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La guerre des mines pendant la Première Guerre mondiale

Par Cecilia Keating

Hawthorn Ridge mine July 1 1916
Le 1er juillet 1916, premier jour de la bataille de la Somme, une mine britannique explose sous une fortification allemande à Hawthorn Ridge | Ernest Brooks, Imperial War Museum, Londres

Durant la Première Guerre mondiale, les tranchées divisent l'Europe de la mer du Nord à la Suisse. Le champ de bataille en surface est stationnaire, mais une guerre souterraine secrète fait rage.

En 1915, l'armée britannique commence à organiser des groupes militaires spéciaux formés à creuser des tunnels, et recrute initialement des hommes venant de communautés minières défavorisées en Grande-Bretagne. Elle leur demande de créer un labyrinthe de tunnels souterrains qui s'étendent sous les lignes ennemies et qu'ils rempliront d'explosifs, et de creuser des « camouflets », des fourneaux de mines plus petits destinés à détruire les galeries ennemies. Ces hommes sont aussi chargés de construire de longs réseaux de tunnels derrière les lignes alliées, permettant la circulation non détectée des troupes et du ravitaillement.

Le gouvernement britannique, qui a un besoin croissant de mineurs qualifiés, se tourne vers le Canada pour créer des « sociétés » de sapeurs-mineurs en septembre 1915. La première est mobilisée à Pembroke, en Ontario, et recrute des hommes de centres miniers de l'Ontario, du Québec, de Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick. La seconde est composée d'hommes d'Alberta et de Colombie-Britannique ; quant à la troisième, elle est constituée de mineurs canadiens qui sont déjà sur le sol européen pour combattre.

1916 est l'année la plus laborieuse en termes de construction de tunnels pour la guerre. Les troupes britanniques font exploser 750 mines offensives et les troupes allemandes 696. L'armée britannique dispose d'environ 25 000 spécialistes de construction de tunnels et de 50 000 fantassins qui sont constamment à leurs côtés pour effectuer des tâches ne requérant aucune qualification particulière, notamment l'aérage des tunnels ou le transport du matériel.

Les mineurs ne sont pas tenus de répondre au critère d'âge requis pour être fantassin et peuvent avoir jusqu'à 60 ans. Ils sont souvent payés davantage que les soldats de manière à couvrir la différence avec leur salaire normal, ce qui est source de discorde.

Outre les dangers de l'exploitation minière en ce début de XXe siècle, les mineurs sont exposés aux horreurs de la guerre souterraine telles que les explosifs des ennemis, l'asphyxie, le pied des tranchées, la noyade, l'ensevelissement, le froid, les crampes et la menace de se retrouver face à des soldats allemands creusant dans la direction opposée et de devoir combattre à mains nues pour rester en vie. La mort est souvent au rendez-vous ; sur une période de six semaines, l'une des sociétés de sapeurs-mineurs compte 16 décès, 48 blessés envoyés à l'hôpital et 86 cas mineurs traités au sein même du chevalement.

Les constructeurs de tunnels travaillent à la chandelle dans le silence total de manière à ne pas se faire remarquer. Les mineurs alliés utilisent la « méthode de clay kicking » (déblaiement de l'argile à coups de pieds), une technique empruntée aux travaux routiers, ferroviaires et de traitement des eaux d'égouts en Angleterre. Dans chaque équipe, la personne chargée du déblaiement à coups de pied s'allonge sur le dos sur une croix en bois et tient entre ses jambes une bêche finement affûtée (le marteau bêche) pour travailler la paroi rocheuse. Une autre personne est chargée de ramasser les débris et de remplir des sacs de sable avec la terre, et une troisième est chargée de transporter ces débris hors de la galerie dans de petits chariots à pneus en caoutchouc montés sur des rails. Des parois sont montées sans clous ni vis de façon à ne pas faire le moindre bruit ; les mineurs comptent sur la pression de l'argile expansée pour maintenir les étançons en place.

Cette méthode, plus rapide et moins bruyante que de creuser à la main, ne sera jamais découverte par les Allemands, qui utilisent des pioches très bruyantes. L'autre avantage des Alliés est qu'ils utilisent des revêtements en acier cylindriques et étanches, les « cuvelages », pour se frayer un chemin à travers les couches de sables. Ces derniers sont creusés dans les strates humides (sables mouvants, ou schwimmsands) et dans l'argile sèche en dessous, ce qui permet aux Britanniques d'évoluer dans des endroits auxquels les Allemands n'auraient jamais pensé.

Les tunnels commencent à la base des cuvelages et peuvent descendre jusqu'à environ 30 mètres de profondeur. Tous sont construits sur une pente légèrement ascendante de manière à rester aussi secs que possible.

La bataille de la crête de Vimy en avril 1917 (baptisée « la victoire militaire canadienne la plus célébrée ») n'aurait pas été possible sans l'exploitation extensive des mines militaires. En préparation à cette bataille, 20 kilomètres de tunnels sont creusés pour abriter 24 000 escadrons et leurs munitions, les soldats blessés et le ravitaillement, et pour permettre la circulation à pied.

La guerre des mines culmine deux mois après Vimy lors de la bataille de Messines. Avec l'aide de leurs homologues britanniques, australiens et néo-zélandais, les 1ère et 3ème sociétés canadiennes de sapeurs-mineurs passent des mois à concevoir 25 mines gigantesques sous la crête de Messines, un bastion allemand en Belgique. Les mines sont chargées de 425 tonnes d'explosifs, qui détoneront le 7 juin à l'aube. Cette explosion, la plus grosse déflagration d'origine humaine de l'histoire à cette époque, entraînera la mort de 10 000 soldats allemands. Elle sera si forte que le premier ministre britannique, David Lloyd George, prétend avoir entendu l'explosion à Londres.

Six mines resteront inutilisées ; l'une d'elles explosera 38 ans plus tard durant un orage violent et tuera une vache, et les cinq autres sont encore enfouies sous terre. L'une des plus grosses, chargée de plus de 22 tonnes d'explosifs détonants, se trouve juste en dessous d'une exploitation agricole belge.

Après la bataille de Messines, la guerre devient plus mobile. Les constructeurs de tunnels sont employés comme sapeurs en surface, et de moins en moins comme sapeurs-mineurs dans les mines souterraines.

Traduit par Karen Rolland


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