnement, de la santé et de la sécurité chez Suncor, a décrit la complexité croissante de la gestion de l’eau et l’incertitude réglementaire qui l’entoure. Elle a souligné que l’eau occupe désormais une place centrale dans les discussions impliquant à la fois les communautés, les exploitants et les gouvernements.
Phil Wallace, directeur général de Highland Valley Copper chez Teck Resources Limited, a souligné que les défis en matière de développement durable sont souvent les conséquences de décisions antérieures. « On ne peut pas s’en sortir uniquement en modifiant un schéma de procédé », a-t-il déclaré, affirmant que les investissements dans les personnes, les communautés et la diversité de la main-d’œuvre doivent être réalisés dès le début afin d’éviter des contraintes futures.
Daley McIntyre, directrice générale de l’exploitation de Key Lake chez Cameco, a apporté une perspective axée sur la communauté, ancrée dans le nord de la Saskatchewan. « Je n’utilise pas le mot “développement durable” », a-t-elle déclaré, « mais tout ce que je fais incarne les valeurs du développement durable. »
Pour Mme McIntyre, l’établissement de relations solides avec les communautés ne se fait pas en périphérie des activités : il constitue la stratégie opérationnelle en soi.
La technologie ne fonctionne que si les opérations sont prêtes
John Rhind, président de l'ICM, avec Corey Wurtzbacher, Riku Pulli et Braden WeisheitLa technologie et l’IA ont été des thèmes majeurs tout au long de la semaine, mais les conférenciers ont constamment mis en garde contre la tentation de traiter l'automatisation comme une solution universelle. La table ronde organisée mercredi midi, intitulée « Idées concurrentes, impact collectif : l’avenir de la technologie minière », a réuni sur une même scène des concurrents de taille (Caterpillar, Komatsu et Sandvik) un exemple parfait de l’approche collaborative nécessaire pour faire progresser l’exploitation minière numérique.
Plutôt que de débattre des technologies qui transformeront l’exploitation minière, la discussion s’est concentrée sur les facteurs qui déterminent le succès de ces technologies.
Tout au long de la table ronde, le message s’est avéré remarquablement cohérent : les principes fondamentaux de l’exploitation restent prioritaires.
John Rhind, président de l'ICM, a formulé le sujet de la discussion en termes simples : « Il ne s’agit pas seulement de l’équipement. Il s’agit d’optimiser les opérations. »
Corey Wurtzbacher, de Caterpillar, a expliqué que l’IA n’apporte de la valeur que lorsque les organisations sont prêtes à interpréter les renseignements qu’elle génère et à agir en conséquence. Riku Pulli, de Sandvik, a souligné que la réussite de l’adoption dépend davantage des personnes et des processus que de la technologie elle-même. Braden Weisheit, de Komatsu, a résumé le défi de manière succincte : « L’automatisation n’est pas une solution miracle — elle met en évidence les goulots d’étranglement. »
La discussion a renforcé l’un des thèmes centraux de la conférence : l’avantage concurrentiel du secteur minier ne proviendra pas de l’adoption la plus rapide de la technologie, mais de la mise en place d’opérations capables d’en tirer le meilleur parti.
L’avenir de l’industrie minière repose sur une vision intégrée
Plusieurs forums organisés tout au long de la semaine ont élargi le débat au-delà des sites miniers et des systèmes techniques, démontrant le fait que l’excellence opérationnelle dépend de plus en plus de la manière dont l’industrie aborde la gestion de l’eau, le développement de la main-d’œuvre et le leadership.
Le tout premier lForum sur la stratégie de l’eau dans les mines, organisé par la Société de la responsabilité sociale et environnementale de l’ICM (ESRS), a mis en évidence le fait que l’eau constitue l’un des principaux défis opérationnels du secteur minier. Plutôt que de considérer l’eau comme un simple enjeu environnemental, les panélistes ont souligné qu’elle influence chaque étape du cycle de vie d’une mine — de l’exploration jusqu'à la fermeture — et qu’elle exige une collaboration entre les disciplines, les organismes de réglementation et les communautés. Comme l’a fait remarquer Rodney Guest, de Suncor : « L’eau s’écoule naturellement tout au long du processus. »
Les conférenciers du Forum sur la stratégie de gestion de l’eau dans les mines, avec la modératrice Lesley Warren
Mining for Inclusivity panellists with moderator Angelina Mehta Un thème similaire s'est dégagé lors de la conférence « La prochaine frontière : les femmes qui investissent dans le secteur minier », où les discussions sur la diversité se sont détournées de la simple question de la représentation pour s’orienter vers celle de la compétitivité. Les conférencières ont fait valoir que l’attraction des investissements, le renforcement des processus décisionnels et la résolution de la pénurie de main-d’œuvre qui menace l'industrie dépendent tous d'une participation accrue des femmes au leadership et à l'affectation des capitaux.
Tina Gauthier, de Vale Base Metals, a mis les organisations au défi de repenser la manière dont elles identifient et développent les talents. « Nous devons cesser de nous limiter aux personnes qui possèdent les qualifications traditionnelles », a-t-elle déclaré. Son appel à soutenir activement les leaders émergents a fait écho à un message plus général qui a résonné tout au long du congrès : l’avenir de l’industrie dépendra de sa capacité à intégrer des perspectives différentes au sein des instances décisionnelles.
L’avenir de l’exploitation minière était déjà dans la salle
Cet avenir s’est peut-être manifesté le plus clairement dans le programme destiné aux étudiants tout au long de la semaine. Plus de 100 étudiants ont participé à l’activité de mentorat éclair, qui leur a permis d’entrer directement en contact avec plus de 25 mentors issus de l’industrie. Du côté de la compétition de présentations par affiches électroniques des étudiants, la qualité technique exceptionnelle des travaux présentés est venue appuyer l'importance que le congrès accorde à l'apprentissage pratique et au transfert des connaissances entre les générations.
Mentorat éclair
Affiches réalisées par des étudiantsTout au long de la semaine, Candace MacGibbon, présidente sortante de l'ICM, est revenue sur une idée fondamentale : le secteur minier progresse lorsque l’expérience est partagée. Qu’il s’agisse de mentorat, de partenariats autochtones, de diversité ou d’excellence technique, elle a souligné à maintes reprises que c’est la collaboration, et non les réalisations individuelles, qui déterminera le succès de l’industrie.
Lors de la remise des prix aux étudiants, elle a rappelé aux participants que « une grande partie de ce que nous apprenons dans l’industrie ne provient pas des salles de classe ». Cela reflétait parfaitement l’esprit même de CIM CONNECT, où l’expertise technique, l’expérience opérationnelle et les relations professionnelles se sont conjuguées pour préparer la prochaine génération de leaders de l’industrie.
Les enseignements de CIM CONNECT 2026
Au moment où les participants à la conférence ont quitté Vancouver, une conclusion s’était imposée sur toutes les scènes, lors de chaque séance technique et dans toutes les conversations informelles : le défi majeur de l'industrie minière n’est plus d’identifier ce qui doit changer, mais de mettre en œuvre ce changement à la vitesse que le monde exige désormais.
Que les discussions aient porté sur les minéraux critiques, les partenariats autochtones, l’intelligence artificielle, la gestion responsable de l’eau, le développement de la main-d’œuvre ou l’affectation des capitaux, les conférenciers sont systématiquement revenus au même principe : le progrès repose sur l’intégration. La technologie doit soutenir les opérations. Le développement durable doit être intégré au processus de prise de décision. Les partenariats doivent se nouer bien avant le lancement des projets. Et le leadership doit dépasser le cadre des organisations pour englober l'ensemble de l'écosystème minier.
Le thème « Notre moment minier » s’est finalement révélé être moins un simple slogan qu’un appel à l’action. CIM CONNECT 2026 a démontré que l’industrie dispose déjà d’une grande partie des idées, des technologies et de l’expertise nécessaires pour être à la hauteur du moment. Le défi consiste désormais à les mettre en commun de manière responsable, dans un esprit de collaboration et avec la confiance nécessaire pour agir.
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