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Les producteurs de potasse réagissent : fermeture et licenciements face aux prix faibles

Par Joel Barde

Jansen-project

Andrew Mackenzie, président et chef de la direction de BHP Billiton, déclarait en août aux analystes et aux investisseurs que la société pourrait bien mettre son projet Jansen (en Saskatchewan) « au placard, si le prix de la potasse sur le marché ne remontait pas dans les trois années à venir ». | Avec l'aimable autorisation de BHP Billiton

BHP Billiton a annoncé mi-août qu'elle envisageait de suspendre son projet de mine de potasse Jansen, d'une valeur estimée à 2,6 milliards $ US, projet situé à 140 kilomètres à l'est de Saskatoon, en raison d'une faible demande et du prix très bas de la potasse.

S'adressant aux analystes et aux investisseurs à Londres, le président et chef de la direction Andrew Mackenzie déclarait qu'une décision ferme serait prise d'ici deux ans, mais que « si le cours de la potasse sur le marché ne remontait pas la pente au cours des trois années suivantes, il était parfaitement envisageable de clôturer les puits de mine une fois qu'ils seront terminés et leurs parois correctement revêtues ».

La mine Jansen, terminée à 60 %, devrait produire huit millions de tonnes de potasse par an une fois la production commencée, ce qui en ferait l'une des plus grandes mines de potasse au monde.

L'annonce a eu lieu un mois après que Mosaic ait licencié 330 employés et suspendu la production à sa mine Colonsay, à 60 km à l'est de Saskatoon. Sarah Fedorchuk, porte-parole de la société, précisait que les licenciements étaient provisoires, et expliquait que la société avait fixé « une date de retour non négociable » au 3 janvier.

En juin, Canpotex, un consortium qui commercialise et exporte la potasse canadienne à l'international, a suspendu son projet de construction d'une installation d'exportation de 775 millions $ à Prince Rupert, invoquant « des considérations économiques et commerciales » non favorables.

Cette crise a aussi poussé le plus gros producteur de potasse au monde, PotashCorp, à fermer deux de ses exploitations du Nouveau-Brunswick en novembre et janvier, fermeture qui a mis à pied plus de 500 employés. D'après Randy Burton, porte-parole de la société, la décision concernant la fermeture de la mine de Penobsquis est permanente, mais PotashCorp se dit prête à rouvrir son exploitation de Picadilly si la situation venait à s'améliorer. « Dans la conjoncture économique actuelle, ce n'est pas envisageable », expliquait M. Burton.

Par ailleurs, PotashCorp a revu ses prévisions de gain à la baisse pour la cinquième fois en six trimestres à la fin du mois de juillet.

Le prix de la potasse a chuté depuis 2008, année où ce minéral avait enregistré un niveau historique à 900 $ la tonne. Depuis 2014, son prix tourne autour de 300 $ la tonne, et cette année, il a encore baissé et se vendait en avril à 269 $ la tonne.

D'après Ben Isaacson, analyste à la banque Scotia, le marché de la potasse est en train de trouver un équilibre après la période prospère mais non durable qu'il a connue dans les années 2000.

Cette période de forte croissance, expliquait-il, a poussé les producteurs établis à se développer et a attiré de nouveaux arrivants dans l'industrie, dont certains avaient déjà construits leurs mines depuis des années et qui entamaient maintenant leur phase de production. Parmi eux se trouvaient la mine Legacy de K+S Potash Canada, le premier nouveau développement de potasse en Saskatchewan depuis plus de 40 ans, qui devrait atteindre une capacité de deux millions de tonnes par an d'ici la fin de l'année 2017. 

M. Isaacson indiquait que les grands acteurs « se sacrifient » de manière à améliorer les conditions de marché.

Il ajoutait s'attendre à une amélioration de la demande au cours des six à huit prochains mois, et à une « légère hausse » des prix. « La remontée des prix de la potasse devrait être fonction des réductions au niveau de la production par les producteurs du Canada et de l'[ex-Union soviétique], ainsi que de l'augmentation de la demande au vu du prix plancher établi pour la potasse », indiquait M. Isaacson.

Mosaic s'attend également à une légère hausse du prix de la potasse. « Nous avons touché le fond en termes de cycle de prix et nous attendons à ce que les prix remontent d'ici la fin de l'année et l'année prochaine », indiquait Mme Fedorchuk.

Cependant, expliquait M. Isaacson, l'industrie connaîtra tout de même des pertes d'emploi nettes. « La situation ne va pas être des plus brillantes pendant quelques années. »         

Traduit par Karen Rolland

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