février 2013

Des résultats croissants

Des décennies d’innovation par étapes à Onaping

Par Eavan Moore

Du biocarburant pousse sur les résidus de l’usine d’Xstrata Nickel près d’Onaping en Ontario | Courtoisie de Xstrata Nickel


En 1991, des lois sont entrées en vigueur en Ontario exigeant des sites d’exploitation minière, de broyage et de fusion que leurs plans de fermeture à long terme soient conçus et financés à l’avance. À ce moment, le site d’extraction et de broyage d’Xstrata Nickel près d’Onaping avait de l’avance sur le peloton, car on tentait d’y dépasser les obligations légales. Le site d’Onaping, l’une des premières exploitations minières à remplacer ses dépôts de résidus par des recouvrements désulfurés, va maintenant une étape plus loin, et l’exploitation d’Xstrata Nickel à Sudbury a transformé ce qui était autrefois un passif en une source de revenus, en y semant du biocarburant. Avec le regard tourné vers l’avenir, la société a même modélisé les conséquences potentielles des changements climatiques pour assurer la stabilité du recouvrement du site à long terme après sa fermeture.

Joe Fyfe, surintendant de l’environnement et des systèmes de développement durable au site de Sudbury d’Xstrata Nickel, souligne que l’entreprise s’intéresse grandement à l’innovation. « Nous participons à un grand nombre de domaines de recherche, indique-t-il, et nous nous efforçons de faire évoluer les normes. »

Biocarburants : la toute dernière récompense

Puisque les exploitations d’Xstrata Nickel à Sudbury sont des mines de sulfure de cuivre-nickel, il faut prévenir tout écoulement acide résultant de l’oxydation des sulfures. Les spécialistes techniques d’Xstrata Nickel, en collaboration avec Canmet Mining, Mirarco et l’université Laurentian, étudient l’utilisation de biosolides provenant du compost de résidus alimentaires et résidentiels municipaux comme engrais pour les biocarburants, car ceux-ci offrent l’avantage supplémentaire de bloquer l’infiltration d’oxygène. Dans le cadre de l’initiative Green Mines Green Energy (GMGE) lancée par Canmet Mining, trois sites du nord de l’Ontario appartenant à Xstrata Nickel, Vale et Goldcorp ont permis de démontrer qu’il est techniquement possible de cultiver des espèces végétales pouvant servir de biocarburant. Le projet est maintenant en phase d’évaluation de sa rentabilité.

La première phase du projet consistait à vérifier si le canola, le maïs, le panic érigé, le tournesol et le saule pouvaient pousser sur un lot couvert de biosolides. Xstrata Nickel a utilisé du compost de la ville de Toronto amené par camion pour créer un terrain de 0,5 hectares et d’un mètre de profondeur sur une partie du dépôt de résidus de Strathcona en 2008. De 2009 à 2011, le terrain a triplé de taille. Les chercheurs ont échantillonné la terre et la biomasse à la recherche de contamination en métaux, ont mesuré le taux de croissance de chaque espèce et ont peaufiné la composition du sol. L’accumulation de résidus de métaux ne semblait être un problème ni dans le sol, ni pour la biomasse. À cause de la profondeur de la nappe phréatique, les puits d’origine d’Xstrata Nickel ne permettaient pas de recueillir des données pertinentes, mais Fyfe précise que l’entreprise améliore actuellement les puits de surveillance pour en augmenter la profondeur de pénétration.

Cette première phase a été couronnée de succès, malgré quelques bémols. Sur le site d’Xstrata Nickel à Sudbury, le rendement a augmenté d’année en année à mesure que le compost immature répondait au fertilisant et que le panic érigé vivace atteignait sa maturité. Le maïs choisi était une nouvelle variété naine contenant trop peu de sucre pour être utilisé comme biocarburant de manière rentable, et en concurrence avec les herbes, la croissance du saule « n’a pas été spectaculaire », mentionne Fyfe. Mais le panic et le tournesol ont donné un bon rendement. En 2011, les deux variétés de panic ont produit 11 et 9,6 tonnes par hectare (poids séché) respectivement, un rendement suffisant pour le biocarburant. « Le solde énergétique des plantes vivaces est avantageux, et cela nous permet d’apprendre », souligne Fyfe.

L’avenir des récoltes de biocarburant d’Xstrata Nickel dépend de la prochaine phase de l’évaluation MVEV. Cette deuxième étape consistera à vérifier la rentabilité commerciale du projet, et s’attardera à des facteurs comme la disponibilité de biosolides et le rendement énergétique de chaque variété de plante. Le consortium MVEV propose des protocoles de recherche, mais la date d’échéance de cette étape n’est pas fixée, indique Daniel Campbell, directeur de la surveillance environnementale et du réaménagement chez Mirarco.

Canmet Mining dispose d’estimations approximatives du revenu potentiel du projet, basées sur l’idée que 11 tonnes de panic sur un hectare pourrait rapporter 468 $, en fonction d’une valeur de 56 $ la tonne et d’un coût de production de 148 $ l’hectare chaque année. Pour le canola, le revenu net pourrait atteindre 905 $ par hectare chaque année. Mais ces chiffres ne tiennent pas compte des coûts importants du transport et de l’épandage du compost. Pour cette raison, les participants envisagent de diminuer leur utilisation de biosolides en réduisant la profondeur d’épandage ou en mélangeant le compost directement aux résidus, ce qui pourrait à la fois diminuer les coûts du projet et pallier la faible quantité de compost disponible localement. Le dépôt de résidus de Strathcona dispose actuellement de 65 hectares de schlamms sur lesquels pourraient pousser des biocarburants.

Selon Bryan Tisch, chercheur principal en environnement chez Ressources Naturelles Canada, l’étude MVEV est la première à proposer de faire pousser des biocarburants sur des résidus miniers. Des partenaires potentiels du domaine des biocarburants et d’autres sites au Canada s’intéressent déjà à l’étude, mais peu d’autres sites semblent tenter l’expérience.

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