mars/avril 2013

Opérations

Parlons honnêtement des exploitations en longue taille

Par Antony Strickland

En tant que mineur d’expérience en exploitations en longue taille ayant travaillé sur des projets d’extraction de charbon en longue taille au Canada, en Chine et dans le monde entier, je sens qu’il est temps de dissiper certains mythes sur cette technique et de communiquer mon opinion sur l’importation demineurs chinois en Colombie-Britannique. Pour la communauté minière canadienne, trouver des mineurs d’expérience pour une exploitation en longue taille n’est pas la tâche la plus ardue. C’est plutôt la géologie du site et la logistique nécessaire à une exploitation en longue taille durable qui sont essentielles au succès d’une telle mine. On a déjà vu des échecs dans les exploitations en longue taille dans l’ouest du Canada sous gestion étrangère (britannique), dans un contexte géologique que les sociétés connaissaient mal, sur des sites exploités par des mineurs en longue taille importés. Ne répétons pas cette erreur.

Dans les zones montagneuses de l’ouest du Canada, peu d’endroits (voire aucun) présenteront une géologie propice à l’exploitation en longue taille. Les haveuses ont du mal à contourner les failles dont la largeur est supérieure à la moitié de celle de la veine. Le plafond et le sol sont souvent affaiblis par les forces tectoniques à l’origine des montagnes.

Même si l’on trouve un site adéquat, toute exploitation en longue taille ne pourra réussir que si l’on porte un grand soin à l’efficacité et aux meilleures pratiques. Une planification logistique bien détaillée est essentielle au succès de l’entreprise. Pendant qu’un panneau est en exploitation, le prochain doit être développé. Dès qu’un panneau est épuisé, l’équipement – y compris la haveuse, 300 mètres de convoyeur de taille, 200 unités de soutien et tout l’équipement électrique et auxiliaire – doit être désassemblé et transporté sur quatre kilomètres jusqu’au prochain panneau, puis assemblé de nouveau. Cette procédure exige une planification étroite et un équipement spécialisé pour le chargement et le transport de charges lourdes de grand volume, sur de grandes distances, et il faut porter une attention particulière au contrôle du toit tandis que l’on retire le soutènement hydraulique en taille. Aux États-Unis, cette procédure demande environ sept jours.

D’après ce que j’ai observé des exploitations en longue taille en Chine, que j’ai visitées à titre de conseiller technique en 2004, je doute fort que le transfert de l’équipement puisse s’accomplir en sept jours en toute sécurité. Aux mines que j’ai visitées dans la province de Heilongjiang, on n’utilisait qu’une seule entrée à chaque extrémité de la taille, ce qui fait qu’il était impossible de tenir les gaz « de remblai » à distance de la taille d’extraction. Aux États-Unis, la pratique courante consiste à percer trois entrées. En Chine, le réservoir d’huile des soutènements hydrauliques laissait la poussière pénétrer dans le système. J’ai vu quatre ou cinq poutres de soutènement hydrauliques hors service, en attente de remplacement. À l’endroit que j’ai visité, on ne comptait aucun géologue sur l’équipe d’ingénieurs pour 12 mines. La mécanique rocheuse n’était appliquée ni à l’extraction ni au contrôle du toit – elle était à peine comprise.

Enfin, pour régler la question des ouvriers chinois, évaluons la main-d’œuvre nécessaire pour les phases de longue taille et de développement : l’équipement de havage est facile à utiliser, il n’exige aucune force physique ni dextérité hors du commun. L’équipement ne peut être utilisé de la manière prévue, ce qui fait qu’il exige peu d’aptitude en matière de prise de décision. Aux États-Unis, une exploitation en longue taille moyenne compte 10 mineurs ou moins par quart de travail, superviseur compris. Les exploitations en longue taille n’exigent pas plus de 30 mineurs sur trois quarts de travail. J’estime que les mineurs canadiens ayant une expérience en environnement souterrain pourraient maîtriser ce procédé en une semaine. Sans compter le personnel de soutien et d’entretien, le développement d’un projet en longue taille moyen exige environ 48 mineurs, y compris deux unités de développement mécanisé, répartis sur trois quarts de travail par jour.

La plupart des mineurs canadiens peuvent se charger de ce travail, et il ne serait pas difficile de trouver des ouvriers qui maîtrisent l’équipement nécessaire. En outre, les lois de la Colombie-Britannique exigent que le directeur de la mine parle couramment l’anglais et connaisse la loi sur les mines de la province. Les employés doivent également être en mesure de lire et de comprendre les documents qui leur seront remis. L’inspectorat, la direction de la mine et les mineurs doivent aussi pouvoir communiquer entre eux.

La manière dont ces questions de sécurité pourraient être résolues n’a pas encore été abordée.


Antony Strickland a reçu sa formation dans le domaine minier au Royaume-Uni. Il est arrivé au Canada en 1967, où il fut tour à tour superviseur, directeur de mine et ingénieur de projet dans des mines de charbon des Rocheuses en Alberta et en Colombie-Britannique. Il s’est joint à Norwest Mining Consultants à Calgary en 1982 et a travaillé sur des projets en longue taille dans l’ouest des États-Unis, en Indonésie, en Australie et au Mexique. Il a pris sa retraite depuis.

Traduit par SDL

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