octobre 2014

Une entrée timide dans la cour des grands

La fabrication en Chine est compétitive sur le plan économique mais doit surmonter la stigmatisation

Par Kelsey Rolfe

RAPPORT SPÉCIAL : LA CHINE

Comme l'explique Lee McMartin, directeur général de la société Wajax Equipment pour la région des Prairies, les éléments « fabriqués en Chine » ne constituent qu'une petite partie de la composante économique de la société pour cette région, à savoir environ 1 % de l'intégralité des ventes de marchandises. Cependant, les avantages sont évidents : les pièces sont fabriquées pour une fraction du prix qu'elles coûtent ailleurs, et leur qualité est identique.

En 2013, la division de la région des Prairies de Wajax Equipment a décidé de faire appel à un fabricant chinois pour ses plus petits accessoires. Les clients commandent des éléments fabriqués en Chine pour compléter leur équipement actuel en fonction d'applications spécifiques, dont Wajax Equipment est le distributeur canadien (elle représente des sociétés qui fournissent l'équipement des secteurs de la construction, de la sylviculture, de la manutention et de l'exploitation minière). La division de la région des Prairies de la société, qui comprend le Manitoba, la Saskatchewan et l'Alberta, faisait auparavant appel à des fabricants du Canada et des États-Unis. À l'heure actuelle, il s'agit de la seule région sur les quatre que couvre Wajax Equipment qui externalise la fabrication en Chine.

Aussi satisfait qu'il soit de cet arrangement, M. McMartin admet qu'il hésite à parler en public des activités de Wajax avec la Chine. « Je le préconise », déclare-t-il. « J'y ai été et ai vu de mes propres yeux la façon dont travaillent les Chinois ; j'ai entièrement confiance en ce qu'ils font. » Cependant, il reconnaît que « la Chine est encore mal acceptée. Je tire mon chapeau aux fabricants d'Amérique du Nord car ils sont parvenus à se dissocier de la Chine bien qu'ils aient énormément recours à ses services. »

M. McMartin ajoute qu'il s'agit d'une préoccupation courante, et il connaît plusieurs autres sociétés ne souhaitant pas reconnaître qu'elles font appel à des fabricants chinois en raison de la perception qu'ont les gens de la qualité des produits, qu'ils jugent souvent inférieure. « Les concurrents essaient de les écraser », explique-t-il. « Ainsi, elles disent à leurs clients [qu'elles importent des produits de Chine], mais pas au grand public. »

Gordon Houlden, directeur de l'institut chinois de l'université de l'Alberta, explique que la tendance des sociétés occidentales telles que Wajax à avoir recours aux fabricants chinois est relativement récente et, selon lui, elle est appelée à se poursuivre. « Les coûts constituent des facteurs non négligeables », explique-t-il. « La fabrication [chinoise] devient chaque jour de plus en plus sophistiquée. Si vous êtes producteur, vous trouverez des équipements d'excellente qualité et en bon état de service à un prix hors concurrence chez les exportateurs en Chine. »

Des risques qui en valent la chandelle

« Je dois admettre qu'il existe probablement une sorte d'appréhension [à faire appel aux fabricants chinois] », déclare Spencer Ramshaw, directeur de l'information et de la communication à l'Association canadienne des exportateurs d'équipements et services miniers (CAMESE). Cependant, « nous sommes dans une situation où l'on doit fabriquer un produit sûr qui affiche la meilleure conception et le meilleur rapport qualité/prix, et l'on ne peut ne tenir aucun compte de certaines régions du monde sous prétexte qu'il pourrait y avoir un problème. »

Chris Twigge-Molecey, conseiller supérieur chez Hatch, est tout à fait d'accord, et ajoute qu'il recommande aux personnes chargées de l'acquisition de l'équipement ou de certaines pièces de venir à bout de leurs préjugés. « Comme je l'ai souvent dit autour de moi, vous voyagez dans un Airbus, et au moins un tiers de l'appareil est fabriqué en Chine. Alors, de quoi avez-vous peur ? Vous avez déjà mis votre vie en jeu. »

Hatch dispose de quatre secteurs d'activités en Chine, dont l'acquisition de produits auprès de fabricants chinois pour ses clients. Après 10 années de collaboration, la société a établi une liste de fabricants pré-approuvés qui, selon M. Twigge-Molecey, en compte environ une centaine en fonction de l'article qui doit être produit.

Un rapport de 2013 de McKinsey & Company sur la Chine qualifiait de problématique le « rythme effréné du développement » du secteur manufacturier en Chine pour atteindre l'excellence opérationnelle ; avec autant de nouveaux travailleurs dans l'industrie manufacturière, il est impossible de bien les former et ils ne peuvent donc pas bien faire leur travail. Comme l'indique M. Twigge-Molecey, Hatch a contourné le problème en prenant le temps de former ses employés chinois. « Le renouvellement du personnel est considérable dans le secteur de la fabrication, aussi il faut constamment former les nouveaux venus. »

Une grande partie du groupe des achats de Hatch en Chine est constituée d'experts professionnels qui évaluent chaque fabricant souhaitant travailler comme fournisseur pour la société ainsi que le travail mené avec des fournisseurs existants afin de s'assurer qu'ils comprennent bien les spécifications de Hatch, ce qui, selon M. Twigge-Molecey, garantit à la société d'obtenir les meilleurs résultats possibles.

Si l'on parvient à contrôler la qualité, la fabrication chinoise pourrait bien constituer le seul choix logique dans une période économique aussi difficile. « Comment peut-on être compétitif sur un marché où l'on nous soutire jusqu'à notre dernier centime de profit ? », demande M. McMartin. « En tant que fournisseur, nous achetons auprès des fabricants, aussi le seul moyen d'améliorer notre marge de profit est de chercher des moyens d'économiser sur certains produits. »

M. Twigge-Molecey fait remarquer que le niveau de qualité « offert par la Chine a régulièrement augmenté au fil des ans, notamment car elle traite de plus en plus avec les Occidentaux. »

Selon M. McMartin, le seul problème qu'a rencontré la division des Prairies lorsqu'elle a commencé à travailler avec la Chine concernait le délai relativement long d'approvisionnement. « Nous avons eu quelques allers et retours, mais en dehors de cela, nous n'avons constaté aucune différence notable par rapport à un approvisionnement classique auprès d'un fournisseur situé à 3 000 kilomètres. »

La notion de propriété intellectuelle évolue

Un rapport de 2011 de Deloitte soulignait que les lois laxistes de la Chine en matière de propriété intellectuelle vont à l'encontre de la croissance du secteur manufacturier du pays. M. Houlden recommande aux sociétés canadiennes entamant des entreprises communes avec des partenaires chinois de bien en tenir compte ; elle donne l'exemple d'une société canadienne qui travaillait en Chine et a appris que son procédé de traitement du minerai avait été breveté par un tiers chinois.

« La Chine se trouve encore à un stade précoce, ou disons intermédiaire, du développement d'un système plus solide et efficace de propriété intellectuelle qui lui sera propre », explique M. Houlden. Il évoque également la signature d'un accord sur la promotion et la protection des investissements étrangers (APIE) entre le Canada et la Chine, qui est entré en vigueur le 1er octobre dernier et qui constitue un grand pas en avant. Ce dernier permettrait l'arbitrage international des litiges dans les deux pays, ce qui donnerait aux sociétés canadiennes la possibilité de résoudre des litiges latents en leur faveur plutôt que dans un tribunal chinois où elles se trouveraient en position de faiblesse.

MM. Ramshaw, Houlden et McMartin recommandent aux sociétés souhaitant collaborer avec la Chine de faire preuve de diligence, à savoir de demander conseil aux autres sociétés occidentales exerçant leurs activités dans le pays et de s'adresser au service des délégués commerciaux du Canada, aux consulats ainsi qu'aux ambassades. « Refuser d'avoir affaire à la Chine n'est sans doute pas la meilleure stratégie », déclare M. Houlden. « Cependant, il faut rester sur ses gardes et ne pas hésiter à demander conseil. » 

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Traduit par Karen Rolland


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