novembre 2012

Enjeux autochtones et industrie minière

L’acceptabilité sociale, projet par projet

Par Alain Castonguay

L’ancien premier ministre Jean Charest et Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador | Courtoisie de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador


La récente campagne électorale au Québec n’a guère permis d’intégrer la dimension autochtone dans le débat sur l’exploitation des ressources naturelles. Certaines communautés autochtones arrivent pourtant à s’entendre avec les exploitants afin de parvenir au climat requis pour le développement des projets.

L’élection du gouvernement du Parti québécois, le 4 septembre dernier, n’a sûrement pas déplu à Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL). Dans une lettre adressée à la presse à la fin du mois d’août, il a exprimé sa déception à l’égard de l’attitude du gouvernement du Parti libéral du Québec (PLQ) de Jean Charest. Selon M. Picard, plus de 20 ans après la crise d’Oka, il semble que « le gouvernement Charest n’avait encore rien appris », même s’il venait tout juste de ratifier une nouvelle entente avec le Grand Conseil des Cris.

Peu après l’élection du gouvernement Charest en 2003, l’APNQL avait réussi à le convaincre de discuter de la possibilité d’une structure permanente de débat sur les enjeux liés au territoire et aux ressources. « Nous avons réussi à décoller, mais n’avons jamais réussi à trouver la piste d’atterrissage », écrivait Ghislain Picard à la fin août. Assez rapidement, l’APNQL a frappé un mur et a poursuivi un dialogue de sourds lorsqu’il est devenu évident « que Jean Charest n’était prêt à parler de territoire qu’en fonction de ses propres conditions ». Par la suite, le gouvernement a repris les négociations d’ententes avec les nations de manière individuelle.

Ghislain Picard confirmait alors le degré élevé d’exaspération des Premières Nations et la tentation de plus en plus forte d’adopter une approche plus radicale dans l’avancement de leurs revendications. « La naïveté et la volonté ont été remplacées par une plus grande vigilance et une patience fortement secouée. Vous pourrez remercier votre premier ministre pour ce recul dans notre généreuse bonne foi. »

Sommet demandé

L’APNQL a participé au Sommet en territoire atikamekw les 28 et 29 août derniers à Wemotaci. À cette occasion, les Premières Nations ont exprimé le désir que le prochain gouvernement prenne l’engagement, 30 jours après son élection, de tenir un sommet sur le territoire et les ressources.

Sans vouloir présumer de la volonté du nouveau gouvernement Marois d’aborder le sujet, il convient de mentionner ceci : la Fédération des chambres de commerce du Québec a tenu un débat sur les ressources naturelles le 23 août dernier. Étaient présents plusieurs candidats de tous les partis pour parler d’aménagement du territoire, de redevances minières, du Plan Nord, des hydrocarbures dans le golfe et à Anticosti, etc. En 90 minutes, à aucune reprise la présence des Premières Nations dans le territoire concerné n’a été mentionnée. Le mot « autochtones » n’a même jamais été prononcé.

Les Atikamekws de Wemotaci, Manawan et Opitciwan ont bloqué les chemins forestiers durant l’été, et la crise qui menaçait d’éclater n’a pu être évitée que par une entente de principe ratifiée à la dernière heure, le 31 août dernier. Si celle-ci reçoit l’accord des communautés, le gouvernement du Québec et la nation atikamekw pourront négocier un accord final et les conditions de sa mise en œuvre.

Selon Luc Bouthillier, professeur de politique forestière à l’Université Laval, les Atikamekws sont indéniablement les plus conciliants de toutes les Premières Nations. Il est grand temps que de vraies négociations aient lieu avec eux, insiste-t-il.

Les Cris de Mistissini

Dans la région du Nord-du-Québec, on s’active depuis quelques mois à prolonger la route 167 en direction des monts Otish. Cette route avait initialement été construite pour les besoins de la société Stornoway Diamonds, qui prévoit d’y exploiter un gisement de diamants d’ici 2015.

La nation des Cris de Mistissini participe au prolongement de la route 167 et a signé la « Convention Mecheshoo » avec Stornoway Diamonds le 27 mars 2012, laquelle guidera toutes les étapes préalables à l’exploitation de la mine. L’étude d’évaluation de l’impact social et environnemental du projet a été approuvée par les Cris.

Le prolongement de la route 167 donnera aussi accès au projet Matoush de Ressources Strateco, qui prévoit d’exploiter l’uranium dans le sol des environs des monts Otish, à 275 km au nord de Chibougamau. Le 22 décembre 2011, Strateco a annoncé avoir conclu une « entente d’information et de communication » avec les Cris de Mistissini.

Mais ces derniers s’opposent désormais au projet uranifère. Le 5 juin dernier lors des audiences publiques tenues par la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) à Mistissini, le Chef du Conseil de la Nation des Cris, Richard Shecapio, a soumis une fin de non-recevoir au projet et a réclamé l’instauration d’un moratoire permanent sur tout projet uranifère sur le territoire de sa communauté.

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