mai 2014

Kathleen Rice

Une pionnière dans les régions sauvages du Manitoba

Par Jen Glanville

Kathleen_Rice Du haut de ses 1,80 mètre avec des cheveux blond doré, Kathleen Rice tourne le dos à une vie de privilège en Ontario pour devenir prospectrice minière dans le nord du Manitoba | St. Marys Museum, St. Marys, Ontario 

Kathleen Rice, une femme dotée d'une beauté naturelle et vivant dans le confort, rejette l'existence marginalisée offerte aux femmes canadiennes au début du XXe siècle pour partir vivre dans les régions reculées du pays. Ses découvertes de minéraux dans le nord du Manitoba lui valent le titre de première prospectrice minière du Canada.

Mme Rice naît en 1883 dans une famille nantie à St Marys, en Ontario. Son grand-père, un avant-gardiste, est le fondateur d'un établissement d'enseignement supérieur pour femmes à Hamilton. Le père de Mme Rice rêve d'explorer les frontières mais sacrifie ses aspirations pour devenir enseignant. L'importance de l'éducation inculquée à Kate Rice la mène à exceller dans le domaine des mathématiques à l'université de Toronto, et elle décide de suivre la trace de son père en devenant enseignante.

Après l'obtention de son diplôme, Mme Rice occupe divers postes en tant que professeur de mathématiques, en Ontario initialement, puis dans l'ouest du pays. Du fait qu'elle enseigne une discipline « masculine », elle se décrit comme « [étant] constamment confrontée au sentiment qu'[elle] ne devrait pas se trouver là. » En vacances dans les Rocheuses canadiennes, après un passage pour enseigner à Yorkton, en Saskatchewan, Kate Rice prend alors une décision qui va à tout jamais changer le cours de sa vie. Est-ce l'air de la montagne qui lui ouvre l'esprit, ou l'horizon sauvage qui l'attire ? Quoi qu'il en soit, elle décide de mettre un terme à sa carrière d'enseignante.

Mme Rice souhaite acheter une propriété près de Le Pas, dans le Manitoba, mais à cette époque, les femmes n'ont pas le droit d'être propriétaires. Pour parer à ce problème, c'est son frère qui signe l'acte nécessaire en son nom en 1913. Les frères Mosher découvrent de l'or près du lac Beaver à cette époque, ce qui déclenche un véritable intérêt pour la prospection. Kate Rice commence à étudier les évaluations des ressources minérales ; elle se lie d'amitié avec des autochtones et étudie avec ferveur la géologie, devient chasseur et trappeur, et on dit même qu'elle parle le cri. Les Cris la surnomment « Mooniasquao », littéralement la « femme blanche ».

En mars 1914, Kate Rice fait appel aux services d'un guide autochtone et de ses chiens de traîneau, et se lance alors dans sa première aventure de prospection. Ils se rendent au lac Beaver et continuent jusqu'au lac Reindeer, puis atteignent enfin Brochet à la fin de leur périple de 452 kilomètres. Là-bas, Kate Rice découvre des indices de zinc, mais aucune concession n'a encore été jalonnée.

L'année suivante, Mme Rice entame un périple en solitaire. Un ami de Chicago lui fait une avance pour ces activités de prospection. Elle jalonne des concessions d'or et de métaux communs près du lac Beaver, et envoie des notes ainsi que des photos de son aventure à son ami. Elle chasse du gibier pour se nourrir et vend des fourrures afin d'acheter les matériaux dont elle a besoin pour se construire une cabane en rondins.

C'est à cette époque qu'elle rencontre Dick Woosey, un vétéran à la charpente imposante et aux cheveux noir charbon, qui a fait la guerre des Boers et est venu s'installer avec sa femme au Canada. Dès leur arrivée cependant, cette dernière ne se fait pas à l'idée de vivre dans les bois et s'en retourne aussitôt en Angleterre. M. Woosey et Kate Rice font connaissance peu de temps après, mais leur union reste fondée sur un simple partenariat commercial, et ce même après que Kate Rice emménage dans la cabane de M. Woosey au lac Chisel. Pour les voisins, ces deux individus forment un couple, mais Kate Rice n'évoque à aucun moment une quelconque intimité entre eux. En visite chez ses parents, elle ne révèlera d'ailleurs jamais son mode de vie aux journalistes du Toronto Star qui la harcèlent en raison de sa renommée locale.

Dans les années qui suivent, Mme Rice et M. Woosey se rendent dans le Nord-est jusqu'au lac Herb. D'autres prospecteurs ont déjà jalonné les bords du lac, mais quelques concessions abandonnées dans la région attirent l'attention de Kate Rice. En 1920, elle s'installe sur Assessment Island, ensuite rebaptisée Rice Island (l'île de Rice). D'après la légende, alors qu'elle se tenait sur le bord du lac, Mme Rice a vu un arc-en-ciel plonger dans l'île et, à l'aide d'une méthode innovante d'essai à la perle de borax, a pu confirmer la présence de cuivre. En 1928, elle organise le forage, et les ressources en cuivre se révèlent être considérables. Kate Rice découvre ensuite du nickel et forme la Rice Island Nickel Mining Company ; peu de temps après, elle découvre du vanadium, ce qui lui vaut le respect de tous car c'est la première fois qu'un prospecteur découvre ce métal dans la région.

Mme Rice espère pouvoir faire forer ses concessions de l'île à la recherche de diamants, pour lesquelles on lui offre 500 000 $. Elle en demande cependant 1 million $ et l'acheteur se rétracte. Au final, Mme Rice ne percevra que 20 000 $ pour ces concessions. Alors qu'un conflit juridique entre Mme Rice et M. Woosey ainsi qu'un troisième partenaire concernant les droits de propriété des concessions les mènent devant les tribunaux, la société Inco achète le bail en 1958 à Mme Rice pour la somme de 20 000 $, à la suite de quoi elle liquide sa société Rice Island Nickel Mining Company. La société Vale, qui rachète Inco en 2006, détient encore le bail de l'île Rice, et d'après les récits, ce serait les concessions de Kate Rice qui auraient attiré Inco dans la région en premier lieu.

Le décès inattendu de M. Woosey dans les années 1940 laisse Mme Rice seule dans cette aventure. Elle restera sur son île à jardiner, prospecter et écrire des articles pour le Toronto Star Weekly ainsi que pour des revues scientifiques. Elle s'éteint en 1963 et est intronisée au Temple de la renommé du secteur minier canadien en 2014.

Traduit par Karen Rolland

Accueil

Publier un commentaire

Commentaires

Version PDF