juin/juillet 2012

Développeur de ressources

Vice-présidente des Affaires corporatives chez Xstrata Nickel et première présidente de l’Association minière du Québec

Par Antoine Dion-Ortega

Dominique Dionne, vice-présidente des Affaires corporatives chez Xstrata Nickel et première présidente de l’Association minière du Québec, non issue du milieu de l’ingénierie, a décidé de lutter contre le manque de femmes au sein de la main-d’œuvre minière. Son objectif : montrer aux jeunes femmes que les attitudes ont changé et que l’industrie minière est maintenant prête à les accueillir à bras ouverts.

C’est un fait : le recrutement des femmes dans l’industrie minière est une lutte quotidienne. L’industrie accuse toujours un retard quand il s’agit de mixité : les femmes représentent seulement 14,4 pour cent de la main-d’œuvre active de l’industrie, bien derrière le secteur pétrolier et gazier, où 20,2 pour cent des travailleurs sont des femmes, et l’écart est encore plus manifeste si l’on tient compte de la moyenne canadienne, où les femmes sont majoritaires au sein de la population active. L’industrie minière devra travailler en amont dans le processus de recrutement et changer les perceptions si elle veut répondre à la demande de main-d’œuvre et s’imposer comme un choix de carrière attrayant pour les étudiants de sexe féminin. Bien sûr, il y a des femmes qui sont déjà à pied d’œuvre à l’intérieur de l’industrie, qui font évoluer les perceptions et qui sont des sources d’inspiration pour une future main-d’œuvre féminine.

ICM : Lorsque vous avez commencé votre carrière chez Noranda en 1979, le pourcentage de femmes œuvrant dans l’industrie minière devait s’approcher de zéro. Qu’est-ce qui vous a attirée dans une industrie tellement dominée par les hommes?

Dominique Dionne : Il est vrai que l’industrie comptait peu de femmes à l’époque. En 1971, l’article 259 de la Loi sur les mines du Québec stipulait qu’aucune femme ne pouvait travailler dans une mine souterraine, sauf en tant qu’ingénieure ou géologue. Je dois vous dire que, lorsque j’ai commencé à travailler pour Noranda en 1979, il y avait effectivement un malaise palpable chez les mineurs lorsqu’ils voyaient une femme travailler à leurs côtés sous terre. À cette époque, certains croyaient que cela portait malchance.

C’est plus ou moins par accident que je me suis retrouvée à travailler dans l’industrie minière. Mon domaine est la gestion des affaires publiques et des communications, domaine dans lequel la majorité des travailleurs sont des femmes, quelle que soit l’industrie. J’étais intéressée par les relations communautaires; c’est grâce à cela que je suis entrée dans le domaine de l’exploitation minière. Je me suis donc retrouvée dans une enclave où les postes sont plus traditionnellement occupés par des femmes, mais dans une industrie qui est encore largement dominée par des hommes.

ICM : Quels étaient les obstacles auxquels se heurtaient les femmes à l’époque? Ces obstacles sont-ils encore présents aujourd’hui?

Dominique Dionne : La difficulté majeure à l’époque était de trouver un moyen de concilier travail et vie de famille. La vie de famille ne devait jamais, en aucun cas, devenir un problème. Aujourd’hui, les choses ont changé. J’ai fini par me rendre compte que l’important est d’accepter son rôle de mère et d’en parler franchement avec son employeur. Cette façon de penser est de plus en plus répandue chez les jeunes et chez un nombre croissant d’employeurs. Dans la plupart des industries, des solutions ont été trouvées. Pourquoi faudrait-il qu’il en soit autrement pour la nôtre? Le deuxième obstacle, c’est que les lieux de travail n’avaient pas été conçus pour accueillir des femmes. Par exemple, il n’y avait pas de vestiaires pour les femmes, ce qui devenait une excuse facile pour les gestionnaires, qui disaient : « Nous ne pouvons pas embaucher des femmes, car nous n’avons pas de toilettes pour les femmes et cela représenterait trop de difficultés de réaménager l’ensemble de notre système. » Abandonner l’idée même de travailler avec des femmes était assez facile à faire.

Nous étions contre cette mentalité selon laquelle l’exploitation minière est la chasse gardée des hommes. Une des solutions de l’industrie a été de créer de petites équipes de femmes plutôt que d’imposer la présence d’une seule femme dans ces groupes d’hommes. Aujourd’hui, les hommes sont plus ouverts et accueillants et nous observons un renversement de la tendance.

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