CIM

Doris Hiam-Galvez Beyond Extraction

Inscrivez-vous

Au-delà de l’extraction : concevoir une prospérité durable

l'équipe de l'ICM - 16 octobre 2026

Rencontre avec Doris Hiam-Galvez

Doris Hiam-Galvez, lauréate du prix Selwyn Blaylock de l’ICM, s’exprime sur le décloisonnement des opérations, la transition vers une économie du savoir et la création d’un héritage prospère

L’industrie minière peut-elle passer d’un modèle axé sur l’extraction à celui de catalyseur de prospérité régionale? Pour Doris Hiam-Galvez, lauréate du Prix d’excellence Selwyn Blaylock pour l’exploitation minière canadienne de l’ICM, la réponse passe par l’élimination des silos traditionnels, tant sous terre qu’au sein des communautés. Dans cet entretien, Mme Hiam-Galvez se penche sur les percées technologiques qui redéfinissent l’extraction minérale, la portée de l’apprentissage expérientiel grâce au programme iScientist, et les raisons pour lesquelles un leadership éclairé exige de bâtir des économies résilientes et autonomes, bien après la fermeture d’une mine.

ICM : On entend beaucoup de choses sur l’avenir de l’exploitation minière. D’après vos réalisations visant à réduire l’empreinte environnementale de projets de plusieurs milliards de dollars, quelle est la transformation discrète actuelle qui, selon vous, aura le plus grand impact d’ici dix ans?

Mme Hiam-Galvez : Je crois qu’il s’agit de la connaissance approfondie du gisement. Nous nous laissons souvent enfermer dans nos silos, géologie, extraction, traitement, sans réaliser qu’il s’agit d’un seul et même système. Ce qui intéresse le client, c’est la rapidité avec laquelle nous atteignons le front de taille et le coût minimal pour acheminer le produit sur le marché. Nous devrions tous nous passionner pour la géologie, mineurs, ingénieurs en traitement et tous les autres, car une fois que nous la maîtrisons parfaitement, nous pouvons extraire uniquement la valeur marchande sans avoir à tout faire sauter.

Nous pouvons concevoir des procédés qui maximisent la récupération de valeur du gisement afin d’éviter de générer autant de résidus, car l’essentiel de l’activité minière réside dans la gestion des stériles. Le nec plus ultra reste la récupération in situ, où la roche devient elle-même le réacteur sur place. Nous extrayons la valeur directement à partir de là et procédons à la lixiviation sur le site même.

L’effet recherché ne se limite pas à un impact minimal, mais bien à un impact positif. Cette technologie est déjà utilisée pour certains gisements, mais elle progresse suffisamment pour cibler éventuellement des sulfures plus durs et ouvrir de nouvelles voies de traitement. La clé, c’est de s’attacher au gisement par la connaissance.

ICM : Grâce à votre engagement au sein du programme iScientist, vous tissez des liens entre l’industrie minière et le milieu scolaire. Quand vous observez la relève scientifique aujourd’hui, quelles compétences ou quel état d’esprit possèdent ces jeunes que notre génération n’avait pas?

Mme Hiam-Galvez : La nouvelle génération est nettement plus consciente que la durabilité et la santé environnementale vont de soi. Ce n’est plus un domaine isolé. Par le passé, nous avons dû apprendre son importance à la dure.

Avec le programme iScientist déployé à travers le Canada grâce à l’ICM et à des fonds miniers, nous avons vécu une expérience extraordinaire en introduisant l’apprentissage par projets dans les écoles. Nous avons commencé dans un établissement des Territoires du Nord-Ouest, avec le soutien d’Anglo (American) qui a réuni les élèves. C’était en été. Les jeunes avaient du mal à dormir la nuit, car le soleil ne se couchait jamais; ils étaient épuisés. Comme c’était virtuel, ils s’endormaient au tout début et nous pensions n’avoir aucune chance. Mais à mesure que le projet prenait forme, d’abord en surmontant la peur d’apprendre, la peur de ne pas détenir la réponse, puis en apprenant à formuler leurs propres questions et hypothèses, ils ont commencé à se relayer : « Je m’occupe de ceci, je m’occupe de cela ». Ils se sont pleinement investis dans un apprentissage expérientiel enraciné dans les savoirs autochtones et le contact avec le territoire.

À la fin de l’aventure, leur engagement était total. Ces élèves du secondaire travaillaient avec la rigueur d’étudiants aux cycles supérieurs. Ils ont conçu des affiches remarquables et les ont présentées avec passion. L’un d’eux a affirmé : « Je veux m’appuyer sur la curiosité développée ici pour devenir scientifique ». Un autre a dit : « Je veux utiliser le courage acquis ici pour devenir un leader et guider ma communauté vers un monde meilleur ». La mission d’iScientist est précisément de susciter l’amour de l’apprentissage et de préserver cette étincelle de curiosité.

ICM : De votre point de vue de leader internationale, comment pouvons-nous passer du statut de pays riche en ressources à celui de leader technologique, plus particulièrement dans la science de la prospérité durable, aux yeux des investisseurs mondiaux?

Mme Hiam-Galvez : Le Canada regorge de ressources naturelles et fait figure de pionnier sur de nombreux plans. Nous avons une longue histoire jalonnée de réussites, mais notre économie demeure extractive. Nous exploitons des mines, du pétrole, des forêts, mais ces richesses finiront par s’épuiser. Parce que nos ressources sont si abondantes, nous avons sombré dans une certaine complaisance et nous nous retrouvons acheteurs de technologies. Même si nous avons mis au point quantité de procédés et de technologies par le passé, nous avons un peu perdu notre éclat. Beaucoup de petites entreprises conçoivent des équipements, mais nous nous transformons en acquéreurs technologiques. Pourtant, notre main-d’œuvre est hautement qualifiée, compétente, et nous avons tous les atouts en main. Nous devons bâtir une économie du savoir pour réussir la transition depuis un modèle purement extractif.

Le concept de Conception d’une prospérité durable (DSP) consiste à faire de l’activité minière un levier pour créer quelque chose de supérieur, pour diversifier l’économie, catalyser le développement et favoriser l’intégration. Chaque région possède des atouts distinctifs sur lesquels miser pour développer de la propriété intellectuelle, devenir un centre d’excellence dans un ou deux créneaux, et exporter cette expertise à l’échelle internationale. Cela diffère d’une collectivité à l’autre. Il ne s’agit pas simplement d’adopter la dernière tendance — en construisant une usine d’hydrogène ou de batteries sans savoir où se trouve le marché —, mais plutôt d’implanter une solution systémique adaptée à chaque région, capable de la propulser vers l’avenir et d’ériger une économie résiliente.

ICM : Votre travail étant désormais érigé en modèle au sein de l’Institut par l’entremise du prix Selwyn Blaylock, quelle vieille habitude espérez-vous voir disparaître grâce à votre cadre de référence DSP?

Mme Hiam-Galvez : Personne ne souhaite voir une mine s’installer dans sa cour parce que des torts ont été causés, et les gens ne l’oublieront pas du jour au lendemain. Peu importe les discours, notre image ne changera pas par magie. Pour la transformer, nous devons agir différemment au lieu de répéter les mêmes erreurs.

La planète a un besoin criant de minéraux pour faire fonctionner la société, alimenter les centres de données et électrifier le monde. L’essor minier actuel est l’occasion rêvée de bâtir quelque chose de plus grand et d’infléchir notre réputation. Il ne s’agit plus de simplement puiser de l’énergie dans le réseau, mais d’en réinjecter et de jouer le rôle de catalyseur pour créer une économie résiliente où concilient population, planète et prospérité.

C’est ainsi que l’industrie minière devient un vecteur de prospérité régionale, que la confiance se rétablit et qu’une collaboration authentique s’établit. Il nous faut aller au-delà de la seule extraction : devenir un invité respectueux, s’intégrer à la communauté et co-créer un avenir durable qui profite à l’ensemble de la société.

ICM : Votre philosophie maîtresse repose sur l’idée que « l’industrie minière sera ultimement jugée sur l’avenir qu’elle rend possible ». À l’occasion du centenaire de l’Expo, quel legs précis souhaitez-vous transmettre aux générations minières de 2126 grâce à vos travaux sur la prospérité durable?

Mme Hiam-Galvez : Notre héritage pour le siècle à venir doit être de laisser derrière nous des écosystèmes florissants et résilients dans chaque territoire exploré. Non pas simplement un préjudice minimal, mais un impact résolument positif et des économies locales prospères et durables pour les générations futures.

Proposer une candidature pour un prix de l’ICM