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Des changements de conception qui partent du sommet

Le remblai en pâte offre de nouvelles possibilités aux promoteurs de mines souterraines, et Doug Morrison du CEIM invite les compagnies minières à s’y intéresser

Par Vince Morello

L’exploitation minière souterraine a toujours été une activité coûteuse. La plupart des promoteurs investissent d’énormes sommes dès le départ en creusant jusqu’au fond d’un gisement et en l’exploitant ensuite de bas en haut. Doug Morrison, PDG du Centre d’excellence en innovation minière (CEIM), croit toutefois que cette méthode de conception de mine, qu’il appelle « exploitation ascendante », est inefficace. Il croit qu’une autre façon de concevoir les mines pourrait réduire le risque financier des projets en bousculant les conventions actuelles pour exploiter plutôt les mines du haut du gisement vers le bas. Avant de se joindre au CEIM, Doug Morrison travaillait comme PDG par intérim chez MIRARCO et comme responsable du secteur minier international chez Golder Associates. Il a une maîtrise en mécanique des roches et en génie d’excavation.

ICM : Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de repenser la conception des mines souterraines ?

Doug Morrison : Tout est parti de notre projet de recherche sur l’utilisation du remblai en pâte pour remplacer le remblayage hydraulique. Nous avons fait un projet avec Labrecque Technologies – une entreprise spécialisée dans la simulation d’événements – où nous avons étudié l’abattage par chambre vide standard avec un système de remblayage hydraulique et nous l’avons comparé à un abattage par chambre vide semblable, mais avec un remblai en pâte. Nous avons déterminé que l’utilisation de pâte était préférable, puisque la pâte permet de créer un remblai de qualité supérieure.

ICM : À quels genres de projets de recherche le CEIM travaille-t-il actuellement ?

Morrison : Nous nous concentrons principalement sur l’amélioration de la productivité, et donc sur la recherche de façons de faire les choses plus rapidement, à moindre coût et en moins de temps. Tous ces facteurs contribuent à la productivité des opérations terrestres. Un des avantages d’utiliser le remblai en pâte au lieu du remblayage hydraulique, c’est que vous éliminez certaines tâches comme construire des barricades, installer des tours de drainage et attendre que le terrain se draine.

ICM : Quels sont les problèmes actuels associés à l’exploitation ascendante ?

Morrison : Le principal problème pour nous, c’est que plus on creuse profondément, plus le coût de l’exploitation augmente. Si on continue à utiliser les mêmes méthodes d’exploitation minière, en creusant on devient de moins en moins rentable, tout en produisant la même qualité de minerai. L’exploitation devient plus coûteuse en raison des problèmes logistiques liés au fait de descendre plus en profondeur et des problèmes de chaleur. Plus on descend, plus il fait chaud. La demande d’énergie et d’électricité pour faire fonctionner les systèmes de ventilation est plus élevée et il faut donc dépenser plus d’argent.

ICM : Quels sont les avantages de l’exploitation descendante ?

Morrison : Dans l’exploitation ascendante, vous devez investir pour creuser jusqu’au fond du gisement, puis vous devez installer un système de ventilation jusqu’au fond du gisement. Vous dépensez tout votre argent avant même de démarrer la production. Vous commencez ensuite à extraire du minerai au fond du gisement et c’est alors que votre investissement commence à rapporter.

Si vous faites de l’exploitation descendante, vous ouvrez en fait seulement les trois niveaux supérieurs, ou peut-être quatre niveaux, puis vous commencez à produire dans les niveaux supérieurs. Ainsi, l’investissement total que vous devez faire est beaucoup moins important et vous commencez à rentabiliser votre investissement beaucoup plus rapidement que si vous deviez creuser jusqu’au fond du gisement. Puis, vous vous déplacez progressivement vers le bas. Le principal avantage de ce genre d’approche est qu’il s’agit d’une approche peu risquée, car s’il survient une chute importante du prix du métal que vous produisez, vous pouvez interrompre la production en attendant que le prix remonte à un niveau acceptable. Si vous faites de l’exploitation ascendante, vous investissez tout le capital dès le départ, et vous ne pouvez donc pas poursuivre l’exploitation lorsque le prix chute, parce que vous ne pouvez plus offrir de rendement à vos investisseurs. L’exploitation ascendante exige normalement un prix stable prévu pour l’avenir, disons les 15 ou 20 prochaines années. Si vous ne prévoyez pas une stabilité des prix, alors vous ne démarrez pas le projet parce que le risque de ne pas offrir de rendement est trop élevé, alors qu’avec une approche descendante, le risque est beaucoup moins important, et vous pouvez donc aller de l’avant, même si le prix du métal à l’avenir est moins stable.

ICM : Quels sont les défis associés à l’exploitation descendante ?

Morrison : Vous devez premièrement disposer du remblai nécessaire, afin d’avoir un remblai stable au-dessus de votre tête. Vous devez ensuite perfectionner les techniques

d’abattage. Vous pouvez utiliser une technique de forage ascendant sous le remblai, ou si vous n’êtes pas à l’aise avec cette méthode, vous pouvez extraire le minerai directement sous le remblai en utilisant des techniques traditionnelles de forage descendant ou d’abattage par chambre vide. Vous devez évaluer les coûts et les avantages de chaque approche.

ICM : Cette méthode implique-t-elle des risques plus importants ou différents pour la sécurité ?

Morrison : Il n’y a pas vraiment de risques supplémentaires pour la sécurité parce que les méthodes d’exploitation minière font appel au même équipement et aux mêmes techniques que nous utilisons maintenant.

ICM : Si le coût de l’exploitation ascendante était tellement élevé, pourquoi l’innovation a-t-elle tellement tardé ?

Morrison : Il est très difficile et très coûteux d’innover dans le domaine de l’exploitation minière. Il y a beaucoup de travail à faire avant de proposer une nouvelle façon de faire les choses. Les opérations minières sont généralement planifiées plusieurs années à l’avance. Le meilleur moment pour proposer une innovation est donc lors de l’ouverture d’une nouvelle mine ou d’un nouveau gisement dans une mine existante.

ICM : Quels sont les risques associés à l’innovation dans ce domaine ?

Morrison : Il y a beaucoup de risques à faire les choses différemment, mais cela ne signifie pas pour autant que le fait de ne rien changer ne comporte aucun risque. Si vous continuez à creuser de plus en plus profondément sans rien changer, les coûts augmentent en raison de la logistique et parce que vous avez besoin de plus d’électricité pour faire fonctionner les systèmes de ventilation.

Selon moi, il faut considérer l’innovation comme un coût d’opportunité plutôt que comme une dépense risquée. Vous essayez de profiter des occasions ou des avantages de faire les choses différemment, alors que si vous continuez sur la même voie, vous finissez par ne plus être productif et rentable. Vous ne pouvez pas continuer à toujours faire la même chose sans que cela ait de conséquences.

ICM : Comment cette méthode d’exploitation minière pourra-t-elle percer dans le secteur ?

Morrison : Je pense qu’une fois que les compagnies minières seront à l’aise avec l’utilisation du remblai en pâte et qu’elles auront utilisé la pâte pendant un certain temps, elles reconnaîtront que la qualité du remblai en pâte est largement supérieure à celle du remblayage hydraulique et que c’est une façon beaucoup plus rentable d’exploiter une mine souterraine parce que cela limite les dépenses en immobilisations au début d’un projet.

ICM : La majorité des mines utilisent-elles toujours le remblayage hydraulique ?

Morrison : La majorité des nouvelles mines utilisent le remblai en pâte. Plusieurs mines plus anciennes qui avaient déjà un système de remblayage hydraulique ne sont probablement pas passées au remblai en pâte. Dans plusieurs cas, elles calculent les économies générées par la pâte par rapport aux dépenses en immobilisations d’une nouvelle mine et concluent que la durée de vie restante de la mine ne justifie pas l’investissement. Peu de mines incluent le faible coût d’opportunité lié aux gains de productivité dans ce calcul – mais c’est pourtant là où le remblai en pâte peut procurer les avantages les plus importants.

Traduit par CNW


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