l'équipe de l'ICM - 31 août 2026
Adam Hesse, président de la CMP, partage ses réflexions sur l’innovation collaborative, l’excellence opérationnelle et le leadership dans ce domaine
L’innovation dans le secteur minier se nourrit de la collaboration, jetant un pont entre les connaissances théoriques et l’exécution sur le terrain. Dans cette entrevue, Adam Hesse, membre de l’ICM depuis huit ans, directeur général des ventes et du marketing mondial chez Terra Nova Technologies (TNT) et actuel président de la Société des minéralurgistes du Canada (CMP), explore comment le partage d’expertise façonne les opérations modernes. Qu’il s’agisse de repenser la perception de l’industrie grâce à des pratiques de gestion responsables avancées, comme le traitement des résidus miniers filtrés, ou des avantages majeurs pour accélérer une carrière en assumant tôt des rôles de leadership bénévole, Adam offre son point de vue sur les raisons pour lesquelles les liens humains demeurent le plus grand atout de l’industrie pour un progrès durable.
ICM : On parle beaucoup d’innovation, mais il est difficile d’y parvenir en travaillant en silo. En quoi le fait d’être en contact avec des collègues spécialisés dans d’autres secteurs ou issus d’autres régions vous aide-t-il à envisager une solution qui vous aurait autrement peut-être échappé?
M. Hesse : L’innovation est rarement un processus isolé. Les véritables progrès découlent de la connectivité, de l’apprentissage auprès des autres, de la remise en question des idées reçues et de l’application concrète des connaissances acquises. Le fait d’avoir accès à des pairs provenant de différents secteurs et de différentes régions ne se limite pas à élargir l’éventail des solutions envisagées : cela redéfinit la manière même dont nous comprenons le problème.
Chez TNT, ce type d’apprentissage partagé est au cœur de notre approche de l’innovation. Il ne s’agit pas seulement de nouvelles idées, mais aussi de les appliquer en s'appuyant sur l’expérience terrain afin de générer des résultats concrets. Avant tout, nous devons préserver la dimension humaine au cœur de notre démarche d’innovation. En travaillant en étroite collaboration avec nos équipes, nos partenaires et nos clients, nous pouvons élaborer ensemble des solutions qui sont non seulement techniquement solides, mais qui ont également fait leurs preuves dans la pratique.
ICM : Quel a été le principal « casse-tête » récurrent sur le terrain pour lequel vous avez trouvé une solution lors du CIM CONNECT de cette année?
M. Hesse : L’un des défis les plus persistants dans notre industrie est la pression qui nous pousse à résoudre rapidement des problèmes complexes et propres à chaque site, souvent avec un temps et des ressources limités, tout en devant répondre à des attentes très élevées quant à la réussite dès le premier coup.
Ce qui s’avère toujours utile, et ce que j’ai pu constater dans les solutions présentées à CIM Connect, c’est la collaboration. Pas seulement au sein d’une même équipe ou d’une même discipline, mais entre les organisations, les régions et les domaines d’expertise. Les meilleures solutions proviennent rarement d’une seule source. Elles émanent de personnes qui sont prêtes à partager leurs connaissances, à poser les questions difficiles et à résoudre le problème ensemble.
ICM : Si vous pouviez inviter un détracteur de l'industrie à visiter un aspect précis d’un site minier moderne, qu’est-ce qui, selon vous, le surprendrait le plus?
M. Hesse : Les résidus filtrés illustrent parfaitement comment l’industrie minière moderne met en pratique la gestion responsable, et ne se contente pas d’en afficher l’intention. Si je devais montrer à un détracteur un seul aspect d’une exploitation moderne, ce serait la manière dont nous gérons aujourd’hui les résidus.
L'industrie des résidus miniers a été confrontée à des défis largement documentés, notamment des défaillances catastrophiques et des impacts environnementaux à long terme, et ces événements ont, à juste titre, façonné la perception du public. Cependant, on oublie souvent à quel point l'industrie a évolué en réponse à ces défis. Les approches modernes reposent sur l’apprentissage, la responsabilisation et la volonté de faire mieux.
Ce qui surprend souvent le plus les gens, c’est la dimension humaine qui se cache derrière ces progrès. Dans ce domaine, l'innovation est portée par des personnes profondément engagées envers la sécurité, la gestion responsable de l’environnement et l’établissement d’une relation de confiance. Elle reflète une industrie à l’écoute, capable de s’adapter et d’investir dans des solutions qui accordent la priorité à la fois à la responsabilité actuelle et aux résultats à long terme.
En ce sens, l’industrie minière d’aujourd’hui ne se définit pas uniquement par ses défis passés. Elle se définit par la manière dont elle y répond. Grâce à l’innovation, à la collaboration et à un engagement envers l’amélioration continue, l’industrie met en place des opérations plus sécuritaires et plus durables, tout en créant des occasions de prospérité pour les gens et les communautés.
ICM : Quelle est la connaissance technique que vous avez acquise auprès de vos pairs de la Société et que vous n’auriez jamais pu trouver dans un manuel?
M. Hesse : J’ai constaté que le partage de connaissances techniques entre pairs constitue un moteur essentiel de la croissance professionnelle. Les performances métallurgiques s’écartent souvent des modèles théoriques, le comportement des équipements évolue dans des conditions d’exploitation réelles, et les résultats en matière de sécurité dépendent en fin de compte d’un jugement humain éclairé. Ces connaissances pratiques ne peuvent être entièrement consignées dans des manuels et s’acquièrent par l’expérience directe sur le terrain.
Ce qui ressort le plus, c’est le contexte qui sous-tend les décisions. Grâce aux conversations avec vos pairs de la Société, vous comprenez mieux pourquoi certaines approches ont fonctionné, quelles contraintes ont influencé ces choix et comment les équipes se sont adaptées en temps réel lorsque les conditions ont changé. Ce sont là des nuances qui figurent rarement dans la documentation officielle, mais qui s'avèrent cruciales pour prendre des décisions éclairées et efficaces sur le terrain.
Il existe également un climat d’ouverture dans les discussions entre pairs qui accélère l’apprentissage. Les gens sont disposés à partager non seulement leurs réussites, mais aussi leurs défis et les leçons qu'ils en ont tirées. Cette transparence aide les autres à éviter de répéter les mêmes erreurs et contribue à bâtir une communauté professionnelle plus solide et plus soudée.
En fin de compte, cet échange d’expériences renforce à la fois les compétences techniques et le jugement. Il permet aux professionnels de combler le fossé entre la théorie et la pratique, d’appliquer leurs connaissances avec davantage de confiance et de continuer à évoluer aux côtés d'une industrie en constante mutation.
ICM : En tant que président de la CMP, quel conseil donneriez-vous à un jeune professionnel pour l’inciter à assumer un rôle de leadership bénévole dès le début de sa carrière, plutôt que de se contenter d'être un simple spectateur?
M. Hesse : N’attendez pas qu’on vous le demande. Allez de l’avant sans tarder, car le leadership s'apprend par l'action, et non par l'observation.
Lorsque vous assumez un rôle de leadership bénévole, même au début de votre carrière, vous passez du statut de simple consommateur de connaissances à celui de contributeur. Ce changement est important. Il accroît votre visibilité, renforce votre crédibilité et vous aide à nouer des relations significatives bien plus rapidement que si vous restiez simple spectateur. Vous découvrez de première main comment se prennent les décisions, comment se dégage un consensus et de quelle manière les professionnels d'expérience abordent les défis complexes.
Ce que vous y gagnez également, c'est une nouvelle perspective. Vous commencez à comprendre le contexte plus large qui sous-tend l'industrie, au-delà de votre rôle ou de votre discipline immédiate. Cette ouverture vous aide à développer une pensée plus stratégique et à contribuer de manière plus efficace à vos tâches quotidiennes.
Tout aussi important, les personnes autour de la table commencent à vous reconnaître non pas pour votre titre ou vos années d’expérience, mais pour votre jugement, votre fiabilité et votre volonté de vous impliquer. Ce type de reconnaissance renforce la confiance en soi et ouvre des portes qui, autrement, auraient pu prendre des années à s'entrouvrir.
Assumer un rôle de leadership tôt dans son parcours ne signifie pas avoir toutes les réponses. Il s’agit d’être curieux, d’être présent de façon constante et d’apporter une contribution réfléchie. Il s’agit également d’apprendre à écouter, à collaborer et à assumer des responsabilités de manière concrète et visible.
Au fil du temps, cette volonté porte ses fruits. Elle renforce votre influence, crée des occasions et forge une identité professionnelle bien plus solide que ne le ferait une participation passive.