février 2015

Finances

Comprendre l’escalade du coût en capital des projets survenue au XXIe siècle

Par Ken Thomas, John Wells et Maria Leticia Conca

Pendant la seconde moitié du XXe siècle, le coût en capital des projets miniers était relativement stable, augmentant de 3 à 5 % par an et suivant généralement l’indice des prix à la consommation. Cependant, de 2002 à 2013, l’industrie a connu des hausses du coût en capital des projets qui ont atteint environ 20 % par an en moyenne. Des augmentations similaires du coût en capital des projets ont été constatées à l’échelle mondiale et, dans plusieurs cas, elles ont plus que doublé ou même triplé pendant cette période. Ainsi, le coût en capital du projet aurifère Pascua Lama de Barrick, au Pérou, est passé de 3 milliards de dollars en 2009 à plus de 8 milliards de dollars en 2013. Pendant la même période, le coût en capital du projet de minerai de fer Minas Rio d’AngloAmerican, au Brésil, passait de 2,7 milliards de dollars à 8 milliards de dollars. À partir de 2013, cela a généré un sentiment de nervosité général chez les investisseurs qui envisageaient de financer des projets. Cette nervosité est-elle justifiée, ou l’escalade des prix peut-elle être rationalisée?

Les hausses de prix des produits de base ont été l’un des principaux facteurs de l’escalade, en même temps que les hausses de prix de l’équipement, des travaux d’ingénierie, de la construction, de la main-d’œuvre ainsi que des études sur les relations avec la communauté et des études d’impact sur l’environnement. Pour comprendre à quel point les hausses de prix des produits de base ont été spectaculaires, examinons un indice composé d’un panier de produits de base comprenant du cuivre, de l’aluminium, du nickel, du zinc, de l’or, du pétrole brut (Brent) et du minerai de fer, établi à 100 en 2002. L’indice a grimpé à 400 en 2013 : un gain de 300 %. Le prix du cuivre à lui seul est passé d’environ 75 cents la livre au début des années 2 000 à plus de 3 $ la livre en 2013. Pour la première fois peut-être, le prix de presque tous les produits de base, incluant les métaux précieux, a bondi sous l’impulsion de la croissance considérable des nouvelles puissances industrielles, soit le Brésil, la Russie, l’Inde et surtout la Chine. Comme le prix des métaux et des produits de base augmentait, l’industrie minière a vu d’excellentes occasions de mise en valeur de projets. Nombre de gisements étaient bien connus, mais avaient été mis de côté pendant un certain nombre d’années en raison des prix peu élevés des produits de base. D’innombrables nouveaux projets ont obtenu le feu vert dans un court laps de temps, et ce qui avait été un marché d’acheteurs est devenu soudainement un marché de vendeurs pour les fournisseurs du secteur minier. Ceci a été aggravé par la volonté de réduire les délais de livraison et par le coût accru des métaux utilisés pour fabriquer l’équipement. Les prix du marché pour l’équipement ont connu une très forte augmentation, ont doublé et même triplé, en particulier pour l’équipement lourd comme les broyeurs et les camions.

De 2002 à 2013, les coûts des services d’ingénierie ont connu une augmentation parallèle à celle des coûts de l’équipement, ce qui représente un important changement par rapport aux années précédentes alors que les sociétés d’ingénierie se livraient souvent à une concurrence des prix féroce pour rester dans la course. Dans plusieurs cas, les salaires du personnel d’ingénierie à tous les niveaux ont grimpé d’au moins 100 %. En outre, l’exécution de projet est devenue beaucoup plus réticente au risque, et c’est maintenant une pratique courante dans les territoires miniers d’exiger une approche par étape exigeant plusieurs niveaux d’étude : délimitation, préfaisabilité et faisabilité. De plus, ces études doivent dorénavant contenir de l’information telle que des chapitres détaillés sur les relations avec la communauté, l’évaluation de l’impact environnemental et les aspects à prendre en compte en matière de santé et de sécurité. Pour alourdir et compliquer encore les choses, les études techniques doivent être menées en liaison étroite avec l’étude d’impact environnemental, laquelle est généralement effectuée par une autre société. Tout cela s’ajoute au coût en capital initial et exige plus de temps.

Les entreprises de construction ont également constaté que leurs ressources étaient insuffisantes pour travailler sur les nombreux chantiers alors que la demande dépassait l’offre. En général, on demande aux entrepreneurs de construction de fournir du béton, de l’acier de construction, de la tuyauterie et des câbles électriques. L’escalade des coûts des produits de base a en conséquence fait grimper les coûts de construction.

La main-d’œuvre est devenue un problème quand l’industrie minière s’est retrouvée avec de nombreux nouveaux projets, et cela a eu une incidence sur les coûts. Les sociétés d’ingénierie et de construction, de même que les sociétés minières, ont promu des employés qui, dans de nombreux cas, n’avaient pas assez d’expertise technique ou de compétences en gestion de projet. De plus, les salaires et les avantages sociaux ont augmenté rapidement, ce qui s’est traduit pas l’octroi de primes s’ajoutant aux contrats afin d’attirer du personnel. En même temps, dans une tentative de contrôle des coûts de la main-d’œuvre, des employés sont venus d’autres secteurs pour travailler sur des chantiers miniers, ce qui s’est traduit par une main-d’œuvre peu qualifiée. Cela a causé des retards dans l’exécution et des coûts de reprise des travaux à la suite de travaux bâclés.

La hausse de la plupart des prix des produits de base a entraîné un boom sans précédent de l’exploration, des études, des projets et des prises de contrôle. Des sociétés d’exploitation, réagissant aux prix élevés, se sont dépêchées de faire passer de nouveaux projets de la phase de la conception à celle de la production. Cela a créé un déséquilibre entre l’offre et la demande d’équipement, de services d’ingénierie, de main-d’œuvre et de services connexes, entraînant ainsi l’escalade des coûts. À présent, nombre de sociétés évaluent fréquemment tous leurs projets afin de poursuivre en priorité ceux qui présentent un risque acceptable et une rentabilité suffisante, évaluée selon leur valeur nette actuelle et leur taux de rendement interne. En même temps, les budgets d’exploration et l’efficience de l’exploitation sont examinés afin de conserver des liquidités. Heureusement, les prix des produits de base et en conséquence, les coûts en capital semblent ne plus augmenter depuis 2013, ce qui, espérons-le, devrait stabiliser l’industrie minière dans les prochaines années.

Ken_Thomas
Ken Thomas est président, Développement de projets et Métallurgie, à Ken Thomas & Associates Inc. Il siège aux conseils d’administration de Continental Gold, de Candente Gold et d’Avalon Rare Metals. Il a occupé les postes de premier vice-président des projets de la société Kinross Gold, de directeur général et d’administrateur à Hatch, de chef de l’exploitation dans la société Crystallex International, et de premier vice-président, Services techniques, dans la Société aurifère Barrick.
John_Adrian_Wells

John Wells est un expert-conseil indépendant en métallurgie, basé à Vernon, en Colombie-Britannique, ainsi qu’à Santiago, au Chili. Il est également expert-conseil associé en métallurgie auprès de Alquimia Engineers de Santiago. Il a occupé des postes de plus en plus importants dans des sociétés d’exploitation partout dans le monde, y compris celui de directeur, Développement métallurgique, à la Société aurifère Barrick.

Leticia_Conca

Maria Leticia Conca détient plus de 38 années d’expérience professionnelle en développement de projets miniers. Elle a été chef de la direction, chef de l’exploitation et administratrice. Elle a également occupé des postes d’ingénieur spécialisé, de chef de discipline, de chef de projets et d’expert-conseil. Elle travaille actuellement comme professeur et présidente des projets d’usines métallurgiques au département de génie minier de l’Universidad de Chile.

Traduit par CNW

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