mai 2013

Le projet Azorian

Une opération secrète déguisée en projet d’exploitation minière durant la guerre froide

Par Correy Baldwin

Avril 1968, on observe des activités louches dans l’océan Pacifique Nord. La Marine américaine suit de près un large déploiement de navires soviétiques qui semblent effectuer des opérations de recherche au-dessus d’une route de patrouille fréquentée par les sous-marins soviétiques.

Lorsque les activités de recherche soviétiques prennent fin, les Américains envoient de Pearl Harbor leur propre sous-marin à la recherche de l’épave. Grâce aux enregistrements signalant une possible explosion dans la région au début de mars, les Américains arrivent à localiser l’épave du sous-marin soviétique K-129 au fond de l’océan, à environ 3 000 km au nord-ouest d’Hawaï.

Nous sommes en pleine guerre froide, et ce sous-marin soviétique représente un atout précieux pour les services de renseignements américains. Le sous-marin K-129 contient de toute évidence des torpilles nucléaires, des équipements, des livres de code et des machines à coder soviétiques. Le problème consiste à le récupérer sans attirer l’attention des Soviétiques.

La solution prend la forme d’une opération commerciale d’exploitation minière en mer appelée Projet Azorian.

Le projet est lancé lorsque la CIA communique avec le magnat de l’industrie Howard Hughes, qui accepte qu’on utilise son nom pour une opération de couverture. Howard Hughes possède la société Global Marine, une entreprise de forage extracôtier en eau profonde, à laquelle la CIA fait appel pour concevoir, construire et opérer un navire de récupération à la fine pointe de la technologie. De l’extérieur, ce bateau ressemble à un navire d’exploitation minière en eau profonde et ne devrait donc pas éveiller les soupçons des Soviétiques. On fait appel à la société Lockheed, un entrepreneur de la défense, pour construire les équipements nécessaires.

Les travaux sur le navire, le Hughes Glomar Explorer, débutent à la fin de 1972. Hughes informe les médias de son dernier projet concernant l’exploitation minière des nodules polymétalliques dans l’océan Pacifique.

L’idée est géniale. Il était reconnu que l’on pouvait trouver dans les fonds marins de l’océan Pacifique des nodules polymétalliques, environ à la même profondeur (environ 4 000 à 5 000 mètres) où reposait l’épave du sous-marin K-129. Ces petits nodules, composés de manganèse, de nickel, de cuivre, de cobalt et de terres rares, faisaient également l’objet d’un intérêt croissant, même si à cette époque leur exploitation minière représentait un défi impossible à relever. Seul un entrepreneur excentrique comme Hughes pouvait se permettre de financer une opération si extravagante.

Techniquement, l’exploitation minière des nodules polymétalliques consistait à descendre et à remonter un godet à partir d’une plate-forme à l’aide d’une série de tuyaux d’acier, et c’est ce que le navire Hughes Glomar Explorer semblait faire. Mais au lieu d’un godet, le navire de renflouage était équipé d’une immense pince puissante capable de saisir le sous-marin et de le remonter jusqu’à un gigantesque compartiment situé au milieu du navire.

Ce projet, au coût de 200 millions de dollars, fut l’une des plus coûteuses opérations de renseignements durant la guerre froide. Ce fut également, à 4 900 mètres de profondeur, l’une des opérations de renflouage les plus profondes jamais tentées.

La préparation du Hughes Glomar Explorer prend fin en 1974 et le navire arrive sur le site de renflouage durant l’été. Une fois la pince descendue, on lui fait agripper une section de 138 mètres de l’épave à laquelle la CIA portait un intérêt particulier. Malgré une planification méticuleuse, l’opération ne se déroule pas comme prévu. La pince mécanique fait défaillance durant le renflouage de la section et celle-ci se brise en morceaux, la plupart retombant au fond de l’océan. On parvient néanmoins à remonter une section de 38 mètres dans le navire.

On ne connaît pas vraiment tout ce qui a pu être récupéré dans cette section. La CIA a depuis longtemps reconnu cette opération secrète, mais elle s’est toujours refusée à formuler des commentaires concernant sa réussite. On a récupéré les corps de six membres d’équipage soviétiques, qui ont été inhumés en mer dans des cercueils métalliques en raison de leur radioactivité.

Le Hughes Glomar Explorer est resté inutilisé durant des décennies, mais on lui a récemment trouvé une nouvelle vocation en tant que navire de forage en eau profonde. En 1997, la société Global Marine Drilling loue le navire à la Marine américaine et le transforme pour l’adapter à sa nouvelle mission commerciale légitime.

L’exploitation minière des nodules polymétalliques est demeurée une activité économiquement irréalisable jusqu’à récemment. La société Lockheed Martin utilise maintenant les données obtenues durant le projet Azorian pour se lancer dans l’exploration minière en eau profonde, cette fois-ci au large de la côte pacifique du Mexique. C’est du moins ce que l’on prétend officiellement.

Traduit par SDL

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