novembre 2013

Parmi les géants

Les partenariats maintiennent leur dynamique, selon Dean Journeaux de la société New Millennium Iron

Par Vivian Danielson

Dean Journeaux et Bob Martin, aux côtés des autres fondateurs de LabMag Mining Corp. (LMC), ont acquis des concessions minières dans les régions du Labrador et du Québec en 2002, et se sont lancés dans l'industrie du minerai de fer. Le moment était bien choisi ; en effet, ceci s'est produit peu de temps avant que les marchés ne s'améliorent, motivés par la demande des marchés asiatiques émergents. Aujourd'hui connues sous le nom de chaîne ferrifère Millennium et détenues par New Millennium Iron Corp. (NML), ces acquisitions ont un potentiel énorme.

La société a démarré modestement, mais M. Journeaux, aujourd'hui président et chef de la direction de NML, a contribué au développement d'un partenariat stratégique avec la société Tata Steel Limited d'Inde, l'un des plus grands producteurs d'acier au monde et maintenant son plus important actionnaire. Ensemble, ils ont créé Tata Steel Minerals Canada Limitée (TSMC) afin de tirer partie du minerai expédié sans traitement préalable (DSO, aussi appelé minerai de fer à enfournement direct). En septembre, TSMC a célébré sa première expédition de produits du projet DSO de Sept-Îles au Québec à destination des usines européennes de Tata Steel, un événement important pour New Millennium. M. Journeaux et son équipe ont de grands projets pour la chaîne ferrifère Millennium qui s'étend sur 210 kilomètres, et qui devrait bien les occuper pour les années à venir.

L'ICM : Quel facteur a suscité votre intérêt pour cette opportunité et comment est-ce arrivé ?

M. Journeaux : Bob Martin [ancien président et chef de la direction] a réalisé que des concessions de minerai de fer étaient disponibles début 2002 dans la région de la fosse du Labrador, et il a fait équipe avec moi et quelques autres avec la conviction que les marchés du minerai de fer connaîtraient un jour une situation de crise. Nous avons créé une société à fonds commun d'immobilisations, NML, et avons commencé des études théoriques sur plusieurs projets avant de nous décider à qualifier le projet LabMag détenu par LMC [l'un des multiples gisements de taconite dans la chaîne ferrifère Millennium]. Nous étions conscients qu'il nous fallait un partenaire et avons entamé le débat avec des parties potentielles du monde entier avant de conclure notre accord avec Tata Steel. Notre équipe a une grande expérience en matière de minerai de fer. Nous connaissons le marché et les gisements. Nous nous estimons heureux de posséder ces connaissances étant donné la mauvaise tournure qu'avait pris ce secteur dans les années 1980 et 1990, laquelle avait engendré un grand vide au niveau de l'expérience dans ce secteur. Vous ne trouverez pas beaucoup de cinquantenaires dans ce secteur d'activités.

L'ICM : Pouvez-vous décrire votre relation avec Tata Steel, étant donné qu'elle fait partie intégrante de votre activité ? Y a-t-il quelque chose d'unique à travailler avec cette société ?

M. Journeaux : Lorsque nous nous sommes mis à la recherche d'un partenaire, nous nous sommes concentrés sur les utilisateurs à la recherche d'un approvisionnement captif. Nous savons bien que les grandes sociétés de minerai de fer préfèrent les corps minéralisés à haute teneur proches des marchés asiatiques. Les nôtres ont une moindre teneur par rapport à ceux du Brésil ou d'Australie ; ils sont plus durs et requièrent un broyage important, et nous nous trouvons à 600 kilomètres de l'océan. D'un autre côté, nous sommes plus proches de l'Europe et des États-Unis. Tata Steel nous correspondait bien car il s'agit du deuxième plus grand producteur mondial d'acier en Europe, mais elle ne dispose d'aucun approvisionnement captif en [minerai de fer].

L'ICM : Dans quelle mesure vos quatre décennies d'expérience avec d'autres sociétés et dans vos activités avec d'autres pays vous ont-elles servi pour New Millennium Iron ?

M. Journeaux : J'ai débuté chez la compagnie minière Québec Cartier (qui a aujourd'hui changé son nom en ArcelorMittal Mines Canada) puis j'ai travaillé pour MET-CHEM Canada, la filiale canadienne d'U.S. Steel, et j'ai travaillé partout dans le monde, notamment en Inde où j'ai vécu pendant quelques temps. J'ai pu apprendre beaucoup de choses sur l'industrie mondiale de l'acier, ce qui est un véritable atout.

L'ICM : Votre société a récemment annoncé sa première expédition de produits du projet DSO. Comment envisagez-vous le projet et la société dans cinq ans ?

M. Journeaux : La production de DSO pourrait atteindre un volume de six millions de tonnes par an d'ici 2015, voire peut-être huit millions de tonnes d'ici cinq ans. C'est notre objectif, et TSMC dispose des ressources nécessaires pour y parvenir. Les gisements de taconite [LabMag et KéMag] se trouvent en phase d'étude de faisabilité. Il s'agit d'un énorme projet d'une valeur estimée en 2010 à 5 milliards $, et peut-être plus aujourd'hui. Nous travaillons avec Tata Steel, qui a accepté d'injecter le plus gros du financement, et nous devrions publier une étude d'ici peu. Nous cherchons également d'autres partenaires pour aider à éliminer les risques et à organiser des accords d’enlèvement.

L'ICM : L'industrie du minerai de fer est dominée par des géants. Comment vous faites‑vous votre place en tant que petite société, et y-a-t-il un avantage à être perçu comme petite société, même au titre de producteur ?

M. Journeaux : Nous avons beau être une petite société, NML se place à peu près au cinquième rang dans le monde en termes de présence de minerai de fer dans le sol [dans la chaîne ferrifère Millennium], ce qui nous confère un grand avantage. Les grandes sociétés ont de grandes ressources et une production importante, mais un jour ou l'autre, elles n'auront plus de minerai. Nous avons un potentiel de survie d'une centaine d'années, voire plus, et c'est ce que les gens retiendront à long terme.

L'ICM : L'énergie et l'infrastructure sont des éléments essentiels pour ce projet, et certaines améliorations sont proposées ou en cours d'application, dont un quai en eau profonde à Pointe‑Noire. Pouvez-vous nous en dire plus ?

M. Journeaux : Ce nouveau quai en eau profonde pourra accueillir les plus grands navires parcourant nos mers actuellement. Dès que ce nouveau quai sera opérationnel, au début de l'année prochaine, nous pourrons expédier nos produits dans des navires plus grands et développer notre gamme d'expéditions. Nous [NML et Tata Steel] avons investi 50 millions $, soit environ 25 % des investissements totaux pour ce projet. En ce qui concerne l'énergie hydroélectrique, nous envisageons des propositions distinctes pour LabMag et Kémag ; nous n'avons pas encore déterminé laquelle des deux aura la priorité. Nous n'avons pas non plus discuté des prix, mais ne nous attendons pas à être traités différemment des autres utilisateurs.

L'ICM : Quelles relations avez-vous établi avec les communautés autochtones locales ?

M. Journeaux : Nous avons conclu notre premier accord avec la nation Naskapi pour investir dans les premières étapes du projet LabMag. Les Naskapis détiennent désormais 20 % de LabMag. Plus tard, nous avons aussi négocié quatre ententes sur les impacts et les avantages (EIA) pour le projet DSO, qui constituent une grande partie des emplois générés par le projet. Nous avons déployé beaucoup d'efforts et consacré beaucoup de temps aux Premières Nations et aux communautés locales, et sommes profondément engagés à promouvoir l'éducation pour les jeunes. Ainsi, notre relation est forte et fondée sur le respect.

L'ICM : Comment les marchés financiers ont-ils influencé votre société ?

M. Journeaux : Nous avons la chance d'avoir pu augmenter nos capitaux considérablement il y a deux ans, et d'avoir Tata Steel comme partenaire. La société se porte bien ; nous aurons à un moment donné besoin de financement pour les projets sur le taconite, et ne prévoyons pas dans un avenir proche de rejoindre le marché des actions.

L'ICM : Enfin, étant donné que le précédent exploitant du projet DSO avait été contraint de fermer en raison de la baisse des prix en 1982, la société est-elle compétitive sur le marché mondial ?

M. Journeaux : L'un de nos avantages est que nous produisons un produit de haute qualité contenant 69 % de fer pour le concentré de taconite, avec un contenu très faible en éléments délétères. La teneur naturelle en fer du DSO est de 58 ou 59 %, jusqu'ici expédié sans traitement. TSMC construit actuellement une usine de traitement afin d'atteindre une teneur de fer d'au moins 64,5 % pour répondre aux spécifications du marché. Un autre avantage réside dans notre potentiel à produire toute une gamme de boulettes de fer, dont des boulettes convenant à la réduction directe. Nous voyons se pointer une amélioration du marché des boulettes de haute qualité, notamment pour le fer de réduction directe, et l'envisageons comme notre créneau commercial.

Traduit par Karen Rolland

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