septembre 2014

Après la ruée vers l'or : le « colonel Conrad » et l'argent du Yukon

L'entrepreneur américain John Conrad avait tout ce dont il aurait pu rêver : une exploitation minière et une usine de concentration florissantes sur le lac Tagish, une ville portant son nom et le tramway le plus sophistiqué du monde

Par Correy Baldwin

L'histoire du Yukon est dominée par la ruée vers l'or du Klondike, une époque où beaucoup auraient pu s'enrichir mais peu y sont parvenus. Quelques années plus tard, cependant, on découvrait de l'or à Nome, déclenchant une nouvelle ruée vers l'or en Alaska et laissant le Yukon s'engouffrer dans une récession économique. Pourtant, toutes les richesses de la province n'avaient pas encore été découvertes dans ses montagnes. Pour faire revivre l'esprit optimiste qui caractérise toute ruée vers l'or, le Yukon avait besoin d'un nouveau filon, ou peut-être tout simplement d'un riche entrepreneur américain.

John Conrad arrive dans le Yukon avec de grands projets, des idées extravagantes et des poches bien remplies. Dans les années qui suivent, c'est lui et lui seul qui maintient à flot l'économie du Yukon en investissant près de 1 million $ (l'équivalent aujourd'hui de 23,5 millions $) dans une série de mines d'argent au lac Tagish près de Carcross, au nord de la frontière de la Colombie-Britannique. Comme tout bon entrepreneur qui se respecte, M. Conrad donne son nom à une communauté et pendant un temps, ou du moins c'est le bruit qu'il fait courir, Conrad City prétend à remplacer Dawson City en tant que capitale du territoire.

M. Conrad naît en 1855 dans une plantation de Virginie, dans une famille aristocrate qui donnera naissance à 17 enfants. La guerre civile mène la famille à la ruine, et à 15 ans, John Conrad s'en va vers le Montana pour rejoindre ses deux frères aînés qui y avaient développé un poste de traite. Les affaires marchent bien pour les frères Conrad dans l'Ouest sauvage, et ils amassent une nouvelle fortune grâce à l'élevage en ranch du bétail, l'immobilier, le transport maritime, le commerce bancaire et l'exploitation minière.

Rapidement, le jeune M. Conrad décide de poursuivre son chemin seul ; il établit une série de postes de traite sur le passage de convois entre Fort Benton dans le Montana et Calgary, et investit dans des mines de charbon et l'élevage en ranch de bétail. Il devient rapidement le plus grand éleveur de bétail du Montana. M. Conrad a le don de la réussite et il sait bien le montrer. Plus l'entreprise commerciale est grande, mieux les affaires se portent. Il fréquente des généraux des forces armées, les représentants officiels de la Compagnie de la Baie d'Hudson (HBC) et des potentats des chemins de fer.

Mais la récession économique de 1893 s'abat sur lui. Cependant, il n'est pas dans son caractère de se laisser abattre par une défaite, aussi il fait ses valises et se dirige vers le nord, en Alaska. Le pays avait été pris d'assaut par la fièvre de l'or, et M. Conrad prévoit bien d'en faire autant. Il se débrouille plutôt bien et exploite les découvertes d'or d'une frontière à l'autre de l'État. Au moment où se répand le bruit d'une découverte d'argent, d'or et de plomb près de Carcross, M. Conrad est suffisamment riche pour investir dans le site, mais aussi pour financer la construction d'une mine entière.

M. Conrad arrive en 1903 et commence à injecter des fonds dans le site. Il consolide ses concessions en janvier 1905 en créant deux sociétés minières autofinancées. La phase suivante consiste à déterminer comment extraire le minerai, qui se trouve en hauteur sur le versant de la montagne, et le transporter jusqu'aux rives du lac.

Il se rend alors à Seattle et achète un système de tramway aérien pour la modique somme de près de 80 000 $, une dépense incroyable à l'époque. Mais M. Conrad est bien connu pour son extravagance. Son tramway s'élève à plus d'un kilomètre au-dessus du lac Tagish et s'étend sur 7,5 kilomètres le long des pentes du mont Montana pour transporter le minerai depuis la mine jusqu'au terminal situé sur les rives du lac. À cette époque, ce système de tramway était le plus sophistiqué au monde.

Le fer transporté par la ligne de tramway arrive par tonnes, aussi les ouvriers de M. Conrad commence à exploiter les trois principaux filons, à savoir Venus, Montana et Big Thing, pendant que d'autres se concentrent sur la construction du camp minier.

Une saison plus tard, M. Conrad emploie plus de 500 hommes. Conrad City devient une ville animée dotée de six hôtels et de magasins, et elle est desservie deux fois par semaine par un bateau à vapeur qui la relie à Carcross. En 1909, on y compte 3 000 résidants. Les mines tournent et le tramway fonctionne à merveille. Un journal plein d'admiration le baptise « colonel Conrad ».

Mais l'histoire du Yukon connaît des hauts et des bas. La teneur d'une grande partie du minerai extrait dans le mont Montana est plus faible que ce que l'on ne pensait, les gisements moins importants, et les coûts de transport se révèlent exorbitants. M. Conrad entame des poursuites contre la compagnie de chemin de fer White Pass pour lui avoir fait payer cinq fois le prix appliqué par les autres compagnies du continent. Cette bataille juridique prend des années à se résoudre et M. Conrad y laisse ses plumes.

Les mines sont en difficulté financière et le prix de l'argent décline, aussi M. Conrad décide d'en rester là et en 1912, il quitte le Yukon une bonne fois pour toute. La plupart des infrastructures de Conrad City sont envoyées à Carcross, qui est encore en phase de reconstruction après qu'un terrible incendie ait dévasté la ville en 1909. Aujourd'hui, on peut encore voir l'infrastructure en fer du tramway aérien construit par M. Conrad sur le versant de la montagne, au dessus de la ville fantôme qui porte son nom.

Traduit par Karen Rolland


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