novembre 2011

Une volonte de fer

Par E. Moore

Un projet sur le minerai de fer à haut teneur dans le nord-est du Québec et du Labrador entraine un partenariat ambitieux entre New Millennium Iron Corp. et Tata Steel.

En ce moment, les producteurs d’acier qui se trouvent également à exploiter un gisement de minerai de fer de qualité supérieure sont avantagés. La forte demande d’acier et de minerai de fer demeurant au beau fixe, les aciéristes renouent avec la propriété minière afin de s’assurer d’un approvisionnement adéquat dans un climat concurrentiel. Un des dix principaux producteurs, le conglomérat indien Tata Steel, s’est joint à une migration générale vers la fosse du Labrador du Canada, attiré par les vastes gisements de fer détenus par New Millennium Iron Corp. (NML, anciennement New Millennium Capital Corp.).

Pour Tata, l’association avec NML créera la première source de fer intégrée pour ses exploitations européennes, qui consomment de 20 à 25 millions de tonnes de minerai de fer chaque année. Pour NML, cela se traduit par du capital lui permettant d’entreprendre la mise en valeur d’une chaîne de gisements longue de 210 kilomètres, baptisée Chaîne ferrifère Millennium, qui chevauche la frontière entre le Nord-est du Québec et le Labrador.

Les partenaires de la coentreprise, appelée Tata Steel Minerals Canada Ltd. (TSMC), démarrent modestement avec une mine à ciel ouvert à teneur élevée simplement connue sous le nom de projet DSO, dont la production devrait démarrer l’an prochain. Situé à quelque 30 kilomètres de Schefferville, au Québec, le projet regroupe 25 petits gisements à ciel ouvert renfermant de l’hématite contenant de 58 à 60 pour cent de fer. Comme bon nombre des gisements de la région, ceux-ci se trouvent sur un terrain qui a été exploité par la Compagnie minière IOC entre les années 1950 et les années 1980.

En tant que partenaire à 80 pour cent de la coentreprise, Tata Steel organisera le financement de la première tranche de 300 M$ plus 80 pour cent des coûts résiduels qui, selon l’étude de faisabilité, devraient se chiffrer à 35 M$. En retour, la société achètera 100 pour cent de la production annuelle de 4,2 millions de tonnes au cours du marché pour la durée de vie de la mine. Celle-ci pourrait être d’au moins 15 ans, selon Bish Chanda, vice-président principal, marketing et stratégie, NML. En prenant en compte des ressources historiques et actuelles conformes à la NC 43-101 qui s’élèvent à quelque 80 millions de tonnes, il estime la ressource totale à 120 millions de tonnes.

Le projet DSO : s’adapter au marché

Certaines mesures de valorisation du minerai seront requises dans le cadre de ce projet. M. Chanda explique : « Le terme DSO, dans notre cas, est du passé. IOC expédiait du minerai à teneurs de 58 à 60 pour cent aux aciéristes. Aujourd’hui, les aciéristes européens recherchent des teneurs plus élevées. » En revanche, le minerai expédié contient très peu de contaminants (phosphore, alumine).

NML prévoit aménager une exploitation à ciel ouvert classique, effectuer des travaux de forage et de dynamitage pour éliminer la mince couverture et utiliser des camions de 180 tonnes pour transporter le minerai vers une petite usine de traitement. Lorsqu’elle fonctionnera à pleine capacité, l’usine traitera 5 millions de tonnes de minerai brut et produira 4,2 millions de tonnes sèches d’une teneur minimale de 64,5 pour cent en fer. Bacs à pistonnage, spirales de lavage et hydroclassificateurs utiliseront la gravité pour valoriser les fractions grossières de 6 mm et moins, tandis que les matériaux inférieurs à 0,1 mm seront séparés à l’aide de séparatrices à haute intensité en milieu humide. Le produit devrait être composé à environ 70 à 80 pour cent de minerai fin aggloméré et 20 à 30 pour cent de minerai extra fin.

Les résidus liés à ce processus sont relativement peu importants, affirme M. Journeaux. Il s’agit de restes de silice, d’alumine et d’hématite, qui peuvent être déposés directement dans les fosses exploitées antérieurement par IOC. « Ces fosses sont partiellement remplies d’eau pour le moment », explique-t-il. « Nous n’aurons donc pas à construire de nouvelles digues ou de nouveaux barrages pour retenir les résidus. »

Dans l’ensemble, l’impact environnemental du projet semble relativement mineur. « Dans ce cas-ci, il n’y a pas de pêches en cause », observe M. Chanda. « Nous n’avons pas recours à la flottation. L’eau est le seul agent que nous utilisons. » À ce jour, TSMC a obtenu l’approbation de la province de Terre-Neuve-et-Labrador et a entrepris le processus d’approbation au Québec. Le projet ne requiert pas d’examen environnemental à l’échelon fédéral.

Éloigné mais non isolé

En tant que site préexistant, le projet DSO a des infrastructures considérables en place. Bien que TSMC assume des coûts élevés pour le transport de carburant, de denrées alimentaires, de pièces de rechange, ainsi que pour le transport aérien de personnel, l’aéroport de Schefferville a une piste en dur de 1500 mètres, et le minerai sera expédié par train sur des voies en grande partie existantes jusqu’au port de Sept-Îles, au Québec.

Les wagons de TSMC seront pris en charge par diverses compagnies ferroviaires entre le site du projet et Sept-Îles. « Un chemin de fer local indépendant transporte le minerai vers la ligne de chemin de fer Tshiuetin, qui appartient à trois Premières Nations », explique M. Journeaux. « Puis, il est pris en charge par le Chemin de fer QNS&L appartenant à IOC. Ensuite, il est transféré à la ligne CFA appartenant à Wabush Mines. Nul besoin de préciser que le fait de faire affaire avec quatre compagnies de chemin de fer complique quelque peu les opérations. Toutefois, le défi n’est pas insurmontable. »

Parce que le projet se trouve sur le territoire de plusieurs Premières Nations et à cheval sur deux provinces, TSMC a dû négocier une foule d’ententes. Outre des contrats portant sur l’utilisation des chemins de fer et deux examens environnementaux, la société a dû mener des négociations avec quatre Premières Nations touchées. La société a signé des ententes sur les répercussions et les avantages avec la Nation Naskapi de Kawawachikamach et la Nation Innu Matimekush-Lac John, qui se trouvent tout près. Une entente a été conclue avec la bande plus éloignée Innu Takuaikan Uashat mak Mani Utenam, à Sept-Îles, tandis que des négociations sont en cours avec la nation innue au Labrador.

Une main-d’œuvre locale

TSMC est privilégiée en ce qui concerne ses voisins; 1 800 autochtones vivent à seulement 25 à 30 kilomètres de distance à Schefferville et à Kawawachikamach, et la société a l’intention de recruter au moins le quart de ses premiers 200 employés sur place.

« Quelques-unes de ces personnes travaillent déjà pour les conseils de bande et le chemin de fer Tshiuetin », fait remarquer M. Journeaux. « Ces conseils de bande possèdent tous de l’équipement de construction. Naturellement, il n’est pas aussi imposant que l’équipement minier que nous utiliserons, mais d’après mon expérience, une personne habituée à conduire un camion routier n’aura pas trop de difficultés, après avoir reçu une formation adéquate, à s’adapter à un camion de chantier cinq fois plus gros. »

La société vise à constituer une main-d’œuvre formée de 70 pour cent d’autochtones, mais M. Journeaux reconnaît que cela pourrait prendre un certain temps. Le reste du personnel arrivera par avion. Pour loger ces personnes, la société est en train de construire un camp de 192 lits qui pourra également accueillir des visiteurs et des employés d’entreprises de restauration, de dynamitage et de sécurité.

Au chaud sous la tente

Les hivers nordiques ont façonné le plan du site du projet. À Schefferville en janvier, la température moyenne est de -24,1 °C. Dès le mois d’octobre, le minerai, qui contient un taux d’humidité naturelle de 8 à 11 pour cent, gèle contre les parois des wagons. Bien que certaines mines nordiques, dont l’exploitation James, ferment durant l’hiver, TSMC a décidé de poursuivre les activités au projet DSO à longueur d’année.

M. Journeaux cite quelques raisons motivant cette décision : « Vous vous imaginez? Il faut savoir quoi faire avec une main-d’œuvre inactive durant l’hiver. Il faudrait que les installations soient deux fois plus grandes que nécessaire. Et c’est aussi un problème pour votre client, qui veut être approvisionné à l’année. L’exploitation à temps partiel n’est vraiment pas une bonne solution. »

Le minerai sera plutôt dégelé et asséché jusqu’à ce que son taux d’humidité soit inférieur à 2,5 pour cent en utilisant la chaleur résiduelle du groupe électrogène diesel du chantier. Seulement 35 pour cent de l’énergie produite par la génératrice diesel sert à produire de l’électricité; en hiver, une bonne partie de cette énergie sera captée de nouveau et utilisée pour assécher le minerai, chauffer l’eau de procédé et chauffer les installations.

Pour optimiser l’utilisation de son système de chauffage, New Millennium a décidé de loger la plupart de ses installations de projet sous un même toit. Le concept est similaire à celui utilisé à proximité à Mont-Wright, affirme M. Journeaux. « La seule différence réside dans le style de structure », explique-t-il. La conception retenue pour le projet DSO est celle d’un dôme de polyester enduit de vinyle, de 106 mètres de largeur et de 170 mètres de longueur, qui abritera les bureaux, les installations de traitement, les ateliers, les laboratoires et le groupe électrogène de l’exploitation. Quelques structures devront demeurer distinctes : le broyeur et les silos de chargement seront à l’extérieur et en raison du bruit, les logements des employés se trouveront dans un camp distinct.

Au début, il semblait possible d’utiliser l’énergie hydroélectrique locale durant les mois d’été, mais cela s’est finalement avéré trop compliqué. « La centrale Menihek aurait pu nous fournir une petite quantité d’énergie durant l’été », a indiqué M. Chanda. « Seulement, cela aurait nécessité le renforcement du réseau de distribution. Nous ne pouvions justifier le coût lié à la modernisation de la ligne étant donné qu’aucune énergie hydroélectrique ne sera fournie durant l’hiver. »

La construction a commencé sur le site, et les services d’AECOM ont été retenus en tant qu’entrepreneur IAGC. « Nous estimons que la production comme telle devrait commencer vers la fin de 2012 », a affirmé M. Journeaux, « ensuite nous prendrons les mesures pour atteindre une capacité optimale. Normalement, cela devrait nécessiter 12 mois. »

Les yeux sur la récompense

Entretemps, NML et Tata Steel envisagent la prochaine phase de leur collaboration. À peine 10 pour cent de la Chaîne ferrifère Millennium ont été explorés, cependant NML a d’ores et déjà découvert deux gisements, KéMag et LabMag, qui ensemble, renferment quelque 9 milliards de tonnes de taconite. Les réserves prouvées et probables s’élèvent à plus de 5,5 milliards de tonnes d’une teneur d’environ 30 pour cent en fer. M. Journeaux présente un élément de comparaison : « si nous devions extraire 20 millions de tonnes par année, la mine aurait une durée de vie de cent ans », dit-il. « Inutile de préciser que la ressource est gigantesque. »

Au cours des 18 à 20 prochains mois, les plans pour le projet de taconite commenceront à prendre forme. Tata Steel finance actuellement 64 pour cent de l’étude de faisabilité estimée à 50 M$ pour KéMag et LabMag. Selon M. Journeaux : « Le processus est bien amorcé, et nous travaillons en étroite collaboration pour mener à bien cette étude. »

Si les résultats de l’étude de faisabilité du projet de taconite s’avèrent concluants, Tata Steel et New Millennium lanceront les activités de production en tant que coentreprise et organiseront un financement à hauteur de 4,85 G$. Selon M. Chanda : « Si ce projet est approuvé et procède à l’étape de la construction, cela représentera, pour une petite entreprise telle que la nôtre, un énorme pas en avant. »

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