septembre 2014

Éléments des terres rares

Une industrie canadienne en herbe

Par Ian M. London

Les éléments des terres rares (ÉTR) critiques, selon plusieurs experts internationaux, sont le néodyme, le dysprosium, l'europium, le terbium et l'yttrium. De nos jours, les terres rares entrent dans la composition de nombreuses technologies propres, des véhicules hybrides, des moteurs écoénergétiques, des systèmes d'éclairage, des systèmes de communications avancés ainsi que des technologies de diagnostic et de traitement médical. Au vu de la croissance du secteur des technologies propres, les ÉTR deviennent de plus en plus importants, tout comme le Canada qui pourrait devenir un acteur majeur au niveau de l'approvisionnement mondial en ÉTR.

Le Canadian Rare Earth Elements Network (CREEN, le réseau canadien de recherche sur les éléments de terres rares) s'est donc fixé l'objectif, d'ici 2018, d'identifier et de parrainer des projets de recherche et développement (R&D) préconcurrentiels ainsi que des solutions techniques qui permettront aux producteurs canadiens d'assurer 20 % de l'approvisionnement mondial en ÉTR critiques séparés. Le CREEN est un réseau multilatéral dirigé par l'industrie qui regroupe de futurs producteurs d'ÉTR, des universitaires, des laboratoires commerciaux et nationaux, des experts en ingénierie, des chefs d'entreprises, des fabricants de produits pour utilisateurs finaux et des gouvernements.

Sur le court terme (d'une à deux années), les membres du CREEN se concentreront sur l'application du grand savoir-faire et de l'expérience du Canada en matière de minéralurgie, d'hydrométallurgie et de génie des procédés chimiques afin de trouver des solutions uniques aux chimies complexes du traitement de la production des ÉTR. Sur le moyen à long terme (de deux à dix années), le CREEN œuvrera à l'amélioration de ses solutions de traitement et développera une technologie stratégique et fondamentale pour renforcer le traitement en aval afin d'obtenir des produits finis dont des métaux, des alliages et des luminophores.

Jusqu'à présent, ce sont les Chinois qui ont dominé le secteur des ÉTR. Pour essayer de se creuser leur propre marché dans ce secteur, des développeurs de projets canadiens, soutenus par des laboratoires et des ingénieurs-conseils, s'attellent à la conception, au test et à l'optimisation des procédés hydrométallurgiques et de séparation qui permettront aux projets sur les ÉTR de passer au stade de la production. À ce jour, des acteurs industriels ont investi quelque 200 millions $ pour développer neuf projets de pointe sur les ÉTR au Canada, lesquels, d'après Technology Metals Research, font partie des 28 projets les plus avancés au niveau international. Parmi ces neuf projets figurent ceux parrainés par Avalon Rare Metals, Quest Rare Minerals, Pele Mountain et Commerce Resources, tous membres du CREEN. Ces développeurs canadiens cherchent des solutions qui leur permettront d'optimiser leurs revenus et de réduire leurs coûts en capital et d'exploitation.

Il est maintenant clair que la coopération est primordiale pour le développement du secteur des ÉTR au Canada. Après une série d'ateliers organisés par Ressources naturelles Canada (RNCan) en 2012 et 2013, les acteurs industriels ont compris l'intérêt de partager les difficultés techniques qu'ils rencontraient en développant des projets sur les ÉTR et de collaborer avec des experts.

Ces acteurs industriels se sont réunis à l'occasion du symposium dédié aux ÉTR lors de la conférence des métallurgistes 2012 (COM 2012), organisée par la société de la métallurgie et des matériaux (MetSoc) de l'ICM, afin d'approfondir les travaux de R&D et les tests en laboratoire d'installations pilotes menés par des développeurs de projet en complément des travaux actuellement effectués par des universitaires dans tout le Canada. Lors de l'événement, 44 publications préparées par des pairs de 9 pays ont été présentées. À l'occasion du second symposium organisé à Montréal dans le cadre de la COM 2013, 53 publications de 17 pays ont été présentées, dont 8 provenait de Chine. Ceci est venu confirmer que les échanges techniques et les partenariats entre le Canada et d'autres unions politiques et économiques nationales et internationales des États-Unis, d'Union européenne (notamment d'Allemagne et du Royaume-Uni) et de Corée du Sud commencent à apparaître. Le programme du symposium dédié aux ÉTR lors de la COM 2014, qui se tiendra à Vancouver cet automne (du 28 septembre au 1er octobre), continuera de s'appuyer sur la réputation et les connaissances du Canada.

Le CREEN a organisé son premier atelier technique à Ottawa mi-juin pour « retrousser ses manches ». Des chefs de file techniques membres du réseau ont participé à l'événement, et les organisateurs ont invité des universitaires et ingénieurs spécialisés pour établir l'ordre de priorité de certaines questions, des études de solutions et des programmes d'essais, y compris des commandites spécifiques.

Au total, 21 projets ont été identifiés, lesquels ont ensuite été triés pour n'en garder qu'une demi-douzaine dédiés à la séparation des ÉTR, la production de réactifs et la gestion environnementale. Les participants à l'atelier ont soulevé des questions spécifiques et évoqué les travaux possibles qui doivent être menés, puis ont défini les étapes de réalisation des projets et les budgets. À l'heure où j'écris cet article, le sous-comité technique du CREEN affine les définitions des projets et tente de trouver des commandites pour les projets ainsi que pour le financement de la R&D.

La demande mondiale en technologies propres et nouvelles et en ÉTR qui permettent de les développer augmente à un rythme soutenu. Le CREEN et l'initiative des membres de son réseau contribueront à trouver des solutions techniques et économiques qui peuvent réduire les coûts d'exploitation et en capital de la production des ÉTR nécessaires, et assurer au Canada qu'il les commercialise rapidement.

Ian London
Ian London est le président du CREEN et il a joué un rôle prépondérant dans sa formation en milieu d'année 2013. Il est également conseiller en développement des marchés et en énergie chez Avalon Rare Metals Inc. Tout au long de sa carrière de 40 ans, il a occupé les postes de président et directeur général d'Ontario Hydro International et de directeur général de Process Products Ltd., et faisait partie des conseils d'administration de plusieurs sociétés spécialisées dans les technologies et les énergies de substitution. M. London a également présidé le symposium sur les terres rares lors des conférences COM 2012 et COM 2013.

Traduit par Karen Rolland


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