Oct 13

Prêt à prendre son envol

Le point de vue d'un initié sur la forte croissance du secteur minier au Sénégal

Par Pierrick Blin et Antoine Dion-Ortega

En 1998, après avoir travaillé pendant 15 ans au Canada dans le secteur minier, Alioune Sarr est retourné vivre dans son Sénégal natal pour y poursuivre sa carrière. Il a accepté un poste au ministère des Mines, en tant que chef de la division du secteur minier et géologique, mise en service des projets. Comme ingénieur principal, Sarr surveille et soutient les projets miniers en les coordonnant du début à la fin. Il est un ingénieur minier depuis 30 ans.

ICM : Quels sont les projets importants sur lesquels vous travaillez actuellement?

SARR : Nous avons participé à l’acquisition d’Oromin et des concessions voisines par Teranga Gold, aux endroits où des gisements d’or ont été découverts. L’orpaillage non officiel nous tient également occupé dans la région de Kédougou, car nous tentons d’assurer une cohabitation ordonnée entre ce projet et les projets miniers avoisinants. Finalement, nous travaillons sur une étude relative au cadre de référence légal et institutionnel du secteur minier sénégalais.

ICM : Quel type d’activité minière se déroule actuellement au Sénégal?

SARR : Le Sénégal se divise en deux zones géologiques. Premièrement, il y a le bassin sédimentaire, qui contient du phosphate. Le Sénégal produit du phosphate depuis les années 1960. Taiba, une société bien connue ici, exploite ces gisements. La production de phosphate est entièrement traitée au Sénégal pour être transformée en acide phosphorique, puis exportée en Inde; jusqu’à 600 000 tonnes par année. D’autres gisements de phosphates ont également été découverts, comme le gisement de Matam dans le nord-est.

Nous avons également une abondance de calcaire qui approvisionne nos cimenteries. En plus de la cimenterie de Sococim, deux autres cimenteries sont sur le point d’ouvrir pour ajouter six millions de tonnes de ciment sur le marché et faire du Sénégal un exportateur.

Au sud-est de la région de Kédougou, on retrouve la structure géologique birrimienne, qui contient de l’or, des métaux lourds, des métaux rares, etc. Teranga Gold exploite la première mine productive de cette région et a produit 214 300 onces d’or en 2012 (p. 66). Il y a eu d’autres découvertes, comme la réserve d’or de 1,1 million d’onces d’Oromin et le projet de Bassari Resources. Il faut souligner que la région sud-est est située dans la même formation géologique qui a prouvé son potentiel au Mali. Cela nous a quelque peu aidé.

ICM : Pouvez-vous nous en dire davantage sur les perspectives du zircon du pays?

SARR : Le zircon est l’un des minerais lourds que l’on retrouve le long de la ceinture côtière, à teneur élevée d’environ deux pour cent. Le projet de Grande Côte, premier projet de zircon du Sénégal, est à la phase de construction. Il a été mis en œuvre par la société australienne Mineral Deposits Limited (MDL), qui l’a vendu à Tizir, une nouvelle société détenue à 50 pour cent par MDL et à 50 pour cent par la société française Eramet. Le projet produira environ 100 000 tonnes de zircon et 600 000 tonnes d’ilménite par année à compter de 2014.

ICM : Que fait le gouvernement pour soutenir l’effort d’exploration? Quel service offre-t-il?

SARR : Notre tâche consiste à dresser la liste des découvertes dans le secteur minier pour la recherche et l’exploration. En 2007, nous avons créé le programme d’appui au secteur minier (PASMI); le programme visait initialement les études géophysiques aériennes. Nous avons produit des cartes géophysiques et des cartes magnétiques pour l’exploration. En 2008, nous avons également mis en place le centre de documents et de registres des droits miniers (CDMC), dont le mandat est de numériser les ressources minérales au Sénégal. À l’époque coloniale, le pays a centralisé toutes les juridictions fédérales à Dakar, alors tous les documents se trouvent au même endroit. Nous avons déjà numérisé environ 100 000 documents. Nous aurons une énorme base de données de renseignements grandement utiles à l’industrie. Finalement, nous avons créé un logiciel de géographie qui nous aide à gérer les ressources minérales du pays.

ICM : Quels sont les éléments les plus importants du code minier?

SARR : Nous travaillons toujours avec le code de 2003, qui est bien détaillé sur notre site Web et concerne principalement les incitatifs fiscaux. Nous n’exigeons rien à l’étape de l’exploration, période qui peut s’étirer jusqu’à neuf ans. En ce moment, nous menons également une étude sur le cadre de référence réglementaire et le renforcement institutionnel du ministère des Mines. Nous réalisons une évaluation de l’ensemble du secteur afin d’élaborer un nouveau code minier.

ICM : Comment le Sénégal se compare-t-il aux autres pays de la région?

SARR : On dit que le Sénégal est la porte d’entrée de l’Afrique. Comparé aux autres pays, le pays jouit d’une stabilité politique, d’un accès à la mer et d’une démocratie qui permet la mise en œuvre de nombreux projets. Depuis 2000, l’Agence de promotion des investissements et grands travaux (APIX) informe les entreprises des occasions d’affaires au Sénégal. Finalement, nous avons un code minier très attrayant.

ICM : Quelle est votre stratégie pour les années à venir? Quels sont vos principaux défis?

SARR : De nombreuses nouvelles infrastructures sont sur le point d’être mises en place, dont le nouveau terminal minier situé à environ 40 kilomètres de Dakar et le port de Bargny à Sendou, qui recevra les marchandises du secteur minier destiné à l’exportation. En ce qui a trait au transport jusqu’au port, nous devons remettre en état le chemin de fer Dakar-Bamako qui traverse le pays. Nous devons également construire des nouvelles lignes, comme le chemin de fer Matam-Tambacounda.

ICM : Comment entrevoyez-vous l’avenir de l’exploitation minière au Sénégal?

SARR : Compte tenu du grand nombre de projets d’exploration en cours, il y aura de nouvelles découvertes. Le Maroc possède de grandes réserves de phosphate, connues uniquement parce que l’ensemble du territoire a fait l’objet d’études intensives. Au Sénégal, nous n’avons pas encore exploré le tiers du bassin sédimentaire. On peut donc croire qu’il y aura beaucoup d’autres découvertes.

Dans les formations du Sud-Est, il y a beaucoup d’occasions d’investissement, particulièrement pour l’or. Des nouveaux projets d’infrastructures, comme le port et la mise en œuvre d’un nouveau code minier, favoriseront davantage le développement du secteur. En ce qui concerne les métaux rares comme le lithium, nous devons examiner les indices intéressantes observées. Finalement, le gouvernement reprendra bientôt les discussions avec ArcelorMittal pour que la société redémarre son projet de minerai de fer.

Je crois que les conditions sont réunies pour que notre secteur minier prenne un nouveau départ.

Traduit par SDL

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