septembre 2013

Lettre du rédacteur en chef

Choisir son camp

Par Ryan Bergen

Il y a quelques temps, un dossier de presse a atterri sur mon bureau. Il s’y trouvait un livre dans lequel l’auteur satirisait vertement ceux qui sonnent l’alarme au sujet des changements climatiques et ridiculisait la promesse des énergies renouvelables. Le livre affichera un franc succès si l’intention de l’éditeur était de réchapper un argument qui a fait son temps et d’aliéner tout le monde à l’exception des anticonformistes convaincus au sujet des changements climatiques et des champions du statu quo. J’ignore pourquoi on m’a envoyé ce livre. On pouvait présumer que nous avions des enjeux dans cette ligne de pensée, probablement parce que CIM Magazine traite des ressources non renouvelables.

Une approche de statu quo, par contre, ne mènera personne très loin dans le secteur minier.

C’était le message que le PDG d’Anglo-American, Mark Cutifani, a transmis lors du Congrès minier mondial qui a eu lieu à Montréal le mois dernier. Il a incité ses pairs à prendre les risques nécessaire à une planification à long terme, afin de maintenir leurs entreprises et leurs opérations viables.

Il n’y a pas de meilleur exemple de prise de risques que la décision audacieuse que la mine de diamant Diavik a mis de l’avant en utilisant l’énergie éolienne à sa mine souterraine dans les Territoires du Nord Ouest. Il y a quelques années, une courte saison de transport routier par route de glace a contraint les exploitants à expédier du carburant diesel par avion au camp à un coût très élevé. Ceci a tranché le débat sur les risques que constituent les changements climatiques pour cette exploitation. L’entreprise s’est engagé à investir 31 millions de dollars pour construire un parc éolien afin d’alléger la demande de carburant diesel. Dans le récit, « Dans le vent » , notre rédacteur aux informations et natif des Territoires du Nord Ouest, Herb Mathisen, décrit lors de sa visite à la mine, les pénibles leçons que les équipes d’exploitation ont apprises et la nature des progrès constants qu’ils ont réalisés depuis qu’ils ont commencé à utiliser l’énergie éolienne l’automne dernier.

Malgré les succès obtenus, le parc éolien ne répond qu’à 10 % des besoins énergétiques de Diavik. Le carburant diesel compte pour le restant des besoins énergétiques de la mine.

En réalité, pour Diavik et pour un grand nombre d’exploitations dans le monde entier, il existe un rapport symbiotique entre les sources d’énergie renouvelables et non-renouvelables. Ni ceux qui nient l’existence des changements climatiques, ni les écologistes militants n’apprécient cette nuance, les derniers ayant décrit l’exploitation des sables bitumineux du Canada comme une apocalypse climatique potentielle plutôt qu’une pièce de notre problématique énergétique.

L’industrie des sables bitumineux a par ailleurs démontré qu’elle ne se contentait pas de faire du surplace pendant que les groupes d’intérêts des deux côtés de la querelle sur les changements climatiques définissent leur image publique. Pierrick Blin et Antoine Dion-Ortega décrivent en détail l’évolution de l’identité publique des sables bitumineux dans « La pression de performance » et le rôle actif que l’industrie et ses représentants ont joué pour modifier le sentiment du public sur ce que sont les sables bitumineux.

Je conserve ce livre, dont la couverture arbore une joyeuse image d’ours polaires se baladant et de turbines éoliennes, sur l’appui de ma fenêtre. Il s’agit d’un rappel utile que l’éditeur du livre ainsi que plusieurs autres tiennent pour acquis que l’industrie minière se trouve du mauvais côté de l’histoire, et que nous ferions tous bien de prouver le contraire.

Ryan Bergen
Éditeur en chef
editor@cim.org
@Ryan_CIM_Mag

Traduit par SDL

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