sept/oct 2012

Des voix de l’industrie

Faire un scandale

Par John K. Nixon

En mai dernier, je participais à un déjeuner l’ICM de Vancouver dans une salle de conférence à l’hôtel Four Seasons au centre-ville de Vancouver. John Tapics, président et chef de la direction de Compliance Energy Corp., devait venir parler du projet d'extraction souterraine de charbon Raven dans la vallée de Comox. À ma table se trouvait Lisa, étudiante de première année en génie minier. Après les présentations, nous avons savouré notre repas.

C’est après le repas que Tapics a commencé sa présentation. Il a indique que le projet Raven serait une mine souterraine d’exploitation de failles de charbon situées à environ 20 kilomètres au sud de Courtenay. Pendant son discours, je me suis souvenu que j’avais déjà vu une fête foraine au sud de Courtenay pendant mes vacances un été. Dans le champ d’une ferme, des douzaines de tentes et de kiosques faisaient la promotion de produits naturels, de médicaments homéopathiques, de bijoux faits à la main et de chandails teints en nœud, et entre ceux-ci on retrouvait des diseuses de bonne aventure, des poneys à monter et des jeux pour les enfants.

D’après Tapics, la production de Raven Coal atteindrait 1,1 million de tonnes de charbon par année et le cycle de vie de la mine serait de 16 ans. Le charbon brut serait traité dans une usine de transformation située à cinq kilomètres de la côte, et le produit serait transporté par voie terrestre à Port Alberni pour être expédié en Asie. Une étude d’admissibilité au concours bancaire avait été complétée et l’étude environnementale était en cours. Les tableaux de chiffres qui résumaient les données financières du projet et vantaient sa plus-value pour l’économie locale défilaient sur l’écran.

À la fin de la présentation, nous avons entendu une agitation à l’entrée de la salle. Les invités ont pu voir deux jeunes hommes s’avancer entre les tables en lançant des morceaux de charbon sur le tapis, les chaises et les tables et en criant des grossièretés. De l’autre côté de la salle, deux jeunes femmes on versé une boue grise nauséabonde et grumeleuse sur le tapis, éclaboussant les vêtements des invités les plus près. Je crois bien qu’il a par la suite été vérifié qu’il s’agissait d’excréments de volaille.

L’incident n’a duré qu’une minute et les intrus ont quitté rapidement, non sans avoir activé le système d’alarme de l’hôtel. Pendant que les invités tâchaient désespérément de nettoyer leurs vêtements, le président a rapidement clos la réunion en offrant de payer la note de nettoyage des personnes touchées.

Les invités sont sortis en se faufilant sur le tapis trempé et rempli de morceaux de charbon, au son des sirènes d’alarme. Nous avons été dirigés vers une sortie d’urgence qui donnait sur la rue. À l’extérieur arrivaient des camions de pompiers et un camion de traitement des matières dangereuses avec des spécialistes des matières dangereuses couverts portant combinaisons et masques blancs.

Dans un monde obsédé par le réchauffement climatique et le rôle probable des humains dans ce phénomène, l’extraction du charbon est devenu un point de mire des groupes de protestation. Les arguments qui portent sur la disponibilité de sources d’énergie renouvelables et propres, le déclin continu des combustibles fossiles et la croissance de la demande énergétique en réponse à celle de la population mondiale sont bien documentés et font l’objet de débats constants.

Certainement, on trouvera un jour des solutions à ces problèmes grâce à un discours raisonné et évaluant le coût et les avantages du charbon pour la société ainsi que la santé de notre planète à long terme.

Alors, Lisa, croyez-moi : on trouve des gens dans l’industrie minière qui se sont engagés à améliorer notre bien-être collectif et à préserver l’environnement. J’espère seulement que ce qui est arrivé ce jour-là ne vous découragera pas de faire carrière dans l’industrie minière. L’industrie a besoin de plus de jeunes femmes pour maintenir un point de vue équilibré sur ses responsabilités face à la société.

Le sort du projet de mine souterraine Raven ne devrait pas être scellé par des accès de grossièreté et des distributions de fumier de poulet. Ce n’est pas ainsi que l’on se fait des alliés et que l’on influence des décisions – sauf peut-être dans l’industrie du nettoyage!


John Nixon est ingénieur professionnel chez SNC-Lavalin Inc. à Vancouver.   Il a plus de 48 ans d’expérience en ingénierie, principalement en génie minier et en métallurgie. Il est titulaire d’un baccalauréat en génie de l’université McGill et d’une maîtrise en administration des affaires de l’université York et il est membre à vie de l’ICM.

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