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La promesse brisée de l’El Dorado

Par Correy Baldwin

Don_Gonzalo_Jiménez_de_Quesada Dans les années 1500, le conquistador espagnol Gonzalo Jiménez de Quesada a dirigé deux expéditions à la recherche du légendaire royaume d’El Dorado | Avec l'aimable autorisation de Wikimedia Commons

Lorsque le conquistador espagnol Gonzalo Jiménez de Quesada pénétra sur le territoire du peuple chibcha, il vit partout autour de lui ce qu’il était venu chercher : de l’or, des bijoux en or, des carillons en or accrochés aux portes et des objets en or dans les temples. Quesada était à la tête d’une expédition partie en quête du légendaire El Dorado, un pays croulant sous l’or, caché quelque part dans le Nouveau Monde. L’avait-il enfin trouvé?

Depuis 1531, des récits se répandaient parmi les Espagnols selon lesquels lors d’une cérémonie religieuse, le chef d’une tribu autochtone se couvrait de poussière d’or avant de plonger dans un lac sacré pour se laver. Les Espagnols l’avaient surnommé El Rey Dorado, ou le roi doré. Pour les Espagnols, cela semblait être la démonstration d’une richesse démesurée, et la recherche de ce royaume de l’or, que les Espagnols surnommèrent El Dorado, devint rapidement une obsession nationale.

Quesada participa à la conquête espagnole des Amériques en 1535 à titre de premier magistrat de la colonie de Santa Marta, sur la côte septentrionale de l’actuelle Colombie. L’année suivante, le gouverneur de Santa Marta le nomma à la tête d’une expédition d’envergure dans l’intérieur du continent, à la recherche de l’El Dorado.

L’expédition de Quesada connut des débuts difficiles. Elle comptait 200 soldats accompagnés de porteurs autochtones et d’esclaves noirs, se déplaçant à pied, et de 600 autres soldats remontant le fleuve Magdalena sur une flotte de vaisseaux de ravitaillement. La troupe terrestre fût confrontée à la maladie ainsi qu’aux attaques des animaux sauvages et des indigènes hostiles. Quand les soldats épuisés arrivèrent au lieu de rendez-vous sur la rivière, ils ne trouvèrent aucun des navires, car ils avaient été retardés par des tempêtes. Pendant l’attente, les hommes survécurent en mangeant ce qu’ils pouvaient, notamment des reptiles et du cuir bouilli. Quand les navires finirent par arriver, Quesada se prépara à affronter de nouveau la jungle. Ils atteignirent les terres de la confédération des Indiens Chibcha, au pied des Andes, en janvier de l’année suivante : ils n’étaient plus que 166.

Sans le savoir, Quesada avait trouvé la source de la légende de l’El Dorado. Les cérémonies dirigées par un chef chibcha, dans le lac Guatavita voisin, avaient inspiré le mythe, mais le royaume actuel ne correspondait plus aux récits plus vrais que nature qui avaient circulé. Quesada fût quand même impressionné par son apparente richesse. À l’époque, les Indiens chibcha étaient en proie à des rivalités internes. Quesada profita de leur division et, malgré le nombre réduit de ses troupes, passa à l’attaque et fût vainqueur. Il déclara l’existence d’une nouvelle colonie espagnole, connue par la suite sous le nom local de Bogotá.

Quesada tenta immédiatement de localiser la source d’approvisionnement en or des Indiens Chibcha. Il lui sembla qu’ils ignoraient la valeur de l’or qu’ils considéraient simplement comme un beau métal ayant un sens spirituel et guère plus. C’était un peuple prospère, mais sa richesse provenait de ses vallées fertiles, des mines de sel ainsi que des émeraudes qu’il échangeait contre de l’or. Il n’y avait pas de mines d’or chez les Indiens Chibcha, à la grande déception de Quesada.

En 1539, deux autres expéditions avaient atteint Bogotá : un conquistador venu de l’Équateur et un conquérant allemand venu du Venezuela. Bien que Quesada avait déjà déclaré que le territoire était une propriété espagnole, il n’en avait pas encore informé officiellement le roi d’Espagne, si bien que les deux autres explorateurs voulurent revendiquer ce territoire. Plutôt que de leur livrer bataille, Quesada les convainquit de se rendre en Espagne pour laisser le roi régler l’affaire, ce qu’ils firent, mais aucun des trois ne se vit finalement attribuer ce territoire et le roi en fit plutôt don au fils du gouverneur de Santa Marta.

Déçu, Quesada demeura en Espagne pendant plusieurs années avant de reprendre la route des colonies espagnoles en 1550, cette fois à titre de maréchal de Bogotá. En 1569, il fit une autre tentative de recherche de l’El Dorado en organisant une expédition de grande envergure depuis Bogotá vers le sud et vers l’est. Ce fut pratiquement une répétition de sa première tentative et un nouvel échec monumental. Cette fois, il partit à la tête de 500 hommes, mais au retour, trois ans plus tard, il n’en restait plus que 28. Les pertes avaient été terriblement coûteuses et Quesada prit sa retraite, lourdement endetté.

Bien que parmi les nombreuses expéditions lancées à la découverte du royaume de l’or, Quesada n’en ai dirigé que deux, c’est peut-être la démesure de ses échecs qui les ont rendues plus mémorables. On pense qu’il a inspiré le Don Quichotte de Miguel de Cervantes, publié 26 ans après sa mort. Ironiquement, les expéditions de Quesada en territoire chibcha l’ont peut-être rapproché le plus de l’El Dorado que celles de tous les autres explorateurs ne l’ont fait.

Traduit par CNW


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