février 2014

La renaissance par les ressources

La Colombie est à la recherche d'investissements étrangers dans le secteur du pétrole et du gaz comme moteur de développement

Par Herb Mathisen

Il est difficile de faire changer les états d'esprit, et les Colombiens en sont bien conscients. La Colombie, un pays connu pour ses luttes violentes contre les cartels de drogue et les groupes de rebelles qui avaient rendu le pays inabordable pendant les années 1980 et 1990, travaille dur pour redorer son blason à l'échelle internationale. L'approche jusqu'au-boutiste adoptée par l'ancien président Alvaro Uribe envers la guérilla ces dix dernières années a entraîné une réduction importante des meurtres et enlèvements (de 66,74 homicides pour 100 000 habitants en 2000 à 31,42 pour 100 000 habitants en 2011, et de 3 570 enlèvements en 2000 à 305 en 2011). En 2012, le gouvernement de l'actuel président Juan Manuel Santos a entamé des pourparlers de paix avec les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) rebelles.

Il est désormais plus sûr de vivre en Colombie et de visiter le pays, aussi les investisseurs étrangers commencent à l'envisager comme une destination potentielle pour faire des affaires. Le gouvernement a commencé à simplifier les règles régissant l'investissement étranger en 2003, ce qui a beaucoup profité au secteur du pétrole et du gaz, notamment ces derniers temps. Ces six dernières années, Javier Betancourt, président de l'agence nationale des hydrocarbures en Colombie, expliquait que le pays avait doublé sa production de pétrole et maintient désormais un niveau annuel moyen de production de pétrole brut de plus d'un million de barils par jour. Il ajoutait que le secteur des hydrocarbures, qui inclut le pétrole, le gaz et le charbon thermique, est responsable de 35 % de l'investissement direct étranger (IDE). « C'est un très bon résultat, mais ce n'est pas suffisant. »

Lors du 15e congrès colombien consacré au pétrole et au gaz qui a eu lieu en novembre dernier à Bogota, la capitale, les représentants officiels du gouvernement ont associé la récente contribution très positive du secteur du pétrole et du gaz au développement social du pays, l'investissement dans le secteur contribuant à améliorer la qualité de vie des Colombiens. Le ministre des mines et de l'énergie Amylkar Acosta Medina indiquait que la priorité du gouvernement était désormais de soutenir l'exploration et d'augmenter les réserves afin de maintenir cet élan positif. Les réserves prouvées de pétrole brut en Colombie, qui sont d'environ 2,37 milliards de barils, par exemple, paraissent dérisoires par rapport à la production de son voisin, le Venezuela, qui atteint les 297 milliards de barils. « Il est primordial d'ajouter des barils à nos réserves », expliquait M. Medina. « Nous sommes tous conscients que nos réserves sont précaires. »

Le pays a cependant le potentiel d'augmenter ses réserves. Une grande partie de la Colombie est sous-explorée, principalement en raison de son passé de troubles politiques remontant à 1948. Ecopetrol, la principale compagnie pétrolière d'État colombienne, qui affiche 1,87 milliard de barils dans ses réserves de pétrole colombiennes, avait estimé il y a trois ans que le pays pourrait disposer de 47 milliards de barils en réserves d'équivalent pétrole. M. Medina expliquait que le gouvernement se concentrerait sur l'expédition de licences et de permis d'exploration et modifierait également les réglementations afin d'ouvrir le pays à l'extraction de pétrole non conventionnel, étant donné le potentiel immense qu'est censée avoir la Colombie en matière de gaz de schiste et de méthane de houille (la Colombie est depuis longtemps un grand producteur de charbon ; l'année dernière, elle occupait la quatrième place du classement mondial pour les exportations de charbon thermique). Le fait est qu'en décembre, M. Médina déclarait que le gouvernement était convaincu qu'il pourrait mobiliser 2,6 milliards $ US lors de sa prochaine série de ventes aux enchères de blocs, qui comprendra des blocs en offshore, prévue pour la fin du mois de février.

Ces dernières années, la Colombie a en réalité bénéficié des troubles politiques touchant le Venezuela, notamment après la diaspora d'anciens employés de la société pétrolière d'État qui se sont vus licenciés par milliers après avoir résisté aux politiques du président de l'époque Hugo Chavez. Par exemple, la société Pacific Rubiales, inscrite à la bourse de Toronto, qui a acheté en novembre Petrominerales, un autre producteur colombien basé au Canada, a été fondée par des émigrés vénézuéliens et compte aujourd'hui parmi les plus grands producteurs de pétrole en Colombie, derrière Ecopetrol.

Mais malgré la tendance positive en Colombie, l'insécurité règne toujours. Les enlèvements (par exemple, l'enlèvement l'année dernière de Gernot Wober, le vice-président de la société minière canadienne d'exploration Braeval par le groupe rebelle ELN, qui a duré 221 jours) et les attaques dont sont victimes les exploitations et les infrastructures logistiques telles que les oléoducs, sont une réalité auxquelles sont confrontées les sociétés. Même à Bogota, l'industrie de la sécurité est un employeur privé conséquent. Les banques, les institutions publiques, les bureaux et de nombreuses entreprises embauchent du personnel de sécurité privé ou du personnel militaire pour monter la garde devant leurs locaux.

Andres Perez, coordinateur de projets consacrés au gaz et au pétrole avec la société de conseils Ozco, laquelle expose aux sociétés minières et désormais aux sociétés de pétrole et de gaz les réalités politiques et d'investissement de la Colombie, expliquait que les sociétés minières comprennent bien qu'il n'est pas conseillé de s'installer dans certains endroits, et principalement dans les régions les plus reculées du pays où le contrôle du gouvernement est faible. « Il y a peu de points névralgiques où l'on n'envisagerait pas de se rendre », expliquait-il. M. Perez expliquait que l'armée établit des rapports sur la sécurité dans différentes régions qui donnent un aperçu de la situation locale en termes de sécurité. Ces rapports sont mis à jour régulièrement, étant donné que les conditions changent dans de nombreuses régions. « L'armée se rend dans de plus en plus d'endroits pour s'assurer qu'ils sont sans danger. »

« Il y a une quinzaine d'années, on ne parlait pas de pétrole et de gaz », expliquait Wally Swain, président de la Chambre de commerce Canada-Colombie. « Ce n'est plus le cas. »

Le Canada est actuellement le plus grand investisseur dans le secteur des ressources en Colombie, déclarait Juan Camilo Vargas, le directeur adjoint de la Chambre de commerce, ajoutant que l'accord de libre-échange entre les deux pays, qui est entré en vigueur en août 2011, n'a fait que renforcer l'intérêt canadien. MM. Camilo Vargas et Swain faisaient partie d'un pavillon canadien lors du congrès auquel participaient quelque 25 sociétés, dont des fournisseurs et des sociétés de conseils du domaine du pétrole cherchant à faire des percées en Colombie. « Le gouvernement insiste particulièrement sur l'exploration, aussi les qualifications dans ce domaine vont être très recherchées », déclarait M. Swain. La Colombie abrite aussi d'importants gisements de pétrole lourd, dont des sables bitumineux, et les sociétés auront la possibilité d'importer en Colombie leur expérience en matière d'extraction et de transport de ce produit dans le nord de l'Alberta.

La Colombie cherche à renforcer (et à retenir) son propre savoir-faire dans le secteur du pétrole et du gaz. Juan Saldarriaga, vice-doyen du développement pour l'école d'ingénieur de l'Universidad de Los Andes de Bogota, expliquait que l'école a commencé à chercher des projets et des partenariats avec l'industrie pour renforcer la capacité locale et maintenir les emplois et l'argent en Colombie. Comme il l'expliquait, le gouvernement apporte son aide en créant des mesures incitatives, et il ajoutait que les sociétés peuvent utiliser jusqu'à 175 % des fonds qu'ils consacrent à un projet de recherche universitaire en tant que déduction fiscale. En outre, à la demande de l'industrie, l'université proposera bientôt un programme de génie pétrolier. « Le secteur du pétrole en Colombie se développe assez rapidement et [les sociétés] ne trouvent pas suffisamment facilement de bons ingénieurs pour faire face aux problèmes qu'elles rencontrent », expliquait M. Saldarriaga.

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Traduit par Karen Rolland

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