juin/juillet 2013

La chasse aux éléphants

Le géologue prospecteur Dan Wood dévoile les secrets de la prochaine génération de découvertes

Par Peter Braul

Dan Wood au sommet du mont Merapi, le volcan le plus actif et meurtrier d'Indonésie situé au centre de l'île de Java | Offert par Dan Wood

Pendant que les compagnies minières mettent en place des mines souterraines plus profondes et plus vastes, les géologues prospecteurs ressentent la pression de découvrir des gisements convenables. Dan Wood est un modèle pour les équipes prospectrices responsables de cette tâche intimidante. Au cours de sa carrière de 42 ans en prospection pour BHP et Newcrest, il a dirigé des équipes qui ont fait des découvertes spectaculaires, notamment ce qui est aujourd’hui l’exploitation Newcrest dans la vallée de Cadia, dans la province de New South Wales (Australie), composée d’une paire de mines souterraines productives. Maintenant officiellement retraité, M. Wood est heureux de transmettre ses connaissances. L’an dernier, à titre de conférencier d’honneur de la Society of Economic Geologists, il a abordé le sujet de la future découverte de gisements de minerai plus profonds. Actuellement, il agit comme administrateur indépendant de Highlands Pacific Limited, tout en étant membre de la commission consultative du centre W. H. Bryan Mining and Geology Research de l’université de Queensland, où il est professeur associé du monde industriel.

ICM : Pouvez-vous décrire la tâche de visualisation d’un gisement de minerai?

Wood : En fait, la découverte est un art. Elle se sert de la science, mais pour pratiquer cet art correctement, on doit allier une science précise et une pensée tridimensionnelle. Pour réussir cela, je garde toujours en tête une cible tridimensionnelle quand je me déplace. Vous essayez de toucher le centre de la cible, qui est le minerai. Autour du centre de la cible se trouvent plusieurs cercles, et chacun de ces cercles, si vous savez l’interpréter, peut vous indiquer l’emplacement du minerai. Quand vous vous rendez dans une région pour tenter d’y découvrir quelque chose, vos chances de creuser et d’atteindre directement le centre de la cible sont probablement plutôt minces. Par contre, s’il y a présence de minerai, vous creuserez probablement quelques trous dans un des différents cercles.

Ce genre de démarche convient normalement bien à un gisement de cuivre porphyrique – quoique j’aie aussi découvert un gisement de charbon par ce moyen –, car ces gisements peuvent être d’une largeur d’environ 500 mètres. Toutefois, l’influence de ce minerai sur la roche environnante peut atteindre plusieurs kilomètres. Donc, au lieu de rechercher un endroit mesurant par exemple 500 mètres par 500 mètres, vous recherchez possiblement une zone de deux ou trois kilomètres carrés.

ICM : Comment peut-on trouver les gisements de minerai qui deviendront les mines souterraines à grande échelle du futur?

Wood : Les gisements de minerai convenant à l’exploitation d’une mine souterraine à grande échelle exigent une géométrie régulière, ce qui influence la façon dont on prospecte. Si vous cherchez un gisement de minerai occupant un volume en kilomètres cubes, par exemple, et que vous faites des forages chaque 100 mètres pour le trouver, eh bien, vous vous faites des illusions.

Il faut vraiment savoir dès le départ si on chasse un éléphant ou une souris. Si vous cherchez quelque chose ayant un modelé de 200 hectares, par exemple, c’est un très grand territoire, ce qui permet d’effectuer des forages très espacés durant la phase d’exploration. Ensuite, il faut être assez intelligent pour comprendre ce que vous disent ces forages, car ce ne sont pas tous les forages qui toucheront du minerai, et chaque gisement de minerai comporte des parties stériles, des corps postminéraux et toutes sortes de choses qui ne sont pas du minerai.

ICM : La technologie est assurément un élément très important de la prochaine génération de mines. Comment pensez-vous que la technologie changera la prospection géologique?

Wood : Beaucoup de gens semblent croire que tout ça est trop difficile. Qu’il faut que la technologie fasse les découvertes pour nous. Eh bien, ça ne fonctionnait pas comme ça avant, et beaucoup de vieux schnocks comme moi disent que ça ne fonctionnera pas comme ça dans le futur non plus, au moins pour les prochains 10 à 20 ans. Comme prospecteur, il sera toujours nécessaire de réfléchir.

D’un autre côté, au cours de ma carrière, la technologie a permis l’accès aux données télédétectées, ce qui a eu d’importantes conséquences. On peut dessiner des cartes géologiques de qualité à l’aide d’images satellites, par exemple, et aussi mesurer différents spectres, ce qui donne un autre aperçu de la géologie. Donc, au Chili et dans d’autres régions désertiques, on peut commencer à cartographier les minéraux d’altération qui ont accompagné la minéralisation. Ce genre de technologie a eu une influence considérable et positive sur la compréhension de la géologie d’une région, particulièrement des caractéristiques de la géologie associée à la minéralisation.

Il existe aussi une autre technologie de télédétection encore à ses débuts pour ce qui est de son utilisation en prospection et qui s’appelle LIDAR. C’est une technique d’arpentage par télédétection au laser aéroportée. Elle permet de percer le couvert forestier pour cartographier la topographie avec un écart d’élévation de plus ou moins deux centimètres. La topographie reflète la géologie, donc cette technique permet une cartographie géologique rapide et élémentaire d’un terrain recouvert de végétation.

Il existe beaucoup de technologies qui aident l’industrie, mais en bout de compte, on revient toujours à ce que le géologue pense ou à ce qu’il voit et consigne.

ICM : S’il existe des régions peu prospectées, comme le Brésil, l’Afrique occidentale et la Finlande, où les gisements de base n’ont pas été touchés, pourquoi espérons-nous tant des projets miniers souterrains énormes, complexes et risqués?

Wood : Plusieurs géologues croient que la plupart des régions sont trop prospectées, c’est pourquoi le Brésil et les autres endroits du genre semblent plus attrayants, bien que les rapports de découverte suggèrent un peu paradoxalement qu’il n’est probablement pas souhaitable pour une société d’être la première à explorer une région. Si on remonte aux années 50 et 60, quelques occasions se sont avérées payantes. Dans ce temps-là, si vous étiez le premier dans la région et que quelque chose de vraiment évident se présentait, il y avait de bonnes chances que vous le trouviez. Toutefois, il est possible que plusieurs des découvertes du genre de celles des années 50 et 60 dans des régions en apparence peu prospectées aient été faites, et que les découvertes futures ne soient pas plus faciles que celles des régions en apparence trop prospectées.

Les subtilités des indices de la présence d’un gisement de minerai peuvent compliquer la découverte, et dans ces circonstances, il est bon d’avoir en main les résultats des prospecteurs précédents. Il est probablement justifié de vouloir être la cinquième ou la sixième entreprise dans une région pour obtenir une chance raisonnable de découverte – s’il y a présence d’un gisement. Un cas classique est celui du district de Cadia trouvé lorsque je travaillais pour Newcrest; le début de son exploration remonte à 1851, ce qui fait 140 ans de prospection de toute sorte.

ICM : C’est un excellent exemple de persévérance. Avez-vous d’autres exemples de ce genre?

Wood : Dans les années 80, les géologues de Goldfields ont trouvé un gisement d’or appelé Mesquite juste de l’autre côté de la frontière de Yuma, en Californie. Je crois que la société était la treizième à prospecter la région; tous les grands noms de l’or – Newmont, Placer Dome – y avaient déjà tenté le coup, et pour une raison inconnue, n’ont jamais trouvé le gisement de minerai. Si je me rappelle bien, le forage de découverte a été fait sous un vieux puits appelé « Black Jack ». Les anciens mineurs y exploitaient la minéralisation de l’or. Il faut faire attention quand on dit qu’« une région n’a aucune chance », car elle en offre probablement si vous regardez correctement.

Goldfields a trouvé le gisement de minerai parce que ses géologues ont su réfléchir à l’apparence du gisement de minerai. De plus, Mesquite est un gisement très étrange : il suit un contrôle structural, ce qui signifie qu’il n’est pas réparti également. Il est formé de bandes. Il faut savoir réunir ces bandes, et c’est ce qu’ils ont réussi à faire.

ICM : Croyez-vous que les jeunes géologues sont bien préparés pour la compréhension de l’apparence des gisements de minerai?

Wood : À ce que je sache, aucune université ne forme vraiment des géologues prospecteurs. La formation offerte est celle de géologue. Une fois leurs études terminées, les géologues s’aventurent dans le monde du travail, et selon leur employeur, ils font leurs années d’apprentissage et apprennent comment prospecter.

Il y a cependant si peu de groupes de prospection qui réussissent qu’à moins que vous ayez la chance de décrocher un emploi dans un de ces groupes, vos années d’apprentissage et votre formation ne seront probablement pas ce qu’il y a de mieux.

Un des plus grands problèmes de l’industrie minière est que les gens de ma génération et ceux qui ont 10 ou 15 ans de moins que moi prennent tous leur retraite. À moins que les jeunes géologues prospecteurs aient des mentors ou qu’ils aient été assez chanceux pour acquérir des compétences durant leur cheminement, ils vont pratiquement devoir réinventer la roue.

ICM : Si notre système d’éducation n’arrive pas à contribuer à une prospection fructueuse, que peuvent faire les jeunes géologues pour améliorer leurs chances?

Wood : La seule façon de stimuler facilement les gens et de les inciter à voir ce qu’ils ont de façon positive et créative est de leur raconter vos expériences. Il faut leur dire comment on a découvert des gisements de minerai. Perth accueille tous les deux ans une conférence consacrée aux histoires de cas de découverte appelée NewGenGold. Durant deux jours, les organisateurs invitent les gens à présenter leurs succès et échecs de découverte, et plus – à dire comment ça s’est passé, et à évaluer comment et pourquoi vous n’avez peut-être pas découvert de gisement. Beaucoup de gens y participent. Six à huit cents personnes s’y rendront, et je crois que les géologues présents en ressortent encouragés en se disant que leurs méthodes ne sont pas si stupides.

Traduit par SDL

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