mai 2015

Les avantages meconnus du travail en region eloignee

Comment les sociétés aident leurs employés à vivre une vie plus riche au camp

Par Katelyn Spidle | Illustrations par Clare Mallison

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Autrefois, décrocher un emploi dans le secteur minier signifiait souvent qu’on devait s’installer et s’enraciner dans une ville ou un village créé autour d’une mine. Mais, au Canada, la dernière de ces villes – Tumbler Ridge, en Colombie-Britannique – a été construite il y a plus de 30 ans. Selon une recherche effectuée par Keith Storey, de l’Université Memorial de Terre-Neuve, les importantes fluctuations subies par le secteur des minerais, l’arrivée du télétravail, une pénurie de main-d’oeuvre et le manque de perspectives offertes par les villes minières, particulièrement pour les femmes, ont tous contribué à la disparition progressive des villes minières champignons.

Aujourd’hui, les déplacements sur de longues distances et la vie dans les camps sont devenus les modèles, dont les particularités sont uniques et parfois ardues. Bien qu’il soit difficile d’évaluer l’augmentation du nombre de travailleurs vivant cette réalité, on compte aujourd’hui dans le monde des dizaines de milliers de travailleurs se rendant dans des camps éloignés, soit par la route, soit par la voie des airs. Par exemple, en Australie-Occidentale, le nombre de mines où les travailleurs vivent dans des camps est passé d’environ 26 en 1991 à plus de 100 en 2005.

Pour le travailleur, la vie au camp signifie qu’il doit affronter l’isolement social, de longues heures de travail et de rudes conditions météorologiques, tout en essayant d’équilibrer ses deux vies : celle à la mine et celle à la maison. Les travailleurs navetteurs gagnent un bon salaire et ont accès à des commodités modernes, mais la séparation d’avec la famille et les amis peut créer un problème affectif auquel les sociétés tentent de plus en plus de répondre.

« Les sociétés font un certain nombre de choses qui ont une incidence », affirme Adrian Blanco, ancien gestionnaire de l’approvisionnement à Hochschild Mining (il travaille à présent pour McEwen Mining). Jusqu’à tout dernièrement, il passait entre 35 et 40 % de son temps au camp minier San José, en Argentine. « Si des gens pratiquent des activités qui ne sont pas liées au travail, cela crée un meilleur environnement en matière de qualité de vie et améliore aussi la productivité et le respect des normes de sécurité. »

La vie de camp est unique en ce sens que lorsqu’un employé s’y trouve pendant des semaines, la conciliation vie professionnelle-vie personnelle est impossible. Joanne Klein, vice-présidente des ressources humaines de Goldcorp, explique que sa société fait en sorte que les employés ne sentent pas qu’ils ratent des aspects importants de leur vie personnelle ou familiale. « Je crois qu’on y arrive aussi par de petites choses », ajoute-t-elle. « Quand j’étais à Musselwhite, récemment, je suis entrée dans la cafétéria et j’ai vu un grand tableau blanc sur lequel on annonçait l’anniversaire d’un employé. Il y avait un gros gâteau, et je crois que de telles actions jouent un grand rôle pour que les gens se sentent à la maison. »

M. Blanco acquiesce : même de petits gestes améliorent de beaucoup les conditions de vie des travailleurs navetteurs. Par exemple, quand la haute direction et les membres du conseil d’administration visitent les sites d’exploitation, en Argentine, tout le monde mange ensemble dans la salle à manger pour que tous se sentent égaux et justement appréciés. « Les employés prennent leur déjeuner, leur dîner et leur souper au même endroit pendant des semaines d’affilée. Ce sont des moments qu’ils partagent avec tous les autres ; ce sont des moments spéciaux dans la journée. »

Échanges interculturels

En règle générale, à la mine Raglan, au Nunavik, au Québec, les travailleurs navetteurs restent de deux à trois semaines sur le site, puis passent de deux à trois semaines chez eux. La société a lancé plusieurs initiatives pour aider les travailleurs à composer avec leur double mode de vie. Par exemple, en plus d’offrir à chaque employé un cadeau le matin de Noël, la société invite des artistes inuits de la région à tenir une foire d’artisanat à l’occasion de la Journée internationale des peuples autochtones.

« La foire d’artisanat nous permet de promouvoir la culture inuit », remarque Céliane Dorval, coordonnatrice des communications et des relations extérieures à Raglan, « et ça permet aux employés inuits et non-inuits de partager dans une atmosphère chaleureuse. » Raglan a aussi mis sur pied un comité de loisirs qui organise régulièrement des soirées de jeux, des barbecues, des concerts, des spectacles humoristiques et même des parties de golf, dans le sud, pour les travailleurs navetteurs en congé.

Les liens entre le camp minier et la culture locale permettent aux travailleurs navetteurs de cultiver un sens de fierté, fait remarquer M. Blanco. Parmi les moyens mis en œuvre par la société minière pour encourager le partage, elle demande aux travailleurs de faire visiter la mine à la population de la région et de lui proposer des activités. « Ces visites créent non seulement un sens de responsabilité envers la population, mais aussi un sens d’appartenance à la société et de fierté pour ce que celle-ci accomplit dans toute la région », conclut M. Blanco.

Corps sains, mine saine

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Les avantages de l’activité physique ont fait l’objet de nombreuses recherches et sont bien documentés. Être en bonne forme physique diminue les risques de maladie et de blessure, en plus d’avoir des effets bénéfiques sur la santé mentale. De plus en plus, les sociétés équipent leurs mines de gymnases mis gratuitement à la disposition des employés en vue d’améliorer la productivité et le moral.

« À Cigar Lake, le club de loisirs de Cameco tente d’offrir toute une gamme d’activités physiques et sociales à ses employés et entrepreneurs pour qu’ils puissent s’occuper après le travail », explique Trevor Gonzales, généraliste en ressources humaines à Cameco. Il décrit le gymnase de dimension réglementaire de la mine, où les travailleurs jouent au hockey en salle, au soccer, au badminton, au volleyball et au basketball. Les employés peuvent aussi participer à un concours de sculpture de citrouilles dans le temps de l’Halloween, regarder des combats extrêmes ou des galas de boxe à la carte ou participer à des compétitions sportives avec les employés des mines avoisinantes.

Les mines de Goldcorp possèdent aussi des installations de conditionnement physique remarquables, mais Christine Marks, directrice des communications de la société, explique que ces installations sont différentes d’un site à l’autre. « À Peñasquito, au Mexique, il y a un beau terrain de soccer. Mais avoir un tel terrain dans le nord du Québec en hiver n’aurait aucun sens. » À Musselwhite, sur la rive sud du lac Opapimiskan, l’équipement de pêche est très demandé.

Alimenter correctement toutes ces activités est essentiel « C’est pourquoi l’alimentation est très, très importante », affirme Mme Klein, ajoutant que l’alimentation varie aussi d’un site et d’une culture à l’autre. « Nous sommes chanceux parce que l’entreprise de traiteur que nous utilisons à Musselwhite appartient aux Premières Nations. » Windigo Catering, qui dessert la mine, située à 480 kilomètres au nord de Thunder Bay, emploie des gens de la région et incorpore des aliments traditionnels, comme la bannique et de la viande d’animaux sauvages, au menu.

Atteindre un équilibreFIFOLife2

À Raglan, les conjointes et les conjoints sont invités trois fois par an à visiter le site. « C’est une excellente façon de les aider à comprendre ce que fait leur conjoint ou leur conjointe sur le site minier et de voir par eux-mêmes comment on y vit », a indiqué Mme Dorval, « Les familles jouent un rôle important dans la fidélisation des employés, aussi devons-nous établir des liens avec eux et veiller à leur bien-être. »

Cependant, aider les travailleurs navetteurs à se connecter quotidiennement avec leur famille représente un des aspects de la vie de camp que les sociétés ont de la difficulté à améliorer. Le coût de la connexion Internet est très élevé, particulièrement dans les lieux éloignés. Bien que la plupart des mines offrent une connexion réseau sans fil, M. Blanco explique que cette dernière est souvent de trop mauvaise qualité pour les appels vidéo, situation très frustrante pour les employés qui ont hâte de voir le visage et d’entendre la voix des membres de leur famille.

Bien qu’une connexion Internet fiable soit sans aucun doute devenue essentielle à la vie moderne, M. Blanco fait remarquer qu’une connexion sans fil à haute vitesse dans un camp minier est une arme à double tranchant. De nombreux employés pourraient devenir dépendants d’Internet pour le divertissement et les liens sociaux et passer tout leur temps libre accrochés à un iPhone, à une tablette ou à un ordinateur portatif, ce qui les inciterait peu à faire de l’exercice, à participer à des activités ou à s’intégrer à la communauté des travailleurs navetteurs.

« Pour les sociétés, c’est un tout nouveau défi que de gagner les cœurs des employés avec des activités intéressantes qui favorisent le travail d’équipe », estime M. Blanco. Dans les mines où il a travaillé, on encourageait la participation des employés puisqu’on y proposait de nombreuses compétitions sportives entre divisions ainsi que de nombreux tournois. Selon M. Blanco, on note une augmentation de la participation là où les sociétés proposent un calendrier de matches et offrent des maillots et des prix et où on incite les travailleurs à trouver des noms d’équipe originaux. De tels gestes créent une identité, laquelle à son tour forme un sens d’appartenance – particulièrement si les sports proposés font partie de la culture locale.

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Un camp où les travailleurs navetteurs peuvent mener une vie profondément satisfaisante ne stimule pas que la productivité, la sécurité et la santé, mais ouvre également la porte à des expériences, à des relations et à des souvenirs marquants, lesquels peuvent durer toute une vie.

« J’ai vu de nombreux cas d’amitiés qui se sont prolongées au-delà du travail à la mine », affirme M. Blanco. « C’est naturel. Vivre des conditions si difficiles peut sceller des liens solides entre les gens. »


Traduit par CNW et Karen Rolland


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