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A conversation with Pierre Gratton

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D’une « industrie en déclin » à un secteur stratégique

Par Rosemary Mantini - 23 mars 2026

Entretien avec Pierre Gratton, de l’AMC

Après plus de vingt ans passés au sein de l’Association minière du Canada (AMC), dont plus de dix ans à titre de président et chef de la direction, Pierre Gratton quitte ses fonctions à un moment où le secteur minier bénéficie d’une attention mondiale sans précédent. M. Gratton livre ici ses perspectives sur l’évolution de l’industrie minière canadienne, le développement de l’initiative « Vers le développement minier durable » ainsi que les défis et les occasions à venir.

ICM : En repensant à votre carrière, quels changements au sein de l’industrie minière canadienne vous ont le plus marqué?

Gratton : Les changements ont été considérables, surtout au cours des cinq ou six dernières années, depuis que le monde s’intéresse davantage aux minéraux critiques. Mais lorsque j’ai rejoint l'AMC en 1999 en tant que vice-président, l'industrie était perçue de manière très différente. Nous étions considérés comme une industrie en déclin. L’une de nos réponses a été le lancement de l’initiative « Vers le développement minier durable » (VDMD), qui a contribué à lutter contre la perception selon laquelle l’industrie était polluante ou irresponsable. Au fil du temps, l'initiative VDMD a démontré que les entreprises prenaient au sérieux la performance environnementale, les relations avec les Autochtones et l’engagement communautaire.

Dans les années 2010, ces travaux ont commencé à modifier la façon dont les gouvernements et d’autres acteurs percevaient le secteur. Aujourd’hui, l’intérêt pour VDMD est mondial. Quant à la façon dont l’industrie est perçue au Canada, je pense que la situation n’a jamais été aussi favorable de toute ma vie.

ICM : Parlons de l'initiative « Vers le développement minier durable » (VDMD). Y a-t-il un aspect du processus ou dans sa mise en œuvre qui vous a surpris?

Gratton : Il y a eu quelques surprises. La première s’est produite en 2004, lors du lancement officiel de VDMD. Nous avions passé cinq ans à élaborer ce cadre et nous le présentions au conseil d’administration comme une initiative qui serait, dans un premier temps, facultative. Nous avions toujours affirmé qu’elle finirait par devenir obligatoire pour les membres, mais nous pensions que cette décision serait prise plus tard. Lors de la réunion du conseil, John Carrington, ancien chef de l'exploitation de Barrick Mining Corporation, s’est levé et a déclaré : « Allez, tout le monde. Nous savons ce qu’il faut faire. Pourquoi repousser cette décision ? Rendons-le obligatoire dès maintenant. » Et il a convaincu toute l’assemblée.

Le programme “Vers le développement minier durable” a contribué à démontrer que l'industrie prenait au sérieux les questions de performance environnementale, de relations avec les peuples autochtones et d'engagement communautaire. »

Une autre surprise est survenue plus tard. Au début, on craignait que VDMD ne fasse fuir certaines entreprises, car le programme serait perçu comme trop contraignant ou trop coûteux. Mais c’est le contraire qui s’est produit. Lorsque je suis devenu directeur général, nous comptions environ 30 membres. Aujourd’hui, nous approchons les 50, et de nombreuses entreprises ont adhéré précisément parce qu’elles souhaitaient faire partie de VDMD.

La troisième grande surprise a été l’internationalisation du programme. Pendant les premières années, nous nous sommes concentrés exclusivement sur le Canada. Mais ensuite, la Finlande nous a contactés pour l’adopter. Aujourd’hui, plus d’une douzaine de pays ont adopté le programme.

ICM : Quelle est la valeur ajoutée du partenariat entre l'AMC et l’ICM pour l’industrie?

Gratton : L'AMC est l’organisme de défense des intérêts du secteur. Notre fonction première consiste à défendre les intérêts de l'industrie auprès du gouvernement fédéral, et aujourd’hui plus que jamais, l’AMC est considérée comme un conseiller de confiance sur les questions minières. Nous représentons les entreprises lors des discussions avec le gouvernement et dans le cadre des politiques publiques.

Le programme VDMD contribue à renforcer ce travail de représentation, car il nous permet de démontrer que l’industrie est responsable et déterminée à améliorer ses performances. Mais derrière tout cela se cache toute l’expertise technique issue de la communauté minière elle-même, et c’est là que l'ICM joue un rôle colossal.

L'ICM rassemble des professionnels de l’ensemble du secteur afin de partager les connaissances et promouvoir les meilleures pratiques au niveau technique. En ce sens, il joue un rôle fondamental.

ICM : Selon vous, à quels enjeux techniques ou opérationnels les professionnels du secteur minier devraient-ils accorder une attention particulière dans les années à venir?

Gratton : La question des résidus miniers est un domaine qui a fait l’objet d’une attention considérable. De nombreuses activités sont également menées par l’intermédiaire de l'ICM — des cours intensifs, des sessions techniques et des travaux de recherche — souvent animés par les mêmes experts qui contribuent aux travaux de l'AMC sur les protocoles.

Un autre domaine en plein essor est le re-traitement des résidus miniers. Face à la demande croissante pour les minéraux critiques, on observe un intérêt grandissant pour l’extraction de minéraux à partir d’anciens sites de résidus où les technologies précédentes avaient laissé derrière elles des matières de grande valeur.

Par ailleurs, des travaux sont en cours pour améliorer l’efficacité énergétique, électrifier les opérations minières et réduire l’empreinte carbone de l’industrie.

ICM : Vous semblez optimiste quant à l'avenir de l'exploitation minière. Pourquoi?

Gratton : C’est parce que le monde redécouvre la véritable utilité de l’exploitation minière. Pendant longtemps, les gens achetaient des produits — comme des téléphones ou des appareils électroniques — sans se soucier des minéraux qui rendaient leur fabrication possible. Le débat sur les minéraux critiques est en train de changer la donne. Il permet aux gens de renouer avec l’industrie minière d’une manière qu’ils n’avaient pas envisagée depuis des décennies.

Dans le même temps, la demande mondiale en minéraux et en métaux devrait connaître une croissance significative au cours des 30 à 50 prochaines années. La croissance démographique, l’industrialisation de pays comme l’Inde et le Brésil, ainsi que les nouvelles technologies vont stimuler la demande. Cela crée des défis, mais cela souligne également à quel point l’exploitation minière est essentielle.

ICM : Que diriez-vous à quelqu'un qui envisage aujourd'hui de faire carrière dans le secteur minier?

Gratton : L’industrie minière n’est plus du tout celle de votre arrière-grand-père, ni même celle de votre grand-père. La technologie a transformé ce secteur : il est aujourd’hui beaucoup plus accessible et dépend moins de la force physique qu’auparavant.  

Lorsque j’ai rejoint l'AMC, le conseil d’administration était exclusivement composé d’hommes. Aujourd’hui, nous approchons de la parité homme-femme, et les deux dernières personnes à la présidence étaient des femmes. Il reste encore du chemin à parcourir, notamment au niveau opérationnel. C’est l’une des raisons pour lesquelles VDMD inclut désormais un protocole sur l’équité, la diversité et l’inclusion, afin que les sites miniers deviennent des milieux de travail plus accueillants et inclusifs. 

Parallèlement, le secteur a un grand besoin de main-d’œuvre. Nous sommes confrontés à des pénuries de main-d’œuvre et nous avons besoin de talents de tous les horizons. La proposition de valeur d’une carrière dans le secteur minier a également évolué. Nous attirons de plus en plus de personnes qui se soucient profondément de l’environnement et du changement climatique et qui souhaitent changer les choses. L’exploitation minière est en réalité l’un des rares secteurs où l’on peut avoir un impact concret sur la transition vers un avenir plus durable.

ICM : Avec le recul, quels sont, selon vous, les changements qui ont eu l'impact le plus durable sur l'industrie depuis que vous avez rejoint l’AMC? 

L’un des plus importants a été l'initiative « Vers un développement minier durable ». On m’a confié ce projet très tôt dans ma carrière. Mon supérieur de l’époque m’a dit en substance : « Le conseil d’administration a décidé que nous avions besoin d’une initiative en matière de développement durable. Voici 200 000 $ ; à toi de trouver une solution. »

Le résultat a donné naissance à la première norme de développement durable à l’échelle des sites dans l’industrie minière, et cela a influencé bon nombre des cadres de travail qui ont suivi. 

Un autre changement important concerne la manière dont l'industrie est perçue.

Le secteur minier était autrefois considéré comme fermé et sur la défensive. Aujourd'hui, il est beaucoup plus ouvert, collaboratif et engagé. Notre panel multilatéral en est un bon exemple. Les organisations non gouvernementales et d'autres groupes considèrent désormais l'AMC comme un lieu de confiance où discuter de la résolution de problèmes. 

Rien de tout cela n'est l'œuvre d'une seule personne. Cela reflète le travail de toute l’équipe de l'AMC et, surtout, l’engagement de nos entreprises membres.

S'il y a un changement plus global à retenir, c'est que les mines ne sont plus perçues comme un secteur en déclin. On reconnaît de plus en plus qu’il s’agit d’une industrie d’avenir.

L'AMC recherche actuellement le successeur de Pierre Gratton. Veuillez envoyer votre CV ou vos questions à HR_CEO@mining.ca avant le 6 avril. Consultez l'offre d'emploi pour plus de détails.