août 2014

Le Canada perd un pionnier

Gerald Hatch a créé l'une des plus grandes sociétés d'ingénierie métallurgique et d'exploitation minière

Par Alexandra Lopez-Pacheco

Gerald (ou Gerry) Hatch, l'un des ingénieurs et dirigeants les plus innovants de l'industrie métallurgique, est décédé le 9 juin 2014, un mois à peine avant son 92e anniversaire. Bien que son décès ait été passé sous silence par les principaux médias grand public, il s'agit d'une grande perte pour le Canada et son industrie minière. D'après toutes les personnes qui le connaissaient, M. Hatch avait beau être un géant dans sa carrière professionnelle, il avait su rester modeste, doux et remarquable.

« Gerry avait une force de caractère telle qu'elle lui a permis d'atteindre des sommets dans sa vie personnelle et professionnelle », expliquait Kurt Strobele, président actuel du groupe de sociétés Hatch, la société d'experts-conseils en ingénierie fondée il y a 59 ans par Gerry Hatch qui, à l'heure actuelle, emploie plus de 11 000 employés dans 65 bureaux sur 6 continents.

« Il a été à l'origine de nombreux développements dans le domaine de l'ingénierie au Canada, notamment en métallurgie », déclarait Gord Irons, directeur du Steel Research Centre de l'université McMaster. M. Hatch travaillait avec Falcondo en République dominicaine dans les années 1970 ; il avait conçu une usine commerciale innovante qui a révolutionné le rendement en matière de production de ferronickel. Il a co-breveté deux caractéristiques de conception des fours de fusion électrique qui ont depuis été intégrées dans les activités technologiques de Hatch en matière de générateurs de chaleur, de même que beaucoup d'autres innovations.

M. Hatch a en outre contribué à la durabilité de l'industrie des mines et des métaux en dirigeant les programmes de réduction des émissions de dioxyde de soufre pour Inco et Falconbridge à Sudbury, en Ontario, et pour Noranda Mines à Noranda, au Québec. La conception de M. Hatch a permis de collecter et de convertir le dioxyde de soufre en acide sulfurique commercialisable. Ces projets ont considérablement réduit les pluies acides provoquées par l'affinage des métaux dans l'est du Canada.

M. Hatch a quitté son poste de président de la société en 1988 et de président et directeur général en 1990, mais la structure qu'il avait créée pour Hatch continue à ce jour d'avoir un impact positif sur ses employés tout en jouant un rôle intégral dans sa réussite persistante. Gerry Hatch, qui associait la clarté de l'esprit d'un ingénieur à une passion pour l'impartialité et l'éthique, avait développé un modèle de société gérée et détenue à 100 % par ses employés. « Il l'a établi de manière à ce qu'au moment de la retraite, les employés se séparent de toutes leurs actions. Il en a fait de même lorsqu'il a pris sa retraite », expliquait M. Irons. « Les personnes qui dirigent la société sont les plus impliquées dans sa réussite, aussi il a véritablement laissé un héritage exceptionnel aux personnes souhaitant contribuer à son succès. La société a pratiquement toujours généré des profits ; et durant les périodes de récession où des licenciements étaient inévitables, il a fait son possible pour réduire l'impact sur ses employés. Il leur demandait de travailler trois ou quatre jours par semaine, ou les réembauchait dès que les affaires reprenaient, mais il a toujours essayé de faire de son mieux pour ses employés. Il connaissait aussi bien le côté ingénierie que les côtés affaires et humain. »

M. Strobele le décrit ainsi : « Gerry a créé une société possédant des bases solides qui reposaient sur une culture axée sur l'innovation, l'excellence et l'intégrité et qui ont engendré la réussite de ses employés et profité à nos clients et à la société dans son ensemble. »

M. Hatch, membre de l'ICM, était un philanthrope engagé et il soutenait la recherche et l'innovation dans des universités telles que McGill et McMaster. Il a également fait des dons aux hôpitaux Princess Margaret et Trillium, entre autres. Tout au long de son existence, M. Hatch a honoré son engagement vis-à-vis de l'encadrement et du développement de la prochaine génération d'ingénieurs à Hatch Ltée, et a adhéré à des conseils consultatifs tels que les conseils consultatifs du doyen pour les universités McGill, McMaster, Queen et de Toronto. Il a instauré les bourses d'études Gerry Hatch, accordées à 12 étudiants chaque année dans les régions dans lesquelles Hatch menait des activités, à savoir l'Australasie, les Amériques, l'Afrique et l'Europe.

« Nous savons tous que Gerry était un esprit très pointu et analytique, et mettait tout le monde au défi de faire des recherches, de connaître les faits et de bien les articuler », déclarait M. Strobele à l'enterrement de M. Hatch. « Gerry était aussi à l'écoute de son entourage. Il ne se contentait pas de répondre à ce qu'il avait entendu mais il allait plus loin en réagissant aux préoccupations, peurs ou émotions qu'il percevait chez quelqu'un. C'était un excellent guide et un modèle pour nous tous. »

Traduit par Karen Rolland

Points forts de sa carrière

1958 M. Hatch devient président de W.S. Atkins & Associates Ltd. à Toronto. Avec seulement cinq employés, il développe des projets avec Stelco, QIT, Falconbridge et Noranda et des travaux de creusement de tunnels pour la Toronto Transit Commission (TTC, la société de transport de Toronto).

1964 Il achète la société, établit le modèle de parts d'actions détenues par les employés et la renomme Hatch Ltée.

1988 Il quitte son poste de président de la société.

1990 Il quitte son poste de président et directeur général de la société.

1997 M. Hatch collabore avec le Canadian Institute for Advanced Research (CIFAR, l'institut canadien pour la recherche avancée) et aide à créer le laboratoire d'isotopes stables G.G. Hatch à l'université d'Ottawa.

1997 Il devient membre de l'Ordre du Canada.

1998 Il est intronisé au Temple de la renommée du secteur minier canadien.

2011 Il est intronisé au Panthéon canadien des sciences et du génie.

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