mai 2015

Les établissements scolaires se renouvèlent

Un partenariat entre une société minière, une ONG et le gouvernement fédéral permet de moderniser des établissements scolaires au Burkina Faso

Par Katelyn Spidle

Iamgold, Plan Canada et le ministère des affaires étrangères, du commerce et du développement (MAECD) ont rassemblé leurs ressources pour soutenir le développement et renforcer les secteurs de l'éducation et de l'emploi au Burkina Faso. Ces trois organisations ont respectivement accordé 1 million $, 900 000 $ et 5,6 millions $ à un projet qui a permis jusqu'ici de remettre en état 11 établissements de préparation professionnelle et d'en reconstruire entièrement deux autres. Cette initiative a fait l'objet de critiques, reprochant au gouvernement canadien de financer des projets de responsabilité sociale en entreprise (RSE) pour des sociétés minières, mais « les résultats se sont révélés extrêmement positifs à ce jour  », expliquait Aaron Steeghs, directeur de la RSE chez Iamgold.

La main-d'œuvre du Burkina Faso est actuellement mal préparée pour faire face à la production industrielle du pays, qui connaît une croissance d'environ 6,5 % par an. Les niveaux d'éducation et d'alphabétisation sont médiocres ; la scolarisation des enfants ne dure en moyenne que huit ans, aussi seulement environ 29 % des adolescents de plus de 15 ans savent lire et écrire. C'est la raison pour laquelle ce projet pilote de six ans vise à offrir aux jeunes des possibilités d'éducation et de formation, et à créer un flux constant de travailleurs dotés de compétences polyvalentes.

L'idée de cette initiative a vu le jour à la suite d'un atelier organisé en 2007 par l'université de Toronto, lequel examinait les partenariats intersectoriels au travers d'une étude de cas portant sur le processus de Kimberley pour la lutte contre le trafic des diamants de la guerre. Après le premier atelier, il a fallu près de trois années d'efforts pour établir des liens avant de pouvoir dresser et mettre en œuvre une proposition de projet pour le Burkina Faso.

« Nous disposons de nombreux projets de RSE autour du site minier pour soutenir les communautés locales, mais il s'agit là d'une initiative nationale  », expliquait M. Steeghs. « Au niveau national, pratiquement toutes les sociétés contribuent aux œuvres philanthropiques. Nous étions d'avis que ce projet aurait beaucoup plus de sens et un plus fort impact dans un domaine dans lequel nous avons bien plus à offrir qu'un simple chèque. C'est l'aspect le plus intéressant ; ce projet va bien plus loin qu'une simple contribution financière.  »

Augmentation du nombre d'étudiant(e)s inscrit(e)s après les rénovations

Les centres qui obtiennent une aide sont des établissements de préparation à la formation professionnelle pour les jeunes âgés de 13 à 18 ans. Ces centres, situés dans les régions sud-ouest et centre-nord du pays, ont longtemps été négligés et ont reçu peu d'attention en termes de préparation à l'emploi.

Nadine Grant, directrice des programmes pour Plan Canada, expliquait qu'avant les rénovations, les salles de classe ne disposaient pas des équipements nécessaires, par exemple des pièces de moto indispensables au programme pour mécaniciens de motos. Les taux de participation et la réputation de ces établissements étaient médiocres. Mme Grant faisait également remarquer que les parents ne se réjouissaient guère à l'idée d'envoyer leurs enfants étudier dans ces centres.

« Maintenant que les centres ont été rénovés, nos programmes sont plus simples à comprendre par les jeunes  », déclarait-elle, ajoutant que les nouveaux programmes étaient élaborés en fonction d'études de marché. « Ils peuvent utiliser les outils dont nous disposons de manière à sortir d'ici avec des qualifications qui leur permettront de se faire une place sur le marché  », poursuivait-elle. « Les résultats des examens sont réellement encourageants et le taux d'inscription a augmenté.  »

Plusieurs programmes sont maintenant proposés, par exemple des formations en couture, soudure, menuiserie et entretien électrique, généralement d'une durée de quatre ans. Plan Canada a de nouveau formé 101 enseignants burkinabés et les établissements sont gérés par le ministère de l'éducation du Burkina Faso. En septembre 2014, le MAECD a indiqué que 2 867 étudiants s'étaient inscrits dans des centres de formations technique, professionnelle et pédagogique depuis le commencement du projet. « Le ministère de l'éducation est très satisfait de ce programme car il redonne vie à un secteur dont les performances étaient relativement décevantes  », expliquait Mme Grant.

Une ouverture sur le marché de l'exploitation minière

Ni Mme Grant ni M. Steeghs n'ont pu confirmer le nombre exact de jeunes qui ont réussi à trouver du travail après avoir obtenu leur diplôme, principalement en raison des difficultés à suivre les données dans ce contexte. Cependant, ils ont tous deux précisé qu'aucun de ces jeunes n'a été embauché à la mine Essakane d'Iamgold, dans le nord-est du pays. Ce n'est pas l'objectif premier du projet, et Essakane mène sa propre formation axée sur l'exploitation minière dans la région où elle opère.

La mine d'Iamgold joue cependant un rôle important en ce qu'elle offre aux étudiants des possibilités d'apprentissage dans un environnement réaliste.

Au cours des trois dernières années, Iamgold a délégué des employé(e)s de la mine Essakane (toujours des Burkinabés, et souvent des femmes occupant des rôles non traditionnels) afin qu'ils/elles dispensent des présentations et animent des ateliers dans ces établissements. Les étudiant(e)s peuvent ainsi faire appel à leurs connaissances et recueillir des informations sur l'expérience qu'ils/elles pourraient tirer en travaillant dans leur domaine et en décrochant un emploi dans un environnement professionnel.

L'un des ateliers a évolué en un programme de stage qui permet aux étudiant(e)s de renforcer leur expérience auprès des entreprises de la région, d'Iamgold et d'autres sociétés minières basées dans le pays. Iamgold, en particulier, a accueilli plus de 100 étudiant(e)s par an ces deux dernières années, généralement en cohortes de plus ou moins 20 personnes.

« Ces étudiant(e)s n'ont jamais eu l'occasion de se retrouver dans un véritable environnement professionnel qui ressemble à une mine industrielle à grande échelle  », indiquait M. Steeghs, expliquant que ce stage est un « cours intensif dans un environnement scolaire, ainsi qu'un aperçu de ce que l'on peut faire avec une formation professionnelle et des possibilités qui existent  ».

Iamgold fait venir en bus des étudiant(e)s vivant à plusieurs centaines de kilomètres pour qu'ils/elles passent une semaine à visiter la mine, puissent poser leurs questions et tester leurs compétences pratiques.

Aspirer à un avenir prospère

L'objectif général de ce projet est d'exploiter les établissements rénovés afin d'inscrire 3 390 personnes dans des centres de préparation professionnelle et 6 400 personnes dans des centres de formation professionnelle, ainsi que de générer 525 stages. Les partenaires souhaitent s'assurer qu'un minimum de 525 diplômé(e)s soient embauché(e)s ou deviennent leurs propres patrons d'ici 2017.

Parallèlement, Iamgold et Plan Canada ont passé les deux dernières années à développer une plateforme de RSE au Burkina Faso qui réunira les sociétés minières et les ONG afin de débattre des problèmes importants et d'offrir une expertise externe.

« L'exploitation minière à caractère officiel n'est pas si ancienne au Burkina Faso  », expliquait Mme Grant. « Aussi, nous commençons à peine à analyser des questions telles que la RSE. Ce réseau essaie de faire comprendre certains de ces concepts à la communauté minière et aux ONG ainsi qu'au secteur privé de manière à ce qu'ils adoptent une approche responsable de l'exploitation minière et se joignent à nous.  »

Traduit par Karen Rolland

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