Aug '13

C’est officiel

Les universités promeuvent le maintien des programmes de relations avec la communauté

Par Bernard Simon

Les relations avec la communauté s’affirment comme un aspect de plus en plus essentiel à la réussite de toute exploitation minière : dans le monde entier, les universités cherchent donc à mettre en place des qualifications internationalement reconnues afin de guider les professionnels du secteur. Quatre universités réputées en Australie, au Canada, au Chili et en Afrique du Sud offrent désormais des programmes visant à perfectionner les compétences des professionnels de l’exploitation minière (ainsi que d’autres ressources) en matière de gestion des relations souvent délicates avec les communautés et acteurs politiques locaux, ainsi qu’avec les groupes de défense des droits de la personne et de l’environnement, entre autres.

Ces programmes ont « contribué à renforcer l’idée que la gestion des relations avec la communauté est une profession à part entière, qui nécessite des compétences spécialisées », explique David Brereton, directeur fondateur du centre CSRM (Centre for Social Responsibility in Mining) à l’Université du Queensland, pionnier de l’officialisation de la formation en responsabilité sociale d’entreprise pour le secteur minier.

« Il ne suffit pas d’avoir de l’entregent, comme l’estimaient les membres de l’industrie à l’époque où nous avons ouvert notre centre », ajoute-t-il.

Une série de bouleversements dans les communautés minières aux quatre coins du monde a souligné la nécessité d’une expertise en gestion des relations avec la communauté : qu’il s’agisse des mineurs tués à l’exploitation Marikana de Lonmin en Afrique du Sud l’année dernière, des manifestations contre le projet Pascua-Lama au Chili ou de la proposition d’ouverture de la mine de cuivre-or de Pebble dans le sud-ouest de l’Alaska.

Les cursus universitaires mettent généralement l’accent sur les techniques de création de relations avec les communautés locales, en particulier autochtones, de sorte qu’elles soient bénéfiques tant pour l’entreprise minière que pour la collectivité. D’autres sujets tels que les codes de conduite et l’évaluation des répercussions sur le plan social sont également abordés, et les études de cas constituent un aspect clé des programmes.

Le programme de l’Université du Queensland, qui entre maintenant dans sa sixième année d’existence, est né d’une prise de conscience croissante en Australie : celle que de nombreuses personnes chargées de gérer les relations avec la communauté, des géologues aux anciens enseignants ou journalistes, sont mal équipées pour négocier avec des groupes extérieurs ou pour défendre des politiques de responsabilité sociale solides au sein de leur propre entreprise.

Selon Jeffrey Davidson, professeur d’économie appliquée des minéraux et de développement minier durable à l’Université de Queens, qui a aidé à mettre en place le programme de l’Université du Queensland : « Pour les employés chargés de gérer les relations avec la communauté, la difficulté tient en partie à la perception qu’ont leurs collègues ingénieurs et directeurs de leur rôle et de leur crédibilité. » Il cite l’exemple d’un ancien collègue qui travaillait dans une mine d’uranium dans une région isolée de l’Australie. Cet ancien inspecteur d’usine de traitement des viandes avait déjà tissé des liens étroits avec les communautés autochtones du Territoire du Nord et « voulait faire quelque chose de bien ». Jeffrey Davidson explique que de tels intervenants sont souvent perçus comme des « pompiers » envoyés pour gérer les situations les plus difficiles, sans connaissances scientifiques, discipline ou compétences officielles.

De plus en plus de programmes

Devant le succès du programme australien, des programmes post-universitaires ont vu le jour l’année dernière à l’Université de Queens de Kingston, en Ontario, et à l’université catholique de Santiago, au Chili. Ces programmes ont bénéficié d’un degré de collaboration, notamment grâce à des échanges de personnel et au partage des ressources. Plus récemment, en mai, l’Université du Witwatersrand de Johannesburg a lancé un programme court de certificat en gestion des relations avec la communauté composé de quatre modules d’une semaine. Ce programme est conçu et mené par la société britannique Synergy Global Consulting et le CSMI (Centre for Sustainability in Mining and Industry, centre pour le développement durable des mines et du secteur) de l’université.

La création de ces programmes et les efforts pour les faire accepter ont suivi un parcours long et parfois semé d’embûches.

L’Université de Queens étudie des moyens de remanier son certificat d’études supérieures en gestion des relations avec la communauté afin de susciter davantage l’intérêt du secteur et d’augmenter le nombre d’inscriptions. Bien que les objectifs d’inscriptions aient été atteints en 2012, le programme n’a pas connu un succès retentissant cette année en raison d’importantes réductions budgétaires touchant le perfectionnement professionnel en gestion des relations avec la communauté. monsieur Davidson regrette cette approche. Selon lui, les relations entre le secteur et la communauté sont « de plus en plus conflictuelles ». Il ajoute qu’elles « ne disparaîtront pas du jour au lendemain, même si l’économie vacille ». En Australie, au Chili et en Afrique du Sud, le nombre d’inscriptions ne constitue pas une préoccupation.

Si le programme de l’Université du Queensland a été conçu pour viser et attirer principalement des professionnels des relations avec la communauté sur le terrain, la première vague d’étudiants de l’Université de Queens se composait de personnes d’horizons variés, notamment des employés de sièges sociaux, des conseillers et des employés du gouvernement ou d’organisations non gouvernementales (ONG). Il a donc fallu adapter le cursus, les travaux et même les discussions en ligne afin de refléter la diversité des étudiants. Le programme de l’Université du Witwatersrand se concentre sur la pratique des relations avec la communauté dans le contexte africain, une optique qui se retrouve dans la composition des participants au premier cours.

L’université en complément des formations en interne

Les entreprises mettent normalement en place leurs propres programmes de perfectionnement en gestion des relations avec la communauté, en faisant appel à des conseillers externes qui proposent de courtes formations. Selon monsieur Brereton, ces formations en interne ont tout à fait leur place, mais les employés ont beaucoup à apprendre de leurs pairs d’autres entreprises. « Si le programme du CSRM a autant de succès, c’est notamment parce qu’il rassemble des personnes de plusieurs entreprises et leur permet de partager leurs expériences, explique-t-il. Les participants s’aperçoivent souvent que leurs expériences sont remarquablement similaires. » Il ajoute que les compétences en gestion des relations avec la communauté s’appliquent certes aux relations avec des groupes extérieurs, mais également au sein des sociétés : « Vous devez rallier tout le reste de l’entreprise. Vous devez savoir argumenter en faveur de votre action et amener les acteurs des ressources humaines, de l’approvisionnement local, etc. à changer leurs pratiques. »

Ed O’Keefe, directeur chez Synergy, a étroitement participé à la conception du programme de l’Université du Witwatersrand : « Nous aurions pu mettre au point un type de formation propre à Synergy. Mais pour nous, il était capital de procéder en partenariat avec une institution d’enseignement supérieur, afin de conférer à la formation le prestige d’un cours universitaire. »

Il y a également beaucoup à gagner en rassemblant des étudiants d’horizons variés à l’occasion d’un programme diplômant ou de certification qui dépasse les deux ou trois journées de cours habituelles. Parmi les 30 participants du premier programme de l’Université du Witwatersrand, on comptait des professionnels des relations avec la communauté d’entreprises des industries pétrolières, gazières et minières, mais aussi des conseillers, un représentant officiel de la commission kenyane des droits de la personne et deux représentants des autorités traditionnelles sud-africaines. Des représentants du gouvernement chilien se sont inscrits au programme de l’université catholique du Chili à Santiago pour la première fois cette année.

De l’avis général, le succès des formations sur les relations avec la communauté repose sur l’engagement du secteur et sur des programmes axés sur la pratique quotidienne.

La participation financière du secteur minier : la clé d’un avenir durable

Le Minerals Council of Australia (conseil australien sur les minéraux), qui compte parmi ses 50 membres des géants de l’industrie tels que BHP Billiton et Rio Tinto, a joué un rôle capital dans le lancement du programme CSRM. Le conseil a notamment garanti qu’il assumerait toutes les pertes financières pour les cinq premières années.

De même, le programme chilien a bénéficié du parrainage de sept des plus grandes entreprises opérant dans le pays, notamment Anglo American, Antofagasta Minerals, Barrick Gold et Codelco. « À vrai dire, nous n’avons pas eu beaucoup de mal [à obtenir du soutien] parce que les entreprises étaient conscientes des besoins », explique Ignacio Irarrazaval, qui dirige le programme à l’université catholique du Chili.

Tandis que Synergy et le CSMI assument les risques de pertes liés aux cours dispensés à l’Université du Witwatersrand, Anglo American, AngloGold Ashanti et Xstrata ont financé la mise au point du programme malgré la tourmente dans laquelle se trouve le secteur minier sud-africain. D’après monsieur O’Keefe, cela « témoigne de l’intérêt des entreprises pour ces questions. »

Lorsque monsieur Davidson a mis en place le programme de l’Université de Queens, l’Association minière du Canada l’a cependant averti que les ressources et le mandat seraient plus limités que ceux du Minerals Council of Australia. En effet, le degré de soutien offert par le Minerals Council of Australia à l’Université du Queensland durant les phases de planification, de lancement et d’exécution du programme n’a pas été offert ici, au Canada. monsieur Davidson concède que le programme de l’Université de Queens est peut-être une « entreprise plus risquée ». Il ajoute que « cette année, les inscriptions ont été moins nombreuses qu’on l’espérait, mais l’université demeure fermement décidée à maintenir le programme ».

Afin de susciter davantage d’intérêt, l’Université de Queens a décidé d’apporter des changements : cette année, la semaine sur le campus qui aura lieu du 26 au 30 août sera à la fois un séminaire de perfectionnement professionnel moins intensif et une porte d’accès vers le programme complet de certification d’études supérieures. Les étudiants qui s’inscrivent uniquement pour cinq jours ont la possibilité de suivre ensuite l’intégralité du programme d’études supérieures s’ils le désirent. Jeffrey Davidson espère qu’un programme plus court (semblable aux modules de l’Université du Witwatersrand) semblera plus attrayant pour les entreprises du Canada.

Traduit par SDL

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