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Hommage à la doyenne de l'industrie minière canadienne

Viola MacMillan
Viola MacMillan était une prospectrice et financière accomplie, ainsi que la première femme présidente de la PDAC et la personne y ayant exercé le plus long mandat | Avec l'aimable autorisation de la PDAC

Viola MacMillan a surmonté une série d'obstacles pour pouvoir poursuivre sa carrière dans l'industrie minière, carrière qui a commencé dans les années 1930 et s'est étendue sur plus de six décennies. Sa carrière de prospectrice a été un véritable succès, et elle est devenue une financière très respectée dans le secteur minier. En outre, Mme MacMillan a marqué une étape importante en termes d'égalité entre hommes et femmes en devenant la première femme présidente de la Prospectors and Developers Association of Canada (PDAC, l'association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs), ouvrant la voie aux femmes souhaitant s'investir dans l'industrie minière.

Née en 1903 et élevée dans une ferme à Dee Bank, en Ontario, Mme MacMillan développe dès un très jeune âge une forte éthique du travail. Sa mère, Harriet Spiers, est une femme pleine de volonté et d'énergie qui trouve le temps de gérer la ferme familiale, de travailler comme sage-femme en ville, de parfois remplacer son mari postier et d'accepter divers contrats de ménage des stations balnéaires à proximité, le tout en élevant 15 enfants.

Joe Huggard, le quatrième enfant de Mme Spiers, travaille dans les mines de Cobalt, dans le nord de l'Ontario. Ses récits sur les mines font rêver sa sœur Viola et incitent cette dernière, du haut de ses 19 ans, à se rendre sur le site de la mine Coniagas en 1922. Ayant la ferme intention d'y entrer, elle se déguise de manière à dissimuler son corps et son visage ; en effet, les femmes sont un signe de mauvaise fortune et ne sont pas acceptées sous terre.

Dans son autobiographie, elle décrit ce périple comme « l'une des expériences les plus merveilleuses de [sa] vie », qui l'a laissé « totalement fascinée par le prestige de l'exploitation minière ». Lorsqu'elle rentre chez elle, elle dévore toute la littérature existante sur cette industrie et prépare ainsi sa carrière de prospectrice, qui débute en 1926. Récemment mariée à George MacMillan, Mme MacMillan et son mari sont sollicités par un membre de la famille pour aider ce dernier à évaluer le nombre de concessions dans la commune de Grenville. Les époux acceptent cette tâche, qui marque la première véritable incursion de Mme MacMillan dans ce domaine.

Lors d'une autre mission de prospection, le couple rencontre un prospecteur qui s'est récemment fait escroquer par des investisseurs de Buffalo, dans l'État de New York. Mme MacMillan, qui a travaillé comme sténographe dans un cabinet d'avocats en 1922, a de bonnes connaissances juridiques ; elle fait alors appel à un avocat et remporte l'affaire auprès de la cour minière de l'Ontario pour le compte de son camarade. Cette expérience lui apprend à apprécier l'importance de protéger les droits des prospecteurs.

En 1933, les connaissances considérables de Mme MacMillan en matière de droit minier lui valent le respect de toute l'industrie. Elle monte la société MacMillan Securities Ltd. pour négocier des transactions entre prospecteurs et investisseurs, vendre des actions pour les sociétés de développement minier et établir des syndicats. Grâce à MacMillan Securities Ltd. et, plus tard, à ViolaMac Mines Ltd., Mme MacMillan achète des participations majoritaires dans de nombreuses sociétés minières, notamment dans le syndicat Quartet (qui détient des actions dans la mine d'or Hallnor à Timmins) et les mines de Golden Arrow. L'achat le plus lucratif de Mme MacMillan est la mine Victor, située au sud-ouest de Carpenter Creek en Colombie-Britannique (C.-B.), pour laquelle elle paye en 1948 la somme de 50 000 $. Avant de fermer ses portes en 1962, cette mine aura produit plus de 9 millions $ en argent, plomb, zinc, cadmium et or.

Les époux MacMillan rejoignent l'Ontario Prospectors and Developers Association (ancienne dénomination de la PDAC) peu de temps après sa formation en 1932 ; l'association abandonne la particule « Ontario » dans son nom officiel en 1957 et est rebaptisée Prospectors and Developers Association of Canada. En 1941, Mme MacMillan en devient la secrétaire-trésorière et son mari le président. Mme MacMillan fait preuve d'une telle dextérité à attirer de nouveaux membres que lors de son élection à la présidence de l'association en 1944, personne ne fait dissidence. Elle occupera ce poste pendant 20 ans.

Durant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement n'informe pas l'industrie minière des métaux nécessaires pour contribuer à l'effort de guerre. Ainsi, Mme MacMillan se rapproche du War Metals Advisory Committee (le comité consultatif sur les métaux nécessaires en temps de guerre) et avec son aide, met sur pied des sessions éducatives visant à identifier les métaux recherchés.

Le lobbying incessant de Mme MacMillan envers le gouvernement contribue également à la création de la loi d'urgence sur l'aide à l'exploitation des mines d'or en 1948, qui protège le secteur canadien de l'exploitation aurifère d'un effondrement imminent entraîné par les coûts élevés de production. Sa persistance se traduit par la mise en œuvre d'un système de primes proposé par le gouvernement, qui aide à compenser les développeurs face aux coûts élevés d'exploitation.

En 1967, Mme MacMillan est accusée d'opérations fictives pour la vente d'actions de MacMillan Prospecting & Development Co. Ltd. à son mari George, ainsi que de fraude après qu'une concession très convoitée se révèle être infructueuse. L'accusation pour fraude est abandonnée, mais Mme MacMillan est emprisonnée pendant sept semaines sur une condamnation de neuf mois pour opérations fictives. Elle est la première personne à être reconnue coupable de ce délit au Canada, mais le gouvernement lui accorde une grâce totale en 1978. 

Cette même année, son mari George décède, ce qui la pousse à clôturer ses investissements et ses sociétés. Elle offre sous forme de don 1,25 million $ au musée canadien de la nature (MCN) pour l'achat d'une collection de minéraux à laquelle est donné son nom. Mme MacMillan est intronisée au Temple de la renommée du secteur minier canadien en 1991, deux ans avant son décès, et devient ainsi la première femme de l'histoire à être intronisée.


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