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Ursula Franklin, pionnière en métallurgie et première femme professeure à l'université de Toronto, décède à 94 ans

Par Sara King-Abadi

Ursula-Franklin

Mme Franklin « est allée à l'encontre de beaucoup de valeurs établies », se remémore son petit-fils Alejandro Mejia, « et c'est quelque chose qui lui apportait une grande satisfaction ». | Mark Neil Balson/Département de génie de l'université de Toronto

Ursula Martius Franklin, la première femme professeure de la faculté de métallurgie et des sciences des matériaux de l'université de Toronto, est décédée le 22 juillet dernier à l'âge de 94 ans, entourée de ses proches. Mme Franklin est la pionnière du domaine de l'archéométrie ; ses recherches nous ont permis de mieux comprendre les processus métallurgiques utilisés par les anciennes civilisations.

C'était une féministe, une pacifiste et une professeure émérite, mais avant tout une femme possédant de solides valeurs morales qui a consacré sa vie aux autres. « Elle était très courageuse », déclarait le Dr Vanda Vitali, la dernière doctorante de Mme Franklin et sa collègue, protégée et amie. « Elle était courageuse dans tous les sens du mot. C'était une meneuse qui ne se contentait pas de parler ; elle agissait. »

Fille unique d'une historienne de l'art juive et d'un ethnographe luthérien allemand, Mme Franklin naît le 16 septembre 1921 à Munich, en Allemagne. Elle commence son éducation à Berlin en 1940, mais ses études sont interrompues par les Nazis qui l'emprisonnent dans un camp de concentration pendant 18 mois. Elle retrouve ses parents, détenus dans un autre camp de concentration, après la guerre ; la famille de sa mère aura malheureusement été décimée.

C'est pendant cette période de troubles durant laquelle sévissent les Nazis que Mme Franklin choisit de poursuivre une carrière dans les sciences, après avoir assisté à l'interaction d'un tube à rayons cathodiques avec un aimant. « J'ai soudain ressenti une joie immense lorsque j'ai compris que même eux, ces personnes du gouvernement qui nous poursuivaient, ne pouvaient faire dévier dans une autre direction un faisceau d'électrons », déclarait Mme Franklin dans un entretien concernant son ouvrage Women of Impact.

Après la guerre, elle s'inscrit à l'université technique de Berlin où elle obtient son doctorat en physique expérimentale en 1948 ; elle reçoit ensuite la bourse Lady Davis, qui l'entraînera à l'université de Toronto en 1949 pour mener des recherches postdoctorales. 

Mme Franklin joue un rôle important dans le développement de l'archéométrie, une pratique reposant sur des méthodes modernes pour l'étude d'artéfacts archéologiques qui permet de mieux comprendre les techniques utilisées par les cultures préhistoriques, la synthèse des matériaux et la conservation. Dans les années 1960, ses recherches sur la présence de strontium 90, un isotope radioactif, dans les dents de lait d'enfants canadiens contribuent à mettre fin à des essais nucléaires menés pendant la guerre froide.

Mme Franklin a ouvert la voie aux générations futures de femmes scientifiques et est devenue la première femme professeure à l'université de Toronto en 1984. L'encadrement est devenu pour elle un devoir, et elle souhaitait « changer le monde des ingénieurs de manière à ce que les femmes, tout en étant des ingénieures pratiquantes, puissent également, en toute sécurité et enthousiasme, rester elles-mêmes ».

« Elle a occupé une place très importante dans ma vie, assez tardivement dans sa carrière, aussi j'ai pu profiter de ses réflexions plutôt que de n'être qu'un simple témoin des étapes qu'elle a permis de franchir », déclarait son petit-fils Alejandro Mejia, spécialiste en sciences des matériaux. « Ce qui m'a le plus marqué est qu'elle n'a pas eu la vie facile. Elle est allée à l'encontre de beaucoup de valeurs établies et c'est quelque chose qui lui apportait une grande satisfaction ».

En 2002, Mme Franklin a reçu la médaille Pearson pour la paix, un prix remis chaque année par l'association canadienne pour les Nations Unies, dans le cadre de ses travaux à l'académie Ursula Franklin, une école secondaire du centre-ville de Toronto. Outre ses plus de 40 doctorats honorifiques, Mme Franklin est devenue officière de l'Ordre du Canada en 1982 et a été nommée éminente conférencière de l'ICM cette même année.

« Elle avait ce don de voir l'ensemble de la situation et une façon phénoménale de nous faire réfléchir à deux fois », déclarait le professeur Doug Perovic, ancien étudiant et collègue de Mme Franklin. « Elle nous ouvrait les yeux. »           

Traduit par Karen Rolland

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