février 2012

Les avantages du changement

M. Klein exprime ses idées sur la résistance de l'industrie face aux nouvelles technologies

Par Alexandra Lopez-Pacheco

Bern Klein est chef de département au Norman B. Keevil Institute of Mining Engineering à l'University of British Columbia depuis 2008 et professeur agrégé depuis 2003. Ingénieur professionnel, il a travaillé pendant huit ans dans l'industrie minière, se spécialisant dans la conception de procédés avant de se joindre à l'université en 1997. M. Klein a passé une grande partie des 15 dernières années à explorer des solutions pratiques aux défis auxquels fait face le secteur minier, particulièrement en ce qui concerne les technologies en évolution. C'est l'objet de sa présentation durant la série de conférences CIM Distinguished Lecturers Series présentée cette saison qui examine les technologies éconergétiques pour l'industrie minière.

CIM : Pourquoi avez-vous choisi de parler de questions liées à l'efficacité énergétique dans le secteur minier?
BK : Le Conseil canadien de l'innovation minière a identifié l'énergie comme étant un des secteurs cibles pour la recherche d'améliorations possibles dans l'industrie minière canadienne. Une de nos motivations à l'université est d'apprendre au sujet de nouvelles technologies et de les faire avancer. En règle générale, il y a un cycle de 20 ans pour l'acceptation d'une nouvelle technologie. La question est donc : « Comment pouvons-nous raccourcir ce délai? »” Mon défi est de comprendre les entraves à cet objectif : prouver qu'une technologie fonctionne et prouver qu'elle est robuste et qu'elle fonctionnera dans un milieu industriel. Mais nous devons également examiner d'autres entraves.

CIM : Quelles sont ces autres entraves?
BK : Je crois que les barrières sont culturelles en partie. J'étudie des technologies qui existent, mais qui ne sont pas appliquées de bon cœur dans l'industrie au Canada. L'industrie minière canadienne est très conservatrice. J'ai entendu dire que les sociétés canadiennes développent de nouvelles technologies minières et choisissent de les pousser à l'extérieur du Canada et les ramener ensuite ici lorsqu'elles sont établies ailleurs. Les technologies ayant fait l'objet de mes recherches sont actuellement en usage partout dans le monde, mais leur introduction au Canada est très lente. Elles sont mises en œuvre avec beaucoup plus d'enthousiasme à des endroits comme l'Australie, ce qui est important, parce même si des sociétés minières internationales utilisent ces technologies, leur adoption par le secteur minier canadien est lente.

CIM : Qu'est-ce qui se cache derrière cette résistance au changement?
BK :
Le dicton : « Personne ne veut être premier, ils veulent tous être deuxième » est un peu exagéré, mais souvent vrai. La principale difficulté à surmonter cette attitude est le manque d'information : les personnes qui prennent les décisions en matière de nouvelles technologies doivent avoir toute l'information pertinente afin de faire un choix avisé. Parfois, même des ingénieurs chevronnés ont de la difficulté à obtenir cette information ou ils reçoivent de l'information fragmentée qui les pousse à rejeter immédiatement la technologie. Je respecte et j'apprécie le risque d'utiliser de la nouvelle technologie. Il y a toujours la crainte de l'inconnu lorsque vous introduisez une nouvelle technologie dans une opération. Il y a un risque pour l'opération et pour les professionnels concernés. Si j'étais un ingénieur qui avait à choisir entre d'anciennes technologies que les gens connaissent et une nouvelle avec laquelle ils ne sont pas familiers, j'hésiterais. Ma réputation pourrait être affectée si je préconisais une nouvelle technologie et qu'un problème se présentait. On ne peut pas juger que vous avez tort d'utiliser une technologie connue, même si elle n'est pas énergétiquement efficace. Il y a aussi une autre considération : il peut être plus difficile d'obtenir du financement pour un projet qui repose sur une nouvelle technologie.

CIM : Comment ces obstacles peuvent-ils être surmontés?
BK : Il est clair qu'une opération existante ne peut pas simplement changer son équipement parce que de tels changements peuvent coûter 100 millions $. Toutefois, de nouvelles opérations doivent accorder une considération juste aux nouvelles technologies. Les ingénieurs qui donnent un avis d'expert sur la construction ou qui sont impliqués dans le processus décisionnel en matière de sélection du matériel doivent garder l'esprit ouvert à ces nouvelles technologies. Je crois que nous devons transformer notre culture qui est hésitante à accepter de nouvelles idées. En tant que personnes essayant de présenter de nouvelles technologies, nous devons faire preuve de plus d'intelligence dans notre méthode. Le Conseil canadien de l'innovation minière joue un rôle important dans la manière dont évoluera ce processus. Il veut coordonner les activités de recherche partout au pays en matière d'exploitation minière ce qui n'a pas toujours été réussi dans le passé. Si cela réussit, le Conseil sera la clé pour rendre la recherche canadienne plus efficace et, nous l'espérons, pour rendre le transfert technologique vers l'industrie plus efficace.
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