mars/avril 2013

Un travail douloureux

Les mineurs sud-africains font preuve de créativité face à leur avenir incertain

Par Anna Reitman

Chacun faisait preuve de prudence à l’événement annuel African Mining Indaba, en février. L’événement présenté comme l’une des plus importantes conférences d’investissement minier a eu lieu au Cap, en Afrique du Sud, un pays dont le secteur minier a récemment subi de grandes perturbations.

À la suite des violences à la mine Marikana de Lonmin en août dernier, les pertes se sont accélérées sur le marché de l’investissement sud-africain et la Standard Chartered Bank rapporte une fuite de capitaux de 858,8 millions $ dans les mois de septembre et d’octobre, causée par la faible croissance économique et les conséquences des grèves. À l’heure actuelle, les producteurs les plus durement touchés sont ceux de platine et d’or, parmi lesquels Anglo American Platinum (Amplats), qui signale une baisse de production de huit pour cent d’équivalent platine raffiné par rapport à l’année précédente, causée principalement par les problèmes de main-d’œuvre.

Johnson Matthey, un fabricant de métaux du groupe du platine (MGP) en charge du raffinement et de la mise en marché pour Amplats, signale dans son rapport périodique du 1er octobre 2012 au 29 janvier 2013, une chute de sept pour cent des ventes de sa division des produits de métaux précieux pour atteindre 192 millions $ pour la période. D’après un rapport de l’entreprise, la baisse des volumes de production, notamment chez Amplats, a dépassé le bénéfice provenant de la légère hausse du prix moyen des MGP.

Le platine, dont l’Afrique du Sud est de loin le premier producteur mondial, connaît un parcours en montagnes russes depuis août 2012, passant d’environ 1 400 $ USD l’once à plus de 1 700 $ USD après les épisodes de violence de Lonmin, puis à 1 500 $ USD en décembre. Actuellement, le prix est soutenu par la hausse attendue de la demande, précise Robin Bhar, chef de la recherche sur les métaux à la Société Générale. Le prix du platine a connu un rebond pour atteindre environ 1 750 $ USD en début février, jusqu’à ce que les prévisions de croissance économique se gâtent dans le monde entier. Au début de mars, le cours au comptant du platine était d’environ 1 550 $ USD.

À la conférence Indaba, le premier conférencier David Humphreys, directeur de DaiEcon Advisors, a appris aux délégués que les pays riches en ressources se demandent de plus en plus comment tirer profit des minerais pour alimenter leur développement économique, alors même que la communauté des investisseurs réduit sa tolérance au risque et que l’industrie minière devient plus soucieuse des coûts.

S’adressant à CIM Magazine, M. Humphreys souligne que si les problèmes de main-d’œuvre en Afrique du Sud retiennent l’attention du monde, l’augmentation du coût d’emploi, l’incertitude politique, la pénurie d’électricité et le fardeau bureaucratique perdurent depuis bien avant Marikana. « L’Afrique du Sud a du mal à attirer l’intérêt des investisseurs quand les prix atteignent un sommet depuis plusieurs années maintenant », ajoute-t-il.

Les mineurs et les développeurs du pays entier s’attaquent à ces problèmes de différentes manières. Par exemple, Gold Fields s’est restructurée en cédant ses actifs mûrs à la nouvelle société Sibanye Gold. « Étant donné les problèmes politiques et de main-d’œuvre qui font les grands titres, certains des investisseurs de Gold Fields ne voudront pas être exposés à l’Afrique du Sud », prévient James Wellsted, chef des affaires générales chez Sibanye.

L’entreprise envisagera aussi de courtiser les investisseurs asiatiques. Le chef de la direction Neal Froneman provient de Gold One, une société minière dont 90 pour cent des parts ont été reprises par un consortium chinois. « Les importants actionnaires d’État chinois privilégient l’investissement à long terme et pourraient contribuer à réduire le risque politique », explique M. Wellsted.

Outre l’or et le platine, d’autres sociétés se retrouvent prises entre deux feux. DiamondCorp développe actuellement la mine Lace dans la province d’État-Libre. Le projet compte 14 millions de carats de diamants sous forme de kimberlite et de tailings, et DiamondCorp s’attend à entamer la production à partir des tailings au deuxième semestre de l’année.

« Nous avons une exploitation mécanisée à faible profondeur, alors nous n’avons pas connu les mêmes problèmes de main-d’œuvre que d’autres, mais il est clair que la situation a compliqué le ficelage de notre financement à long terme, car les investisseurs étaient inquiets », résume Paul Loudon, chef de la direction de DiamondCorp.

L’entreprise a profité d’accords de soutirage avec le joaillier Tiffany et de soutien de la société Industrial Development Corporation protégée par l’État, qui ont investi une part de 24 millions $ du financement total de 34,8 millions $, ajoute M. Loudon.

Des initiatives de ce genre semblent confirmer les énoncés du gouvernement sur le budget de l’Afrique du Sud : la meilleure façon d’augmenter les revenus fiscaux consiste à « augmenter le rythme de croissance de l’économie ». Mais avec un manque à gagner de 1,8 milliard $ causé par les arrêts de production dus aux grèves et par le bas prix de la marchandise, les observateurs se demandent comment le pays pourra maintenir son plan de développement qui vise à éliminer la pauvreté et réduire les inégalités.

Dans son rapport intitulé South Africa – Deficit Surprise, la Standard Chartered Bank souligne que la crainte d’un changement radical de la politique économique du gouvernement semble surfaite, ajoutant que la planification de dépenses conservatrices est caractéristique du budget : « Si des évaluations fiscales ont été promises, l’absence de toute mesure touchant l’impôt sur les sociétés minières dans les grands titres, malgré les attentes, mérite aussi d’être soulignée. »

Traduit par SDL

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