septembre 2013

Financement

Rationnement du capital dans des périodes difficiles

Par Mauro Chiesa

Le secteur minier fait aujourd’hui face à une nouvelle situation. Les récessions précédentes mettaient en cause un secteur déficient et des marchés de capitaux vigoureux, mais aujourd’hui, on voit la situation inverse. De plus, les marchés de capitaux sont dominés par les investisseurs institutionnels orientés sur les dividendes et à qui les projets improbables ou la baisse de 43 milliards de dollars de la valeur des actifs du secteur, en une seule année, n’ont pas l’heur de plaire. Ces facteurs exercent des pressions sur de nombreuses jeunes entreprises d’exploration et de forage qui, soutenues par les actions accréditives, sont habituées de dépendre des fonds propres à risque et d’éventuels acheteurs.

En conséquence, les sociétés productrices et non productrices doivent réévaluer et rationaliser leurs ressources pendant que les marchés de capitaux démontrent une aversion pour le risque. Elles doivent toutefois garder à l’esprit que cette érosion de capitaux va étouffer beaucoup de nouveaux apports futurs, et d’ici la moitié de la décennie, toute entreprise survivante connaîtra la prospérité pendant des années à venir. Dans la plupart des récessions, la solution pour les sociétés consiste à gérer prudemment les actifs : plus elles font preuve d’engagement et de discipline au chapitre des capitaux propres, meilleures sont les conditions imposées par les investisseurs. La société doit se mettre dans les souliers des investisseurs.

Au départ, comme de nombreux conseils d’administration ont un penchant marqué pour les aspects techniques, la composition du conseil d’une société devrait réunir un éventail de compétences pour couvrir diverses préoccupations stratégiques, dont le développement direct et les ventes d’actifs. La direction devrait aussi inclure une pratique de gestion interne soutenue par des systèmes logiciels pour la prise de décision. De plus, les problèmes complexes ne doivent pas être traités en silos. La complexité dépasse la simple géologie; elle inclut les coûts en capital, le risque politique, les questions fiscales, le fonds de roulement, les permis, les ressources humaines, les investissements de maintien et l’infrastructure, plusieurs étant sous-estimés. On peut certes installer un logiciel pour gérer ces questions, une dépense dans les cinq chiffres, mais une réunion régulière avec les divers chefs de groupes internes ne coûte rien et est inestimable.

Avec des idées réalistes et pragmatiques, de nombreux projets peuvent générer du capital pendant un repli des marchés. Les sociétés devraient établir tous les frais de trésorerie de leurs divers biens miniers et mettre l’accent sur les flux de trésorerie disponibles au lieu de meilleurs taux de rendement internes, du rendement des capitaux propres ou de la récupération. Pour les marchés, les flux de trésorerie disponibles sont synonymes d’auto-suffisance et de capacité à verser des dividendes. Au départ, des flux de trésorerie disponibles modestes et constants peuvent être un atout pour les projets plus à risque et à taux de rendement interne lointain. Les sociétés devraient vendre ou remiser les biens qui ne tiennent pas le cap, particulièrement si une mine avoisinante est source de constantes préoccupations ou a un actif marginal à vendre. C’est un marché de rationalisation.

Les programmes de forage peuvent également en bénéficier. Auparavant, les programmes étaient axés sur la découverte de « l’El Dorado », mais parce que les marchés financiers recherchent la certitude, l’accent sur la hausse de réserves prouvées et de ressources mesurées comme pourcentage du total pourrait donner des résultats.

Les marchés ont une aversion pour les questions de permis. On ne peut pas y mettre de prix et ces questions comportent de triples coûts : les coûts de processus, les coûts politiques et l’escalade des dépenses en capital du fait du gonflement des budgets pendant ce processus. En commençant hâtivement un processus, et en incluant les autorités et les jalons visibles, on améliore les « réserves 3 P » : prouvées, probables et permises.

Les investisseurs recherchent encore la croissance, mais ils ont besoin de mieux suivre le déploiement des actifs dans les phases avancées du développement. Le besoin de jalons au chapitre de l’ingénierie et la validation de tiers devraient attirer ce marché. Une salle d’information améliorée et flexible est requise pour répondre aux besoins élargis des investisseurs institutionnels qui viennent maintenant dans divers créneaux : Les fonds de couverture et les participations de soutirage ont leurs propres besoins d’information.

Les nouveaux projets étaient auparavant axés sur les économies d’échelle pour assurer de faibles coûts à l’unité. Il faut maintenant repenser cette orientation. Avec la rareté des capitaux, une approche progressive peut être préférable pour attirer les capitaux restreints dans la phase initiale. L’infrastructure est souvent un actif sous-utilisé. Comme plusieurs mines se trouvent souvent dans la même région, regrouper les infrastructures (routes, alimentation, eau) laisse moins d’empreintes et la mise en commun avec d’autres utilisateurs peut être attrayante pour mettre des actifs à l’abri du bilan et réduire les coûts. La fragmentation joue de toute évidence un rôle pour améliorer l’effet de levier opérationnel et des capitaux.

Il existe d’autres options pour améliorer les flux de trésorerie disponible. Les bureaux situés dans les centres-villes n’attirent ni les affaires ni les capitaux, tandis qu’un emplacement à proximité d’un aéroport offre des économies et une productivité accrue en réduisant le stress des transports. Enfin, des promotions plus ciblées dans les salons miniers sont essentielles; elles sont une tradition qui vient de l’époque avant l’Internet. Les sociétés ont plutôt intérêt à améliorer leur site Web.


Mauro Chiesa cumule 33 années d’expérience dans le financement et les services-conseils pour les projets d’extraction et d’infrastructure, notamment auprès de banques multinationales à New York, du Groupe de la Banque mondiale à Washington, D.C. et d’Exportation et développement Canada, à Ottawa.

Traduit par SDL

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