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La fin et les moyens

La fermeture de la mine El Sauzal de Goldcorp se fait en douceur grâce à un calendrier des travaux, une logistique et une surveillance bien pensés

Par Eavan Moore

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La mine El Sauzal vue du ciel en 2011, avec l'usine de traitement en haut au centre et le tas de résidus à gauche en dessous de l'usine en descendant | Toutes les photos sont aimablement fournies par Goldcorp

En décembre 2015, la mine d’or El Sauzal de Goldcorp, au Mexique, est devenue la première mine désaffectée en vertu du Code international de gestion du cyanure (ICMC). Pour les signataires du code, il s’agissait d’une étape importante; pour Goldcorp, ce n’était que l’un des nombreux éléments essentiels d’une fermeture bien planifiée.

En 2008, El Sauzal a été la première mine mexicaine à recevoir la certification de conformité complète avec l’ICMC, qui exige des audits triennaux assurant que la mine respecte les protocoles de transport, d’utilisation et d’élimination sécuritaires du cyanure. Une mine certifiée qui procède à sa fermeture peut simplement se retirer de l’ICMC, qui ne s’applique pas aux mines désaffectées. Cependant, selon Chris Cormier, directeur général, Opérations de réhabilitation, Goldcorp a choisi que la désaffectation fasse l’objet d’un audit en guise d’appui à l’objectif du code.

« Nous pensons que c’est la bonne solution pour la gestion du cycle de vie du cyanure », a-t-il dit. « La fermeture est aussi importante que l’ouverture pour ce qui est du cyanure et pour vous assurer que vous avez traité l’environnement correctement, donc je trouve cela tout à fait naturel. »

Pendant l’exploitation, El Sauzal était une mine à ciel ouvert dotée d’un circuit de broyage suivi des procédés suivants : lixiviation au cyanure; méthode de « charbon en pulpe »; adsorption, désorption et récupération; et raffinement pour la production de lingots dorés. Les résidus étaient envoyés vers un circuit de destruction du cyanure utilisant l’acide de Caro et le processus de dioxyde de soufre INCO. Les résidus étaient ensuite filtrés par pression, procédé qui laisse une quantité négligeable de cyanure dans l’eau interstitielle, puis transportés vers une installation d’empilage de résidus secs.

L’audit de 2015 a conclu qu’El Sauzal avait éliminé le cyanure restant si efficacement que les exigences du code n’étaient plus applicables. Ces travaux se sont déroulés entre décembre 2014 et juillet 2015.

Cahier des charges

Méthode d'exploitation minière Exploitation à ciel ouvert par camion et pelle mécanique
Premier lingot coulé Novembre 2004
Dernière once d'or coulée Janvier 2015
Capacité 6 000 tonnes par jour
Production totale 1,75 million d'onces

« Il n’y avait plus de cyanure dans l’usine quand nous l’avons fermée définitivement », a affirmé M. Cormier, « parce qu’il est possible de pomper le cyanure des réservoirs vers les contenants dans lesquels il a été livré pour le retourner au fabricant. » Goldcorp a rendu compte de ses expéditions planifiées aux organismes de réglementation mexicains et en a effectué le suivi en remontant jusqu’à son fournisseur, The Chemours Company.

Cependant, il fallait que le cyanure restant soit rincé. Une fois vidés, les réservoirs de mélange de cyanure et les réservoirs de stockage ont été lavés à l’hydroxyde de sodium et à l’hypochlorite de sodium, et l’eau de rinçage a été pompée vers les cuves de lixiviation. Les cuves de lixiviation continuaient à alimenter l’usine de filtration des résidus jusqu’à ce que tous les résidus solides aient été filtrés; ensuite, l’eau et les composés neutralisants étaient pompés en circuit fermé dans la plupart des équipements de traitement pendant plusieurs semaines. Goldcorp n’a pas jugé nécessaire de rincer les filtres parce qu’ils étaient suivis du circuit de destruction du cyanure, et les auditeurs étaient d’accord.

L’eau de lavage était envoyée dans un bassin de retenue étanche où la petite quantité restante de cyanure continuait d’être désagrégée sous l’action des rayons du soleil. L’eau était analysée jusqu’à ce qu’elle atteigne les limites sécuritaires acceptables pour être déchargée vers l’empilage de résidus secs où elle pouvait s’évaporer.

Ce procédé était entièrement effectué par des employés de Goldcorp connaissant bien les pratiques et les exigences de l’ICMC. Le Visus Consulting Group, une entreprise du Colorado, a visité le site, examiné les données d’échantillonnage de Goldcorp, et, après avoir interviewé les employés au sujet de leur procédé, a finalement conclu que selon la définition de l’ICMC, la mine El Sauzal avait été désaffectée avec succès.

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Le même site photographié de la direction opposée, avec le tas de résidus au centre, le site du concentrateur en bas à droite et un fossé de dérivation au milieu.

Retour à la nature

Bien entendu, l’élimination du cyanure n’était qu’une petite partie du procédé de réhabilitation d’une mine à ciel ouvert complète. Goldcorp a décidé de remettre le site dans un état naturel comparable à son entourage, la Sierra Madre, dans l’État de Chihuahua, qui surplombe la rivière Urique. Le problème le plus important était sa capacité à supporter les fortes pluies, en moyenne 250 millimètres en juillet.

« Le vrai problème concerne la circulation finale des eaux sur le site et la végétation qui peut survivre sur ce type de relief », a expliqué M. Cormier. « Il s’agit du flanc d’une montagne où il y a des glissements de terrain et des ravins creusés par l’eau qui y coule depuis des centaines sinon des milliers d’années. Donc, vous regardez l’ensemble du paysage et vous concevez une structure capable de supporter les conditions que vous pouvez prévoir pour les 50, 100 ou 500 prochaines années. »

Goldcorp a confié à un entrepreneur local, ICSA (Ingeniería de ciudades S.A.), le mandat de construire plus de six kilomètres de canaux de dérivation autour du site. Les ingénieurs ont étudié les conditions actuelles du terrain, la vélocité des eaux, les courbes et les intersections à créer à différents endroits pour réaliser les tracés les moins exposés possible à l’érosion. Environ la moitié des canaux sont renforcés de béton maigre.

Une importante quantité d’eau d’une zone de collecte d’une montagne peut s’accumuler dans une autre. Certains canaux sont de plus de quatre mètres de largeur et peuvent gérer l’eau provenant de trois kilomètres de distance. « Évidemment, l’eau n’aura pas à être gérée de cette manière en tout temps », a ajouté M. Cormier, « mais nous avons conçu un système pour les pointes occasionnelles à venir, et c’est pourquoi certains de nos fossés sont si larges. »

L’installation d’empilage de résidus a été reprofilée : une pente conduit à un espace relativement plat d’une topographie variée qui favorise la diversité de la végétation et de la faune. Des roches stériles ou du matériel alluvial ont été utilisés pour recouvrir les résidus afin de prévenir l’infiltration d’oxygène et d’eau; le recouvrement allait d’un demi-mètre à certains endroits à dix mètres ou plus à d’autres.

La plus grande partie de la surface réhabilitée a été soit ensemencée ou plantée de végétation indigène. Pendant les dernières années de la mine, les employés de Goldcorp ont recueilli des spécimens et les ont propagés en pépinière. Les plantes indigènes comprenaient le guinolo, un arbuste abondant souvent utilisé pour repeupler les habitats perturbés; l’amapa, un arbre à fleurs roses ou jaune brillant en forme de trompette; et le Haematoxylum brasiletto (ou palo de tinto), un arbre tropical à bois dur ayant des propriétés médicinales.

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Le concentrateur et l'atelier

Démantèlement de la mine

Le nouveau site reprofilé et revégétalisé porte peu de traces des anciennes installations – usine de traitement, décharges de stériles, bureaux, ateliers, piste d’atterrissage et campement des employés. Tout cela a disparu.

« L’équipement peut être vendu », a précisé M. Cormier. « Notre partenaire clé pour la désaffectation de la mine était Timmins Gold, qui a acheté l’usine de broyage et d’autres installations pour une autre propriété. » L’entrepreneur Inpromine a également participé à l’enlèvement de l’équipement et des bâtiments.

Goldcorp a vendu la plus grande partie du matériel utilisé pour construire le site, que ce soit pour réutilisation ou pour élimination. Certains éléments, comme les matériaux de construction, le matériel de bureau et une remorque, ont été donnés à la collectivité locale par l’entremise de groupes communautaires avec lesquels El Sauzal avait établi une relation.

Les déchets dangereux ont été retirés et envoyés à une entreprise de stockage ailleurs au Mexique. Les décharges de stériles ont été reconfigurées et revégétalisées selon les critères de sécurité. Les terrains où reposaient d’autres infrastructures ont aussi été réensemencés ou reboisés.

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Le stock de minerai

Emplacement et logistique

L’éloignement d’El Sauzal a compliqué la logistique. « Impossible d’aller au magasin du coin acheter quelque chose, et un camion ne quittera pas le site pour revenir après une heure », a indiqué M. Cormier.

Vers la fin, il fallait une bonne coordination pour s’assurer, par exemple, qu’une équipe n’enlève pas une ligne de transport d’électricité alors qu’une autre aurait besoin de courant le lendemain. Même dans les conditions précaires de cette dernière étape, tout a fonctionné rondement. « Nous félicitons les groupes qui y travaillaient, à la fin, alors que nous commencions à démanteler la cantine et les habitations. Pendant cette dernière et brève période où les employés se sont installés dans des tentes et des roulottes, les conditions étaient plus difficiles que pendant les activités de la mine, mais je puis dire que de nombreuses équipes ont extrêmement bien collaboré pour se communiquer les différents aspects des travaux », a souligné M. Cormier.

Pour atteindre les grandes routes, les véhicules de transport de fret devaient traverser un certain nombre de petites communautés non habituées à la circulation. Goldcorp et ses entrepreneurs ont avisé les personnes concernées, dans ces localités, du matériel qui allait être transporté, de la quantité et des dates de passage. Les routes ont été entretenues et une grande partie du travail a été effectuée par Timmins Gold par l’entremise des entrepreneurs.

M. Cormier a précisé qu’il n’y a pas eu de compromis concernant les coûts; l’équipe de gestion d’El Sauzal a conçu le plan du projet, a demandé un budget pour ce plan et l’a reçu en totalité. Une bonne partie des 57 millions de dollars dépensés dans l’ensemble par Goldcorp en fermetures et en réhabilitations de sites l’an dernier a été consacrée à El Sauzal. « En faisant le bon investissement au départ, vous réduirez vos coûts de production et d’entretien à long terme », a souligné M. Cormier.

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Le concasseur primaire et le convoyeur de minerai. Les matériaux de l'exploitation étaient recyclés, vendus à une autre exploitation minière ou donnés par le biais de groupes communautaires locaux.

Surveillance

El Sauzal en est maintenant à sa phase d’existence « à long terme ». Les travaux de réhabilitation ont été achevés à l’été 2016, mais Goldcorp continuera au moins pendant quelques années à surveiller la qualité de l’eau de la rivière Urique et à évaluer la stabilité du nouveau relief ainsi que sa revégétalisation. « Nous continuerons jusqu’à ce que nous soyons certains que le site s’est comporté selon ce qui a été conçu et prévu », a ajouté M. Cormier.

La décision initiale des planificateurs de la mine de ne pas stocker les résidus sous une couverture aqueuse « a certainement beaucoup simplifié le processus de fermeture permanente », a-t-il dit. « Mais les résidus eux-mêmes doivent être stables, quelle que soit leur nature. L’idée est de concevoir l’ensemble de la fermeture comme un processus unique. Lorsque vous partez, l’ensemble du système doit fonctionner solidairement, puisqu’il pleut partout. Nous avons considéré l’ensemble du site El Sauzal comme un système et un relief qui seront là pendant des centaines d’années, nous avons cherché les meilleurs moyens de fermer le site de manière responsable, et je crois que nous avons réussi », a-t-il conclu.

L'exploitation minière selon le code

L'International Cyanide Management Code (ICMC, le code international de gestion du cyanure) est un programme fondé en 2005 visant à encourager l'utilisation en toute sécurité du cyanure par les sociétés d'exploitation aurifère. Après le déversement catastrophique de cyanure dans une mine d'or en Roumanie, les parties prenantes des mondes industriel, environnemental et financier ont créé l'institut international de gestion du cyanure (IIGC), une organisation à but non lucratif financée par l'industrie. L'IIGC a rédigé la première version du code et continue de fournir des informations, des révisions au code ainsi qu'une formation.

Lorsqu'une société minière demande à devenir signataire du code, elle s'engage à suivre les principes et les normes du code quant au stockage du cyanure, à la prévention des déversements, aux règles en matière de santé et de sécurité, à la divulgation au public et autres. Une vérification indépendante est nécessaire dans les trois premières années dans chaque site minier qui utilise du cyanure, et par la suite tous les trois ans. Les résultats sont publiés en ligne. Une mine certifiée conforme au code doit uniquement conclure des accords avec les distributeurs et les transporteurs de cyanure qui sont eux aussi signataires du code.

La participation au programme est entièrement volontaire. La liste actuelle des signataires compte 45 sociétés minières, 22 producteurs de cyanure et 118 transporteurs.

Traduit par CNW et Karen Rolland


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