septembre 2013

Mise en place des personnes et des outils

Le Cyanokit génère des obstacles à la formation pour les sociétés d’exploitation aurifère du Canada

Par Richard Andrews

Une décision prise en 2011 par Santé Canada force les sociétés d’extraction d’or à adopter le nouveau traitement contre les intoxications au cyanure. Les sociétés minières doivent éliminer les trousses traditionnelles d’antidote contre les intoxications au cyanure (CAK) à la date d’expiration et les remplacer par le Cyanokit. La nouvelle trousse, malgré sa plus grande efficacité, présente des problèmes de logistique pour les sociétés d’extraction d’or, particulièrement les entreprises minières en région éloignée, parce que les employés doivent être formés sur son utilisation. La radiation des trousses conventionnelles par Santé Canada et l’approbation du Cyanokit en avril 2011 pour le traitement contre les intoxications au cyanure confirmées ou suspectées a rendu le remplacement du traitement nécessaire.

Le cyanure est couramment utilisé pendant le processus d’extraction de l’or et les concentrations modérées à élevées de cyanure peuvent causer des blessures graves ou la mort en quelques minutes, car es globules sanguines sont incapables de transporter l’oxygène. Pour cette raison, il est absolument essentiel d’administrer rapidement un traitement adéquat

L’ajout du procédé de traitement à l’oxygène de la trousse Cyanokit requiert une campagne éclair de formation à travers le pays, autant pour les mineurs que pour les professionnels de la santé.

Mieux vaut prévenir que guérir

Des statistiques précises sur l’incidence et sur le niveau des expositions au cyanure sont difficiles à obtenir. Megan Waqué, porte-parole pour la Workplace Safety North (WSN), confirme qu’elle n’a connu qu’un seul cas de blessure entraînant un arrêt de travail due au cyanure dans les 10 dernières années en Ontario.

« En réalité le nombre d’expositions au cyanure est bas », confirme Farah Kassam, directrice de la santé et de la sécurité au travail chez Goldcorp. Par contre, elle ajoute « qu’il faut toujours être prêts à l’égard des risques d’exposition au cyanure. L’atténuation des risques est très important pour nous. » L’entreprise exploite actuellement trois mines d’or au Canada et deux autres sont présentement en développement.

Kassam ainsi que d’autres experts en sécurité sont d’accord pour dire que l’ancienne trousse présentait des risques durant le traitement contre l’exposition au cyanure. Le cyanure réagit très rapidement et pour cette raison le traitement doit être administré rapidement à quiconque aurait subi une intoxication suspectée, ce qui rendait l’utilisation de l’ancienne méthode dangereuse. « L’antidote CAK pouvait être nocif pour quelqu’un qui n’aurait pas été exposé au cyanure, mais que l’on croyait exposé », précise Kassam. Le traitement CAK nécessitait aussi l’utilisation du nitrite d’amyle, une substance normalement restreinte et potentiellement dangereuse pour les patients atteints d’une maladie du cœur.

« En revanche, le Cyanokit est inoffensif s’il est utilisé sur une personne qui n’est pas empoisonné, dit-elle. Un permis spécial de Santé Canada n’est plus requis pour obtenir cette trousse et peut être acheter directement du fabricant », ajoute Kassamé.

Problèmes de démarrage

Malgré les avantages de la méthode d’utilisation du nouveau traitement, la formation du personnel pour l’administrer comporte des contraintes logistiques que chaque mine doit résoudre indépendamment. « Le Cyanokit requiert que le patient reçoive immédiatement une oxygénothérapie de façon continue jusqu’à ce qu’une thérapie intraveineuse soit administrée », affirme Waqué. « Cela signifie que les mines d’or et les installations de broyage doivent avoir du personnel formé en oxygénothérapie directement sur le site pendant les heures de travail, un approvisionnement adéquat en oxygène et un système qui assure le bon entretien de l’équipement. » Les mines doivent avoir recours à un plan d’évacuation qui permette au patient de rejoindre un médecin avec une trousse Cyanokit et doivent compter sur une infirmière auxiliaire autorisée et du personnel qualifié à administrer par voie intraveineuse l’hydroxocobalamine incluse dans la trousse, et cela le plus rapidement possible. Le composé se fixe au cyanure dans le sang et peut être expulsé dans l’urine en toute sécurité.

WSN diffuse de l’information au sujet du Cyanokit et répond aux questions de l’industrie minière au sujet de la transition vers l’utilisation de la nouvelle trousse. « La trousse est plus chère que l’ancienne trousse, mais elle est plus polyvalente dans les cas d’inhalation de fumée de cyanure », affirme Waqué. « En fin de compte, c’est la seule trousse maintenant offerte au Canada et il faut l’utiliser. »

Le passage à la nouvelle trousse a été une énorme entreprise, mais nécessaire pour toutes les sociétés d’extraction d’or. « Goldcorp a augmenté le niveau de formation sur tous ses sites à travers le Canada », affirme Kassam, en ajoutant que la mise en conformité au protocole de chaque installation a varié en fonction de l’emplacement, du personnel et des procédures de secours. L’entreprise a organisé des équipes pour répondre aux situations d’urgence sur les sites éloignés. Les sites moins éloignés comme Timmins, en Ontario, ont présenté des difficultés différentes.

« Lorsque nous faisions des études d’évaluation de risque de la nouvelle trousse, nous avons appris que les services médicaux d’urgence locaux qui interviennent après les heures de service n’étaient pas formés ou n’avaient pas l’autorisation d’administrer un traitement intraveineux », se souvient-elle. « Nous avons dû fournir une formation sur l’administration intraveineuse à nos infirmières et travailler avec les instances de la ville pour nous assurer que leurs premiers répondants avaient reçus la même formation. Nous avons dû nous assurer que les hôpitaux locaux comprenaient nos procédures d’urgence et qu’ils utilisaient les mêmes trousses que nous. Il s’avère que les anciennes trousses (CAK) dans les hôpitaux de l'Ontario étaient périmées depuis avril, en même temps que les nôtres. »

Manque de consultation

L’industrie aurifère est un consommateur relativement mineur d’antidote au cyanure, lorsque comparée aux hôpitaux, aux services d’incendie et aux services d’urgence. Quelques sociétés d’extraction d’or se sont tout de même plaints des consultations jugées inadéquates de Santé Canada lors de son examen du Cyanokit. À Goldcorp, tous n’étaient pas convaincus d’emblée que la nouvelle trousse était une amélioration. Son adoption signifiait un changement de culture pour les équipes de première ligne. « La présence d’une trousse de secours (CAK) a créé un sentiment de sécurité pour plusieurs travailleurs, en particulier ceux qui travaillent dans l’industrie minière depuis longtemps », souligne Kassam. « Il est important d’expliquer pourquoi vous retirez quelque chose de connu et que vous le remplacez par d’autre chose pour éviter de créer de l’incertitude. Dans ce cas, on s’inquiétait du Cyanokit parce que le nouvel antidote n’était pas bien compris et parce que plusieurs personnes croyaient que l’oxygénothérapie ne marcherait pas. »

Pour faciliter les choses, l’entreprise a mené une campagne d’information et de formation à tous les niveaux de son personnel de 7 000 employés à travers le Canada et a facilité le dialogue sur ce sujet entre les différents sites. Chaque site devait élaborer des plans d’action relatifs au Cyanokit qui étaient vérifiés afin de s’assurer de leur efficacité et de leur conformité aux normes requises pour le nouveau traitement.

« Une fois que les gens ont compris comment l’antidote éliminait le cyanure du corps, affirme Kassam, tout le monde a fait équipe. »

Traduit par SDL

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