mars/avril 2015

Éléments des terres rares

Les chaînes de valeur mondiales des éléments de terres rares ont besoin de liens mondiaux

Par Ian London

La chaîne d’approvisionnement européenne en éléments de terres rares (ÉTR) est actuellement incomplète et à la recherche de solutions. Actuellement, il n’existe pas de mines d’ÉTR en Europe, et la Chine contrôle la majeure partie de ce marché. Cependant, il y a de l’espoir. Un modèle de développement économique semblable à celui que la Chine a mis au point ces dernières années peut être reproduit et devrait être envisagé pour l’Europe, en collaboration avec ses partenaires commerciaux et ses alliés au Canada.

En Chine, chaque maillon de la chaîne de valeur a été bâti en s’appuyant sur les ressources naturelles brutes du pays, sur les technologies qu’il a acquises ou développées et sur la disponibilité d’une expertise locale coordonnée à l’aide de contrats, d’investissements croisés et d’une stratégie nationale. Certains pays (comme le Canada) possèdent d’excellentes ressources et de solides compétences en matière d’exploitation minière et de traitement du minerai, alors que d’autres pourraient fournir leur expertise et leurs infrastructures en aval pour le traitement chimique et le traitement des métaux. D’autres encore pourraient fournir les applications finales en bout de chaîne. Cependant, ces éventuels pays partenaires doivent savoir que le champ des possibilités pour planifier, lancer et exécuter une telle stratégie s’amenuise.

Le Réseau européen de compétences sur les terres rares (ERECON) a présenté ses recommandations sur la politique à suivre à la Commission européenne lors d’un colloque ayant réuni plus de 150 experts internationaux à Milan, en octobre dernier. Ces recommandations, telles qu’elles sont énoncées dans le rapport, comprennent une approche à plusieurs volets visant à mieux garantir l’approvisionnement de l’Europe en ÉTR : financement de la recherche sur l’extraction, la séparation, le recyclage et la substitution des terres rares; maintien et renforcement de la base de connaissances et de compétences européennes grâce au financement de la recherche, à l’enseignement scientifique et technologique, et à la coopération internationale; financement des technologies de recherche portant sur des usines pilotes de traitement des éléments de terres rares lourdes (ÉTRL) pour des projets de l’Union européenne et des projets de recyclage; établissement d’un fonds d’une importance cruciale pour investir dans des projets en amont; et création d’une Alliance des ressources européennes.

Le rapport d’ERECON a souligné que l’autosatisfaction n’est pas une option. Bien que les prix actuels soient bas, cela ne reflète pas l’insécurité des approvisionnements en ÉTR pour le long terme dans des marchés volatils, qui demeurent dépendants d’un petit nombre de sources d’approvisionnement vulnérables face à l’intervention des gouvernements. Ce point de vue fait écho aux avis des spécialistes canadiens, américains, australiens, japonais et d’autres pays qui assistaient au colloque.

L’Europe ne possède actuellement aucune mine d’ÉTR en exploitation, mais elle a produit des ÉTR dans le passé en tant que sous-produits d’autres activités d’exploitation minière. Le potentiel géologique et économique d’exploitation des ÉTR en Europe n’avait pas été entièrement évalué avant la hausse des prix mondiaux des ÉTR en 2011. L’organisme EURARE, financé par l’Union européenne, ayant pour mandat de développer l’industrie des ÉTR en Europe, prévoit terminer une évaluation approfondie des ressources exploitables et publier son rapport d’ici décembre 2016.

Des capacités de séparation des ÉTR existent en France et en Estonie et sont alimentées en concentré de terres rares provenant d’ailleurs. L’Europe dispose également de capacités de traitement et d’utilisation fournies par des sociétés comme Less Common Metals au Royaume-Uni, Solvay/Rhodia en France et Treibacher en Autriche.

Alors, du point de vue européen, comment et où le Canada peut-il contribuer à compléter un nouvel approvisionnement en ÉTR concurrentiel à l’échelle mondiale?

Actuellement, il existe deux ou trois projets d’exploitation de terres rares qui progressent en Europe, dont le projet Norra Kärr de Tasman Metals qui est actuellement au stade de la préfaisabilité. Cependant, il faut de 10 à 20 ans aux projets d’ÉTR pour atteindre la mise en production, car ils sont confrontés à un certain nombre de défis tels que les aspects économiques du projet – en particulier si une étude de faisabilité n’est pas encore commencée – , les questions environnementales, la gestion de la radioactivité et l’obtention des permis. L’approbation sociale du projet a également une importance fondamentale et l’UE a des normes très élevées dans ce domaine. Par conséquent, plusieurs années pourraient s’écouler avant que l’Europe puisse commencer à s’approvisionner avec ses propres ÉTR.

Le Canada, qui possède des projets à un stade plus avancé, des gisements riches en ÉTR, une vaste expertise en exploitation minière et en traitement du minerai, des normes environnementales élevées ainsi qu’une réputation et des antécédents positifs en matière de collaboration, peut approvisionner les producteurs de produits chimiques et de métaux en aval. Le Canada peut être le premier maillon crucial de la stratégie de partenariat international, tandis que d’autres pays et sociétés peuvent apporter leur contribution à toutes les étapes de la chaîne d’approvisionnement en ÉTR selon leurs avantages comparatifs. Cela permettrait d’établir une stratégie de production de rechange plus sûre et plus efficace sur le plan des coûts et des délais.

Cela ne signifie pas bien sûr qu’un pays ou une société devrait se limiter à un stade de la production d’ÉTR, mais plutôt qu’il prendrait les devants dans celui-ci et assumerait un degré différent de participation et d’investissement à chaque stade.

La chaîne d’approvisionnement en ÉTR est interdépendante. Les extrants d’une étape sont les intrants de la suivante et c’est ainsi que nous créons des solutions fiables et rentables. Pour réussir, il faut que les spécifications des extrants-intrants techniques et commerciaux et les interfaces soient coordonnées et peut-être même modifiées pour l’efficacité générale de toute la chaîne. Nous qui, en tant que partenaires, alliés et acteurs de l’industrie mondiale, parlons d’échanges et de coopération à l’échelle internationale, nous devons les mettre en œuvre.

Ian London
Ian London est le président du Réseau canadien de recherche sur les éléments des terres rares et il a joué un rôle prépondérant dans sa formation au milieu de 2013. Il est également conseiller en développement des marchés et en énergie à Avalon Rare Metals Inc. Au cours de ses 40 ans de carrière, il a occupé les postes de président et chef de la direction d’Ontario Hydro International, de chef de la direction de Process Products Ltd, et a siégé au conseil d’administration de plusieurs sociétés spécialisées dans les technologies et les énergies de remplacement.

Traduit par CNW


Profil de projet : Kirkland Lake | Article de fond : Sous haute tension 
Projets et Construction | Voyage : Sudbury, Ontario
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