déc '13/jan '14

Une construction bien gérée

La concurrence au niveau de la main-d’œuvre incite les sociétés minières à envisager la construction modulaire

Par Herb Mathisen

Avec les pénuries de main-d’œuvre actuelle et prévues pour les projets en construction au Canada, la construction modulaire gagne en popularité. Dans le secteur minier, la stratégie consistant à construire des projets par portions dans un endroit où la main­d’œuvre qualifiée est abondante, pour ensuite transporter ces modules vers le site et les y assembler, est de plus en plus attrayante.

« Les sociétés minières commencent à peine à explorer et comprendre la construction modulaire, » estime Anthony Marino, directeur de commandite pour l’extraction minière, le pétrole et le gaz au centre International Quality & Productivity qui a organisé la conférence d’ouverture Construction modulaire et préfabrication pour l’industrie minière à Toronto en octobre. L’entreprise organise de grands événements sur la construction modulaire qui, en général, insistent sur les avancées de cette tendance de construction en plein essor. Mais créer un événement sur mesure pour l’industrie minière était un choix logique, puisque les producteurs de pétrole et de gaz recourent à la construction depuis des décennies et leurs projets dominaient les discussions aux événements précédents. Selon Marino, cette conférence a permis aux sociétés minières de poser des questions générales sur la construction modulaire. Parmi les 130 participants environ figuraient des représentants de BHP, Glencore et Rio Tinto, chacun cherchant à en savoir plus sur cette stratégie de construction.

« Si l’on considère l’industrie minière, c’est une approche qui gagne du terrain depuis quelques années, » a indiqué Glen Aitken, vice-président principal des ventes et exploitations chez Mammoet Canada dans une présentation. L’usine de traitement du nickel Long Harbour de Vale à Terre-Neuve, par exemple, a été en grande partie construite et transportée par modules aussi imposants que 1 200 tonnes.

En optant pour la construction modulaire et la préfabrication, les sociétés minières peuvent réduire les coûts directs nécessaires à la construction traditionnelle sur site, dite à ossature de bois. Ces structures montées sur places exige des entreprises qu’elles offrent de meilleurs salaires aux travailleurs pour les attirer depuis les centres urbains, et qu’elles défraient les coûts indirects comme l’avion, l’hébergement et la nourriture sur place. Thomas Barter, directeur des technologies de construction chez WorleyParsons Group, ajoute que ces coûts indirects peuvent dépasser les coûts directs dans une proportion de trois pour un. « L’essentiel est d’amener les jours-homme hors du site, » résume-t-il.

Selon ses partisans, la construction modulaire permet aussi d’évaluer les coûts et délais supplémentaires avec certitude, en réduisant l’incertitude quant à l’approvisionnement, la main-d’œuvre, et les risques météorologiques qui peuvent affecter les structures à ossature de bois. En outre, ils ajoutent que la stratégie est plus sécuritaire, puisque le travail s’effectue dans un environnement plus contrôlé et plus sûr, et peut accélérer le processus d’autorisation grâce à la réduction du risque environnemental et socioéconomique et de l’impact sur la région. Pour la construction d’une installation de type DGMV pour Suncor, Fred Haney, directeur principal, génie de conception, énergie et produits chimiques de Fluor, indique fièrement que l’entreprise a pu réduire les coûts de construction globaux d’environ 20 pour cent en choisissant de déplacer plus de 65 pour cent des heures de travail globales hors site.

À l’occasion de l’événement de deux jours en octobre, les présentateurs ont martelé les leçons tirées de projets passés. L’élément le plus important était le fait que les coûts de construction et de planification payables à l’avance, associés surtout au surplus de travail d’ingénierie et de conception en début de projet, sont bien plus importants en construction modulaire car on peut tolérer moins de changements en cours de route. « Rien n’est pire qu’un projet modulaire mal exécuté, » résume Haney. « Il finira par coûter plus qu’une construction à ossature de bois. » Il conseille de fournir aux entrepreneurs de construction l’entièreté des plans et matériaux avant le début du travail.

Steven Bowles directeur de projet à la mine de nickel Raglan de Glencore, a parlé de la récente expérience de l’entreprise en construction modulaire avec une centrale électrique dans le nord du Québec. « L’approche modulaire est la seule qui permette la réalisation de ces projets, » indique-t-il, faisant référence à l’éloignement de la mine. Ayant appris de cette expérience, Bowles ajoute que l’entreprise centralisera la conception, l’approvisionnement et la construction en réduisant le nombre de fournisseurs, car elle a eu du mal à gérer plusieurs sites travaillant à différentes portions de l’usine tout en respectant un calendrier d’expédition très strict. Puisque Raglan prévoit agrandir son concentrateur, Bowles indique qu’il aimerait pouvoir discuter avec des constructeurs et obtenir des conseils.

Chez Mammoet, Aitken ajoute que le fait d’impliquer des fournisseurs de transport et de logistique dès les premières étapes de la planification peut éviter plusieurs obstacles prévisibles et aider à bien étayer la phase de conception.

Si une bonne part de la discussion a porté sur le nombre de projets pétroliers et gaziers en Alberta qui avaient opté pour la construction modulaire et sur la façon dont l’industrie minière pourrait profiter de cette expertise, l’expérience ne peut offrir qu’une partie des réponses aux questions des sociétés minières qui envisagent la construction modulaire. Par exemple, l’Alberta a la chance de disposer d’une route à forte charge qui facilite le transport de très grands modules des champs de construction du sud de la province, et même du Montana, jusqu’aux sites d’exploitation près de Fort McMurray. De nombreux autres centres miniers au Canada ne disposent pas de tels corridors. En outre, une grande partie de la planification et de la conception initiales devra être ajustée au domaine minier car une bonne partie de l’équipement de traitement de matériaux et de minerai n’a rien en commun avec le domaine du pétrole et du gaz.

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