mars/avril 2014

Le carburant de demain ?

Le gouvernement provincial promeut le potentiel à long terme des sables bitumineux de la Saskatchewan

Par Graham Lanktree

La production pétrolière de la Saskatchewan ne cesse de croître. L'année dernière, la province a produit près de 178 millions de barils de pétrole brut, battant ainsi son record de 2012. Le pétrole représente une part importante du produit intérieur brut (PIB), et le gouvernement provincial déploie de grands efforts pour assurer la croissance continue de l'industrie.

Bill Boyd, ministre de l'économie de la Saskatchewan, s'est rendu à Londres en novembre dernier pour recueillir l'intérêt et les investissements des Européens dans les réserves de sables bitumineux de la province, qui ne sont pas encore développées mais devraient générer des milliards de barils.

Bob Booth, qui surveillait le développement en tant que chef de projet et est désormais directeur de l’exploitation, est tout à fait d’accord : « Tout a commencé par l’idée de construire une mine dont la durée de vie potentielle serait de 20 ans, qui aurait une faible empreinte écologique et serait fortement axée sur les questions de santé et de sécurité. »

À l'occasion du sommet de l'énergie Canada-Europe 2013, M. Boyd a évoqué l'opportunité que représentaient pour les investisseurs ces ressources de pétrole (selon les estimations, entre 1,2 et 2,3 milliards de barils) immobilisées dans le nord-ouest de la province.

« Le développement peut se faire de façon responsable du point de vue environnemental, et nous espérons vraiment assister à cet essor », déclarait M. Boyd quant aux gisements de la province. « Toute une gamme d'options d'extraction des ressources est actuellement à l'étude. Une question technologique se pose cependant, un problème technique, à savoir si le substrat rocheux suffira à maintenir l'intégrité du réservoir. »

C'est dans les années 1970 que l'on a trouvé dans la province de la Saskatchewan du bitume provenant des sables bitumineux dans des puits forés, où ont été découverts des gisements de 20 mètres d'épaisseur à une profondeur de 185 mètres. L'exploitation de ces gisements, qui s'étendent sur 27 000 kilomètres carrés sur l'Axe Lake dans la vallée de la rivière Clearwater, à environ 100 kilomètres au nord-est de Fort McMurray, reste encore aujourd'hui trop coûteuse en raison des limitations technologiques et logistiques.

En 2012, deux sociétés ont relevé le défi et ont acheté 214 433 hectares de terres comportant des gisements de sables bitumineux. Il s'agissait des premières transactions dans la province depuis cinq ans.

L'une d'elle était la société Cenovus Energy de Calgary. Pour la somme de 10 millions $, la société a acheté 59 000 hectares en trois parcelles de terrain au nord de l'Alberta et de la Saskatchewan auprès de la société en faillite Oilsands Quest Inc. Finalisée en octobre 2012, cette acquisition est venue ajouter 17 438 hectares de sables bitumineux de l'Axe Lake au portefeuille de la société.

Avant qu'Oilsands Quest ne fasse faillite en novembre 2011, elle avait soumis en mai 2010 une proposition de projet au ministère de l'environnement de la Saskatchewan concernant la production de 30 000 barils de bitume par jour sur la propriété acquise par Cenovus.

Oilsands Quest avait proposé d'utiliser la technologie de drainage par gravité au moyen de vapeur (DGMV) pour extraire le bitume dans un projet qui aurait duré, selon ses calculs, entre 25 et 30 ans. Cependant, un règlement judiciaire de 10,2 millions $ conclu le 26 août 2013 alléguait qu'Oilsands Quest et ses directeurs, dont la sénatrice Pamela Wallin (qui traversait alors une phase critique), avaient surévalué les actifs de la société de 136 millions $.

D'après les documents judiciaires, cette surévaluation s'est faite « par le biais d'une série de communiqués de presse erronés et mensongers, de présentations trompeuses par des investisseurs et de manipulations des comptes ».

Cenovus a rétracté la proposition de projet d'Oilsands Quest sur l'Axe Lake en août 2013. « Il est encore bien trop tôt pour se prononcer quant au rôle que pourraient jouer les actifs d'Oilsands Quest dans notre stratégie de développement des sables bitumineux sur le long terme, ou quant à la technologie que l'on pourrait utiliser s'ils sont développés », expliquait Brett Harris, conseiller principal en relations avec les médias de Cenovus Energy, ajoutant que « de grands changements pourraient se produire d'ici là ».

Bien que la technologie DGMV soit envisagée, il faudra la modifier pour pouvoir gérer les caractéristiques qui diffèrent de celles des sables bitumineux de l'Alberta. Mais la seule option réaliste est l'extraction sur place, étant donné qu'« il serait trop onéreux de déplacer les morts-terrains », déclarait M. Boyd, ajoutant qu'« il est absolument hors de question d'envisager une exploitation de type à ciel ouvert ».

Les gisements de la Saskatchewan sont constants, homogènes et présentent une forte porosité et saturation en huile ; la principale différence avec les gisements de l'Alberta concerne l'absence de schiste caractéristique de Clearwater qui recouvre le bitume. Une étude de 2009 de l'institut Pembina suggère que « les techniques conventionnelles de DGMV utilisées en Alberta pour l'extraction sur place pourraient ne pas être adaptées ».

Oilsands Quest avait commencé à tester des procédés DGMV modifiés lors du forage de quelques centaines de puits d'exploration sur la propriété d'Axe Lake. Ces derniers comprenaient un procédé électrothermique, ainsi que d'autres impliquant l'injection de solvants tels que du propane et du butane dans les gisements pour réduire la viscosité sans pour autant perturber la géologie sus-jacente. Cependant, la société n'a pu tester ces technologies à grande échelle avant de faire faillite en 2011.

Le procédé DGMV permet généralement de récupérer entre 60 et 80 % des gisements et requiert une grande quantité d'intrants énergétiques. L'extraction d'un mètre cube de bitume requiert entre 2,5 et 4 mètres cubes de vapeur chauffés par 1 000 mètres cubes de gaz naturel.

« À l'heure actuelle, il n'existe aucune technologie éprouvée qui permette, de manière commercialement viable, d'extraire du bitume des gisements de sables bitumineux de la Saskatchewan », faisait remarquer M. Boyd.

La deuxième société, qui a acheté 196 995 hectares de terres comportant des sables bitumineux en décembre 2012, peu après l'acquisition par Cenovus, reste non identifiée. Situées au nord du polygone de tir aérien de Primrose Lake, ces deux concessions de cinq années n'ont encore fait l'objet d'aucune activité d'exploration. Le gouvernement précise que Cenovus et cette seconde société non identifiée sont les seules à détenir des licences d'exploration des sables bitumineux sur des terres de la Couronne.

Cenovus n'a pas prévu de commencer le développement de son gisement d'Axe Lake dans un avenir proche. « Nous le considérons comme l'acquisition potentielle d'un gisement déjà opérationnel ou comme un prolongement de notre projet de Telephone Lake, qui est directement adjacent aux concessions d'Oilsands Quest du côté albertain de la frontière », déclarait M. Harris. Cenovus espère obtenir l'approbation réglementaire de l'Alberta pour le projet de Telephone Lake en 2014, et le drainage du site devrait commencer en 2017.

La géologie étant similaire entre les deux projets, « certaines leçons émanant du développement de ces actifs pourraient être appliquées aux actifs d'Oilsands Quest dans les années à venir », expliquait M. Harris.

Pour l'instant, les sables bitumineux de la Saskatchewan ne disposent ni des canalisations, ni de l'infrastructure ferroviaire nécessaire pour transporter le pétrole brut. Si ces concessions venaient à être développées, « il serait alors logique d'utiliser l'infrastructure construite pour Telephone Lake », ajoutait-il.

Malgré la campagne de M. Boyd en novembre, peu de sociétés étrangères ont mordu à l'hameçon pour les sables bitumineux lors du sommet de l'énergie. « Nous avons pu présenter le fort potentiel en ressources de la Saskatchewan », expliquait M. Boyd, ajoutant que « le projet de captage et stockage du carbone de la Saskatchewan, qui sera utilisé pour la récupération assistée des hydrocarbures, a suscité un fort intérêt. »

La province espère quand même que les acteurs actuels de la Saskatchewan préparent le terrain pour ce qui pourrait être une aubaine future pour les coffres publics. « [Nous espérons] que [Cenovus] procède en ce moment aux essais sur les réservoirs de ressources afin de déterminer si elle pourra oui ou non extraire du pétrole des sables bitumineux » , concluait M. Boyd. « Il s'agit là d'une ressource conséquente. »

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Traduit par Karen Rolland

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