août

L'industrie en bref

Une révolution en matière de captage de dioxyde de carbone en Islande

Des scientifiques des États-Unis et d'Europe, en partenariat avec le service public islandais Reykjavik Energy, ont testé une nouvelle méthode de captage et stockage du dioxyde de carbone (CO2) et du sulfure d'hydrogène (H2S).

CarbFix, l'équipe de recherche travaillant sur le projet, a publié ses résultats dans la revue Science début juin. L'objectif de l'équipe était de dissoudre le CO2 et le H2S dans de l'eau, puis de l'injecter dans la roche volcanique située sous l'Islande.

« Sur le long terme, il faut entreposer [le CO2] quelque part, et l'idée consistant à le réinjecter dans du calcaire est la plus sûre et la plus stable du point de vue géologique », déclarait Eric Oelkers, professeur de géochimie aqueuse à l'University College London et chercheur dans le cadre de ce projet. « Pour la Terre, c'est l'endroit le plus propice où entreposer le dioxyde de carbone. »

Pour injecter les émissions de H2S et de CO2 dans du calcaire, les chercheurs les ont tout d'abord dissous dans de l'eau en mélangeant les gaz à de l'eau à un pH de 7, à une pression légèrement élevée, expliquait M. Oelkers. Ils ont constaté que l'injection des émissions dissoutes dans la roche volcanique située sous l'Islande permet au CO2 de réagir avec les roches basaltiques, et transforme le gaz en matériaux carbonatés, lesquels forment la base du calcaire. Deux années après avoir observé les résultats des premières injections, les chercheurs ont publié leurs données.

Le projet a été mené à la centrale électrique Hellisheidi en Islande où, en 2012, l'équipe a commencé l'injection de 250 tonnes de CO2 dans la roche volcanique. Après seulement deux ans, 95 % du gaz s'était minéralisé en minéraux carbonatés. Jusqu'ici, les scientifiques pensaient que le CO2 ne pourraient se transformer en roche qu'après des centaines ou des milliers d'années, indiquait Jeurg Matter, chef de l'équipe de recherche du projet et professeur agrégé en géoingénierie à l'université de Southampton.

« Les simulations de notre réservoir et de notre injection ont montré qu'il faut compter environ 10 ans pour que le CO2 se transforme totalement en minéral carbonaté », indiquait-il. « Nous y sommes parvenus en deux années. Le processus s'est avéré bien plus rapide que ce que l'on pensait. »

Ce projet de CarbFix a eu un tel succès que l'équipe a tenté d'augmenter la portée de ses essais en injectant 5 000 tonnes de CO2 et 2 000 tonnes de H2S dans des réservoirs profonds. L'objectif de l'équipe pour l'année à venir est d'injecter 10 000 tonnes afin de tester la capacité de cette technique. Les roches basaltiques dans lesquelles est injectée l'eau chargée en gaz sont plus importantes que le type d'émissions captées, expliquait M. Oelkers, aussi la méthode devrait fonctionner avec n'importe quelle émission de combustible fossile.

Neil Wildgust, directeur à l'international du service Stockage au Global Carbon Capture and Storage Institute (Global CCS Institute, l'institut international de captage et stockage du dioxyde de carbone), déclarait attendre les résultats avec impatience et considère ce projet non pas comme une tentative de remplacement des méthodes existantes permettant de stocker le CO2, mais plutôt comme une technique complémentaire à ces méthodes.

« L'option consistant à stocker le CO2 dans des roches basaltiques, dont l'efficacité a été prouvée par CarbFix, doit encore faire ses preuves sur une plus grande échelle pour montrer sa véritable valeur en termes d'émissions de gaz à effet de serre », indiquait-il.

La minéralisation du CO2 pourrait être appliquée partout dans le monde, expliquait M. Matter, car on trouve des roches basaltiques en bien plus grande quantité que tout autre type de roches sous la surface de la Terre. Sur la plupart des continents, le basalte est exposé en surface, mais la majorité se trouve dans les fonds océaniques. Les effets sur l'environnement de l'injection de CO2 dans le plancher océanique permettront de déterminer si l'on pourra un jour utiliser cette méthode à grande échelle. « Nous ne connaissons pas les éventuels problèmes environnementaux que peut causer la présence de bulles denses de dioxyde de carbone dans le plancher océanique », déclarait M. Oelkers.

– Vince Morello

Traduit par Karen Rolland

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