août/septembre

Q&R avec Greg Lilleyman

Le directeur de la recherche de pointe chez Rio Tinto nous parle de ses travaux

Par Eavan Moore

Le poste de Greg Lilleyman en tant que coordinateur en chef de la section Technologie et innovation chez Rio Tinto lui accorde un rôle important dans l'évolution des paradigmes au sein de l'industrie minière. Ce vétéran qui travaille à Rio Tinto depuis 25 ans a répondu aux questions de l'équipe du CIM Magazine lors du congrès de l'ICM en mai dernier, auquel il participait au titre de conférencier plénier.

L'ICM : Quel aspect de votre travail préférez-vous ?

M. Lilleyman : Je suis chargé de tout un éventail d'activités. Un aspect de mon poste consiste à endosser la responsabilité des activités de construction à l'échelle mondiale ; la plupart doivent être résolues sur-le-champ. À l'autre extrémité, nous mettons sur pied certains des travaux relatifs au nouveau concept de « mine du futur ». En fin de compte, ma motivation est de renforcer l'avantage concurrentiel que détient Rio Tinto sur les autres sociétés de notre secteur en accordant toute mon attention à la productivité et l'innovation.

L'ICM : Quel est votre atout principal pour le travail diversifié que vous effectuez ?

M. Lilleyman : J'aime être mis au défi. Je ne souhaite pas me réveiller le matin en sachant exactement de quoi ma journée va être faite. Un jour, je dois m'occuper du démarrage d'une fonderie en Colombie-Britannique ; le lendemain, je dois trouver l'utilité de telle ou telle technologie pour résoudre les problèmes de fatigue des conducteurs de camions dans nos mines de charbon. Cet éventail d'activités est ce qui rend mon travail si passionnant.

En outre, ma formation d'ingénieur fait que je m'intéresse à de nombreux domaines. Je suis ingénieur de travaux publics et bâtiments de formation, et non ingénieur des mines, aussi les aspects techniques spécifiques à l'industrie minière ne sont pas les seuls à m'intéresser dans mon travail chez Rio Tinto.

L'ICM : Quand avez-vous compris que vous souhaitiez vous consacrer à améliorer les activités, et non à les diriger ?

M. Lilleyman : Lorsque j'ai commencé à travailler sur des programmes d'automatisation, je me suis vite rendu compte que nous passions à côté d'occasions importantes pour Rio Tinto. Ces cinq ou sept dernières années, la majorité de mes travaux ont consisté à découvrir des manières innovantes et plus performantes d'exploiter nos activités.

L'ICM : Vous disposez d'un centre de données analytiques à Pune, en Inde - quelles sont vos attentes de ce centre ?

M. Lilleyman : Notre matériel de traitement, nos camions et notre équipement mobile sont dotés de nombreux points de données, mais nous ne les avons jusqu'ici pas tous exploité. Nos exploitations totalisent quelque 900 camions de transport dans le monde entier. Chacun d'entre eux est équipé d'environ 200 capteurs. La plupart des activités d'entretien sur ce genre d'équipement sont les mêmes vérifications et inspections que nous menons depuis 10, 30 ou 40 ans. L'important pour nous est de réduire le nombre d'inspections manuelles mais, tout autant, de détecter les éventuels problèmes avec une jambe de train, un moteur-roue ou autre. Il est possible de détecter les problèmes avant qu'ils ne se manifestent et d'intervenir, surtout si l'on découvre le problème quelques mois à l'avance. En outre, on peut prolonger la durée de vie des équipements qui ne nécessitent pas encore d'être remplacés.

L'ICM : Quelle est la première tâche des scientifiques des données travaillant dans ce centre ?

M. Lilleyman : Quelques expert(e)s en gestion des actifs de mon groupe travaillent en Inde avec des scientifiques des données et des équipementiers comme General Electric, Komatsu et Cummins pour commencer à mettre au point la façon dont nous allons procéder.

Ils/elles étudient les données des dernières années. Certains de ces camions ont pu tomber en panne moteur. Les expert(e)s retournent en arrière pour déterminer s'il existe un fil conducteur d'événements qui ont pu se produire une semaine, un mois ou trois mois à l'avance. Ils/elles peuvent ensuite tester ces modèles en temps réel pour déterminer si l'on peut contrôler ces problèmes.

Les scientifiques des données ne savent pas nécessairement que chercher. Les professionnel(le)s de l'entretien, l'équipe de gestion des actifs sont les expert(e)s, posent les bonnes questions et savent, eux/elles, où chercher ; ils/elles doivent faire équipe avec les scientifiques des données qui offrent leurs facultés d'analyse et les compétences requises en matière de manipulation des données pour trouver des choses que même un(e) ingénieur(e) intelligent(e) doté(e) de sa feuille de calcul ne saurait trouver.

L'ICM : Selon vous, dans quel domaine l'approche guidée par les données à la maintenance préventive a-t-elle le plus de valeur ?

M. Lilleyman : L'analytique préventive se concentre sur nos exploitations de minerai de fer dans la région du Pilbara et sur le site de Kennecott Utah Copper. Nous avons choisi ces sites car c'est là que nous avons décidé de commencer le projet pilote, non pas parce qu'ils présentaient un caractère unique par rapport à d'autres. On peut dire que nous avons d'abord concentré nos efforts sur l'innovation dans nos exploitations de minerai de fer, principalement car ce sont celles qui ont le plus de poids.

L'ICM : Lors du débat en séance plénière, vous avez souligné que les employé(e)s à tous les niveaux hiérarchiques doivent être informé(e)s et respecté(e)s lorsque des changements se produisent. Quel est le moyen d'interaction des employé(e)s travaillant au niveau des opérations avec ce centre de données ? Quelles décisions prendront-ils/elles sur la base des informations qu'ils/elles reçoivent du centre ?

M. Lilleyman : Nos scientifiques des donnés collaborent avec les ingénieur(e)s et les professionnel(le)s préposé(e)s à l'entretien, lesquel(le)s doivent également connaître la réalité sur le terrain. Ils/elles travaillent principalement avec les technicien(ne)s chargé(e)s de la gestion et de la supervision ainsi que de l'entretien sur le site. Ils/elles demandent par exemple ce qu'ils/elles peuvent contrôler en ligne qui leur permettra d'obtenir les mêmes informations à partir des points de données que l'inspection qu'ils/elles effectuent physiquement sur le camion.

Les interactions sont nombreuses, qu'il s'agisse de ce centre ou du centre des opérations que nous avons déployé en Australie-Occidentale. Certaines des personnes avec lesquelles nous travaillons se trouvent à des milliers de kilomètres et établissent le contact à distance avec des opérateurs à l'aide de radios bidirectionnelles et leur donnent des instructions. Ces deux groupes doivent se respecter et bien comprendre le rôle de chacun. Dans tous ces domaines, on est voué à l'échec si l'on ne s'implique pas auprès de notre main-d'œuvre tout au long du processus.

L'ICM : Quels sont les changements les plus importants au niveau des rôles occupés par les opérateurs/-trices sur le site ?

M. Lilleyman : Les opérateurs/-trices qui travaillent encore dans une activité automatisée sont devenu(e)s davantage des superviseurs du procédé. Prenez par exemple un(e) conducteur/-trice d'excavatrice ; ils/elles sont désormais les chefs d'orchestre, leurs camions communiquent avec leurs terrassiers et ils/elles supervisent le déroulement des travaux. L'opérateur/-trice place les camions là où ils/elles le souhaitent ; ils/elles définissent bien plus la façon dont le procédé minier se produit.

Ainsi, les opérateurs/-trices peuvent observer de manière bien plus objective les performances du système dans sa globalité. Auparavant, ils/elles se contentaient de contrôler leur propre performance lorsqu'ils/elles conduisaient les camions. Aujourd'hui, ils/elles peuvent observer les mouvements d'un groupe de camions et de l'excavatrice et ont la possibilité de détecter des choses qu'ils/elles n'auraient pu détecter auparavant. Ils/elles constatent maintenant que les camions ne reviennent pas aussi vite qu'ils le pourraient sous l'excavatrice et réalisent qu'une modification logicielle du fabricant d'équipement d'origine (FEO) pourrait peut-être remédier à ce problème.

L'ICM : L'un des projets que vous avez évoqués lors de votre débat en séance plénière concernait le parc éolien de la mine Diavik, qui a été créé et principalement mis en œuvre par le responsable local Liezl Van Wyk et le reste du personnel travaillant dans l'exploitation. Quelles mesures prenez-vous pour encourager l'autonomie et le leadership dans les exploitations ?

M. Lilleyman : Nous nous attendons bien évidemment à ce que responsables locaux d'une exploitation maîtrisent leur domaine mieux que personne. Ainsi, ils/elles sont probablement les plus à même de proposer les idées les plus intelligentes pour améliorer leur part des activités. C'est la raison pour laquelle nous les encourageons à prendre les mesures et les décisions qu'ils/elles prendraient si l'entreprise était la leur. Le degré d'autonomie et de responsabilité que nous accordons aux membres du personnel leur permet de proposer des idées extraordinaires.

Traduit par Karen Rolland


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