mars/avril 2015

Kirkland Lake Gold se remet sur pied

Malmenés par la chute des cours de l’or, les exploitants d’une mine du nord de l’Ontario en activité depuis plusieurs décennies mettent l’accent sur la réduction des résidus miniers et l’optimisation des teneurs pour retrouver des bases solides

Par Ian Ewing

Rapport spécial : L'Ontario

Les fluctuations brusques du cours de l’or ont affecté toutes les sociétés aurifères. Quand les prix ont dépassé 1 800 $ US l’once, il y a à peine deux ans et demi, beaucoup de sociétés ont multiplié les investissements pour développer leurs activités et profiter de cette hausse historique. Mais quand les cours ont ensuite plongé jusqu’à leurs niveaux plus récents – sous les 1 300 $ US l’once – bon nombre de ces mêmes sociétés ont découvert que l’expansion récente de leurs activités n’était plus rentable. Kirkland Lake Gold est une de ces sociétés. Le redressement qu’elle a réalisé au cours de la dernière année est un cas d’école sur la réévaluation des hypothèses de base d’une analyse de rentabilité et sur la réussite de l’implantation d’un changement profond de culture sur le terrain.

Pendant le boom du cours de l’or, Kirkland Lake a réuni près de 100 millions $ pour les investir dans les infrastructures de sa mine Macassa et de son complexe South Mine à Kirkland Lake, en Ontario. Un système de treuils modernisés, de nouveaux équipements mobiles souterrains à batterie et un broyeur principal remis à neuf comprenant un nouveau broyeur à boulets de 4,5 m sur 6 m (15 pi sur 20 pi), en plus des trois broyeurs Allis Chalmers existants, ont aidé à faire grimper la capacité de 1 400 à 2 200 tonnes anglaises par jour, à un taux de récupération de 96 %. Le but visé était de produire 200 000 onces par an. L’effectif a augmenté en même temps, atteignant 1 250 travailleurs fin 2013, comparativement à 200 employés il y a cinq ans. Comme beaucoup d’autres sociétés minières le faisaient alors, Kirkland Lake se préparait à traiter des tonnes de minerai.

« Il y a deux ou trois ans, Kirkland Lake avait une capitalisation boursière de 1,5 milliard $ », rappelle l’actuel chef de la direction, George Ogilvie. Comme bon nombre de sociétés aurifères, Kirkland Lake a tiré parti du cours élevé de l’or pour abaisser sa teneur de coupure. La société s’est mise à exploiter des gisements plus marginaux, à l’extérieur des filons à teneur élevée qui caractérisent le corps aurifère de Macassa.

Puis le cours de l’or a commencé à plonger. « Du coup, le traitement à la tonne anglaise au détriment de la teneur n’allait plus être rentable à partir du moment où le cours de l’once d’or est descendu sous la barre des 1 500 à 1 600 $ US », explique M. Ogilvie. Cependant, comme Kirkland Lake a investi massivement pour augmenter sa capacité, elle a tenté de maintenir le cap. La société a aggravé ses problèmes croissants en se fixant des objectifs commerciaux qu’elle était incapable d’atteindre. « Elle faisait de belles promesses sans livrer la marchandise, ce qui a aussi eu une incidence sur le cours de l’action », poursuit M. Ogilvie. En plus de la baisse de prix de la matière première, la société a vu sa capitalisation boursière s’effondrer jusqu’à un plancher de 150 millions $ il y a un an, suscitant des changements majeurs à la mine.

M. Ogilvie a été placé aux commandes en novembre 2013 par Harry Dobson, alors président du conseil de Kirkland Lake. M. Dobson venait de Rambler Metals, à Terre-Neuve-et-Labrador, où il était également président du conseil. M. Ogilvie a obtenu la confiance de M. Dobson à la fois grâce à son expérience dans les mines d’or ultra-profondes d’Afrique du Sud – un environnement technique semblable à celui de Macassa – et à sa capacité à faire passer Rambler au stade de la production au milieu de la crise financière mondiale, au cours d’une période particulièrement difficile pour l’industrie minière.

« Quand j’ai accepté ce poste, je m’étais déjà fait à l’idée que pour rendre la mine et la société rentables, nous devions essayer de nouveau de rapprocher nos activités d’extraction de la teneur de réserve », se souvient M. Ogilvie. « C’est cela, l’aspect qui distingue Kirkland Lake d’à peu près 99 % des autres mines d’or du monde : la teneur de réserve. Quelle que soit la tendance du cours de l’or, un principe fondamental de nos activités est d’extraire constamment du minerai à la teneur de réserve ou près de celle-ci. »

En fait, pendant les années 1990, quand la mine appartenait à Barrick, puis à Kinross, elle produisait régulièrement plus de 18 grammes par tonne anglaise. Selon ses dires, M. Ogilvie croyait qu’un retour à cette philosophie pourrait être la planche de salut de cette exploitation à la dérive. En extrayant du minerai à la teneur de réserve actuelle (alors estimée à 17 grammes par tonne anglaise), la société devrait avoir la capacité de demeurer rentable même dans un contexte rendu difficile par le cours de l’or. Dans l’éventualité d’une forte remontée des prix, la société serait en mesure de produire une marge nettement plus élevée et de générer un flux de trésorerie disponible très rapidement.

Toutefois, changer les façons de faire dans l’ensemble de la société ne serait pas facile. « Comment fait-on pour transformer une culture axée sur le tonnage et la quantité et pour amener les gens à se soucier plutôt de la teneur et de la qualité ? », s’est demandé M. Ogilvie.

COMMENT RENFLOUER UN NAVIRE EN TRAIN DE COULER

Les inquiétudes de M. Ogilvie concernant le niveau de soutien qu’il recevrait de la haute direction, la même que sous le régime précédent, se sont rapidement dissipées. L’équipe était déterminée à apporter des changements. En fait, les dirigeants avaient formulé de nombreuses recommandations identiques à celles que M. Ogilvie allait mettre en oeuvre par la suite. Parmi ces changements, la priorité absolue était de relever la teneur de tête, ce qui signifiait qu’il fallait réduire la dilution externe.

Quand George Ogilvie est entré en fonction, l’extraction du minerai inframarginal allait de soi, nous explique Suzette Ramcharan, porte-parole de Kirkland Lake. Pire encore, d’autres matières à faible teneur, y compris des résidus miniers, se frayaient un chemin jusqu’à la cheminée à minerai. Que cet état de choses soit attribuable à la culture d’entreprise, au fait que le système de primes aux employés était fondé sur le tonnage (système britannique) et le forage, ou à une combinaison de ces deux facteurs, la présence de résidus miniers dans la cheminée abaissait la teneur de tête et réduisait la productivité. La direction a réagi rapidement, au moyen d’une méthode éprouvée que M. Ogilvie avait acquise en Afrique du Sud. Les superviseurs ont placé des rondelles de métal, estampillées d’un numéro de série et de la date, dans les piles de résidus miniers de la mine. À l’entrée du broyeur, des aimants captaient les rondelles, indiquant ainsi le lieu d’origine des résidus miniers, le moment où ils avaient été orientés vers la cheminée et donc l’identité du mineur responsable. Six semaines plus tard, il n’y avait plus de résidus miniers à l’entrée de la cheminée. De novembre 2013 à janvier 2014, la teneur de tête a bondi de 0,29 à 0,43 once par tonne anglaise, une amélioration de près de 50 %.

En janvier 2014, la société a été contrainte de licencier 75 postes. Au cours de l’année, l’attrition a occasionné le départ de 160 autres employés, qui n’ont pas été remplacés. La perte nette de ces 235 employés, soit environ 20 % de l’effectif total, n’a pas nui à la production.

Les employés du quart suivant savent ex actement
ce qui constitue des minerais ou des résidus miniers,
et où ache miner le tout »

– G. Ogilvie, chef de la direction, Kirkland Lake Gold

 

Cependant, certaines compétences supplémentaires étaient nécessaires. « Ce gisement est très difficile à analyser », selon M. Ogilvie, en raison des filons étroits de minerai à teneur élevée. « On peut croire qu’on extrait la veine ou le minerai, mais en réalité, on peut aussi bien se trouver dans la paroi. Il faut surveiller l’extraction avec le plus grand soin. » On a donc embauché davantage de géologues miniers pour s’assurer de pouvoir inspecter toutes les parois rocheuses à chaque quart de travail. Grâce à cet effectif supplémentaire, le nombre d’échantillons de roche prélevés a augmenté de 30 % ; les géologues tracent des lignes sur les parois souterraines pour indiquer aux mineurs où continuer l’extraction afin de demeurer dans les filons à teneur élevée.

Le laboratoire d’analyse de la mine a aussi bénéficié d’une hausse des effectifs pour disposer de personnel jour et nuit. Auparavant, le laboratoire fermait la nuit et la fin de semaine, de sorte qu’une analyse pouvait être retardée de 48 heures. Comme l’accent était mis désormais sur la teneur, toute incertitude sur la qualité du minerai devenait inacceptable. Le laboratoire d’analyse traite maintenant les échantillons dans un délai de huit à douze heures. « Les employés du quart suivant savent ex actement ce qui constitue des minerais ou des résidus miniers, et où ache miner le tout », explique M. Ogilvie.

Un autre facteur important pour la reprise de la société (une reprise évidente au vu d’une capitalisation boursière qui s’approchait récemment de près de 340 millions $) a été d’élever la teneur de coupure de 0,18 à 0,22 once par tonne anglaise. En réduisant la quantité de minerai marginal extrait, la société économise des coûts de main-d’oeuvre, d’équipement et de traitement. La mine ne traite plus que 1 100 tonnes anglaises sur une capacité de 2 200 tonnes par jour, mais grâce à l’augmentation de la teneur en or et à la baisse des coûts de main-d’oeuvre, la société est de nouveau rentable et dispose de flux de trésorerie, ce qui constitue un pas dans la bonne direction.

L’exploitation du broyeur à la moitié de sa capacité comporte toutefois sa part d’inefficacité, admet Mme Ramcharan, en raison des frais fixes associés au fait de « garder les lumières allumées », pour ainsi dire. Au cours de l’été, la mine a été en mesure d’exploiter le broyeur en alternant cinq jours d’activité et deux jours d’arrêt et en accumulant les matériaux pendant la fin de semaine pour les traiter la semaine suivante. « Mais en hiver, on ne veut pas débrancher le broyeur, par crainte du gel », poursuit Mme Ramcharan. « Alors nous sommes revenus à sept jours sur sept pour l’hiver, ce qui nous empêche de profiter de certaines économies de coût parce que nous ne fonctionnons pas à pleine capacité. » Des activités d’exploration supplémentaires pourraient déboucher sur la découverte d’autres cibles à haute teneur susceptibles d’aider à augmenter la production, mais il s’agit là d’un plan à plus long terme. Pour le moment, l’accent est mis sur la gestion des changements actuels.

UNE MINE, CE N’EST PAS QUE DES MACHINES ET UN BROYEUR

Ces changements ont donné à la société la capacité technique de se rapprocher de nouveau de la teneur de réserve qu’elle souhaitait, mais le changement de culture ne s’est pas limité à mieux informer les employés et à les empêcher de profiter du système.

Après neuf mois passés à évaluer la mine, M. Ogilvie et son nouveau vice-président de l’exploitation, Chris Stewart, ont demandé à un conseiller de dispenser une formation sur le leadership. Ray Bushfield, de Laidy and Ray Consulting, a été embauché pour aider à améliorer les compétences en leadership, en gestion et en communication des cadres supérieurs et intermédiaires et des superviseurs de première ligne. Au cours de la croissance de l’effectif de la société de 200 à 1 250 employés, la plupart n’avaient jamais reçu de formation sur les compétences nécessaires pour exercer leurs nouvelles fonctions, qui comportaient des responsabilités beaucoup plus importantes. Les cadres et les superviseurs ont enfin pu apprendre à communiquer avec leurs employés, à leur offrir une rétroaction et, au besoin, à les conseiller sur des sujets délicats comme le manque de productivité ou l’absentéisme.

Tout récemment, dans un geste qui reflète les pratiques en vigueur à l’exploitation à haute teneur de Goldcorp à Red Lake, la structure des primes à Kirkland Lake a fait l’objet d’un examen approfondi ayant pour but de mettre l’accent sur le nombre d’onces produites plutôt que sur le forage et le tonnage (système britannique). La nouvelle structure de primes, qui prend en compte la sécurité et les coûts en plus de la productivité, s’harmonisera mieux avec l’objectif interne de la société qui est d’extraire des onces de qualité.

Dans l’intervalle, l’effectif est en constante évolution alors que la direction tente de trouver le « point idéal » où les coûts sont réduits le plus possible sans affecter la production. La productivité est remontée au niveau moyen historique de la mine, une tonne anglaise par jour par travailleur, après avoir chuté à un certain moment à moins de 0,9 tonne anglaise par travailleur. M. Ogilvie est cependant d’avis que la mine est en mesure de produire de 1 200 à 1 250 tonnes anglaises par jour avec son effectif actuel de 1 015 employés. Il espère atteindre ce seuil d’ici la fin de l’exercice financier de la société, en avril.

Mme Ramcharan souligne que Kirkland Lake a budgété ses coûts pour l’exercice 2015 sur la base d’un cours de l’or à 1 350 $. « Nous croyons être en mesure de soutenir un seuil de rentabilité d’environ 1 000 $ l’once » en prenant d’autres mesures de réduction des coûts, ajoute-t-elle. Comme, pour le moment, les prix dépassent ce seuil d’une marge confortable, la société semble être en bonne posture. La hausse graduelle du cours de son action et le retour à la rentabilité qu’elle a réalisé aux deux derniers trimestres en font foi. « Le fait que le cours de l’or a varié de plus de 500 $ l’once ne garantit pas à lui seul l’avenir de cette mine », insiste Mme Ramcharan.

Bénéficiant d’un des gisements miniers possédant la plus forte teneur au monde, Kirkland Lake a toujours eu la capacité de sortir gagnante. En mettant désormais l’accent sur la rentabilité plutôt que sur la production pure et simple, la société est en bonne voie pour concrétiser de nouveau son potentiel. Pour les 10 000 résidents de la ville de Kirkland Lake et ceux des collectivités environnantes qui dépendent de la mine en tant que moteur de l’économie, c’est la meilleure nouvelle qu’ils aient eue depuis longtemps.

Traduit par CNW


Article de fond : Sous haute tension | Projets et Construction | Voyage : Sudbury, Ontario
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