mars/avril 2014

Le gouvernement surprend le monde en poursuivant son interdiction d'exportation de minerai

Par Herb Mathisen

L'un des plus importants pays de l'Asie du Sud-est en termes d'exploitation minière cherche sérieusement à mieux tirer profit de ses ressources minérales, et les sociétés minières prennent des mesures pour y réagir tant bien que mal.

L'attente a été longue, mais l'interdiction sur l'exportation de minerai en Indonésie est finalement entrée en vigueur le 12 janvier dernier, bloquant essentiellement les chargements sortants de la plupart des minerais non transformés. Les restrictions étaient clairement expliquées dans la loi sur l'exploitation minière de 2009, adoptée dans le but de favoriser le raffinage, la transformation et la fusion à l'échelle locale. Toutefois, au cours des cinq années précédant l'interdiction, peu s'attendaient à ce que le gouvernement respecte sa promesse, et aucune usine n'a été bâtie.

« Tout le monde savait ce qui allait se produire dans cinq ans, mais pour être honnête, personne n'y croyait vraiment », déclarait Jessica Fung, analyste en produits de base à BMO Marché des capitaux. « C'est vraiment incroyable qu'il y ait eu tant de sceptiques, nous y compris, jusqu'à la dernière minute. »

En partie en raison de l'inaction, le gouvernement a accordé une certaine souplesse dans le cas de quelques exportations. Pour le minerai de fer, le plomb, le zinc, le manganèse, le titane et l'ilménite présentant un niveau de pureté en dessous d'un certain seuil, une taxe à l'exportation de 20 % sera appliquée aux cargaisons (la taxe est de 25 % pour les concentrés de cuivre). Elle augmentera ensuite à 60 % en juillet 2016, et l'interdiction totale entrera en vigueur en 2017 pour les minerais non transformés. Les minerais de nickel, de charbon, d'or et d'argent ne font toutefois pas partie de cette exemption.

La société Freeport-McMoRan de Phoenix, propriétaire de la gigantesque mine Grasberg, retardera l'exportation de 40 millions de livres de cuivre et de 80 000 onces d'or par mois alors qu'elle coordonne l'expédition pour s'adapter à l'unique fonderie de cuivre du pays et attend des précisions pour savoir si oui ou non, l'interdiction enfreint son contrat avec le gouvernement indonésien. Newmont a quant à elle limité les directives à sa mine de cuivre de Batu Hijau en réponse à l'interdiction. Dans ses dépôts à la SEC, la société a indiqué qu'elle avait entamé des discussions avec le gouvernement pour vérifier si les nouvelles règles contrevenaient à son contrat de travail. Newmont admet dans son rapport 10-K que si le gouvernement indonésien décide que l'interdiction a préséance sur son contrat, cela « pourrait entraîner l'échec de l'obtention d'un permis d'exportation et avoir des répercussions éventuelles sur les usines en service à Batu Hijau ».

L'interdiction nuit assurément aux exploitants travaillant en Indonésie, mais selon la sévérité, et la durée, de son application, elle pourrait aussi avoir des conséquences à l'échelle mondiale. Les producteurs et les promoteurs de projets de nickel, par exemple, ont raison d'être alarmés, même si le prix a à peine augmenté après la mise en vigueur de l'interdiction, passant lentement en février de 6,21 $ à 6,60 $ la livre.

« On retire 20 % de l'approvisionnement minier mondial, et cela n'a absolument aucune conséquence sur le prix », déclarait Andrew Mitchell, analyste principal en nickel chez Wood Mackenzie, lors d'une présentation au congrès de la PDAC à Toronto au début du mois de mars. Il explique que cette réaction modérée est due au fait que l'Indonésie a répondu à la demande d'une grande partie de la production croissante de fonte brute de la Chine ces dernières années, et qu'en prévision de l'interdiction, la Chine a fait des réserves de nickel non transformé. Par exemple, la Chine a importé 6 120 110 tonnes de minerai de nickel d'Indonésie en janvier 2014 (une augmentation de 54 % par rapport à l'année précédente) sur des importations totales de 7 269 431 tonnes, selon les statistiques publiées par l'administration générale des douanes chinoises.

Cependant, au fur et à mesure que les stocks de 20 millions de tonnes métriques de minerai mouillé s'écoulent et en supposant que l'interdiction reste en vigueur, M. Mitchell s'attend à ce que le prix du nickel commence à augmenter à la fin de l'année 2014. Bien qu'il s'attende à ce que la Chine investisse massivement dans la construction d'usines de nickel en Indonésie, il prévoit que le nickel passera à 11,20 $ la livre à long terme, en fonction d'un prix d'incitation visant à mettre en place de nouveaux projets pour satisfaire la demande.

Un de ces projets est Dumont, de Royal Nickel, dont le chef de la direction par intérim Mark Selby a fait la promotion auprès de partenaires de mise de fonds et d'enlèvement possibles durant un récent voyage en Asie. Située en Abitibi, au Québec, Dumont pourrait se classer au cinquième rang des plus grandes mines de sulfure de nickel au monde, et la société espère avoir tous les permis nécessaires en main d'ici fin 2014. À la fin du mois de février, M. Selby a affirmé que les usines japonaises subissaient déjà les répercussions de l'interdiction. « On compte trois usines de ferronickel au Japon, et 45 % de leur approvisionnement vient de l'Indonésie ; ils vivent actuellement assez mal les implications de cette interdiction. Ils tentent de trouver du minerai pour leurs usines. »

Les usines japonaises et chinoises pourraient se tourner vers les Philippines, mais MM. Mitchell et Selby pensent que ce pays ne pourrait combler que 10 à 20 % de la demande chinoise. « Ils ne disposent pas des teneurs qu'offre l'Indonésie », expliquait M. Mitchell. « Personne ne peut remplacer l'Indonésie. »

À la BMO, Mme Fung indiquait que certains événements pourraient encore influencer l'interdiction, dont les élections du pays en juillet. « À bien des égards, les élections imminentes les motivent à maintenir leur point de vue sur le sujet et l'interdiction en tant que telle. Ils veulent montrer qu'ils peuvent produire une valeur à long terme et des emplois pour leur peuple. Les conséquences négatives seront de courte durée. »

M. Selby avance toutefois que l'interdiction commence déjà à avoir l'effet souhaité. Le partenaire chinois de Royal Nickel, Tsingshan, bâtit actuellement une fonderie en Indonésie dont la capacité sera de 300 000 tonnes par an. « Il s'agira de la première usine à échelle raisonnable en service » lors de son ouverture début 2015, expliquait-il, ajoutant que Tsingshan organise actuellement le financement qui servira à bâtir une deuxième usine. « Si (les autorités indonésiennes) changent d'avis à ce moment-là, tout sera interrompu ».


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Traduit par SDL

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