novembre 2012

Á feu doux

Les marchés restreints, les infrastructures limitées et les défis relationnels mettent à l’épreuve la détermination des explorateurs de la ceinture de feu

Par Eavan Moore

En termes géologiques, on trouve de quoi intéresser tout le monde dans la région de le Cercle de feu. Depuis que De Beers a découvert en 2002 un important amas sulfuré volcanogène riche en cuivre et en zinc à Eagle One, les explorateurs ont découvert des groupes élémentaires de chromite, de nickel, d’or, de vanadium, de fer et de platine à l’intérieur et aux alentours de l’amas réputé de concessions en forme de croissant. Mais l’important investissement en argent et en patience qu’exige l’exploitation du grand nord de l’Ontario force les petites sociétés d’exploration à attendre tandis que deux projets miniers promettent d’ouvrir cette terre inaccessible au développement futur.

Les deux poids lourds de la région, Cliffs Natural Resources et Noront Resources, prévoient maintenant faire passer leurs projets à l’action. Mais ces projets ne se contribuent pas à éveiller l’intérêt des les explorateurs. « Au point où nous en sommes dans le cycle, nous ne voyons pas beaucoup de nouvelles se développer, » souligne Garry Clark, directeur exécutif de l’association Ontario Prospectors. Et l’environnement d’investissement actuel est si sec, ajoute-t-il, que même des résultats de forage impressionnants ne semblent pas émouvoir les marchés.

L’exploration dans le Cercle de feu (qui se trouve à 300 km de la route ou du chemin de fer les plus près) exige beaucoup d’argent. Michael Murphy, porte-parole de la petite société d’exploration White Pine Resources, résume les chiffres : « Les coûts du forage au diamant se situent à environ 750 $ par mètre pour un petit programme de forage. Cela se compare à une évaluation historique des coûts dans les camps miniers de l’Ontario et du Québec qui se situerait autour de 150 $ par mètre. » L’an dernier, une entreprise a dépensé 1 million $ sur un forage de 1 000 mètres, selon James Trusler, président et chef de la direction de Platinex.

Le temps et l’argent qu’exige la mise en place de relations efficaces avec les Premières Nations représente un autre obstacle. John Harvey, membre de l’équipe qui a découvert Eagle One et désormais chef de l’exploitation de Bold Ventures, estime qu’il s’agit du plus grand problème pour les explorateurs qui cherchent à obtenir un droit d’exploitation dans les basses terres de la Baie James. « Nous avons mis 18 mois à développer un accord avec Attawapiskat, » indique-t-il. « La plupart des entreprises préfèrent ne pas s’y engager. Elles ne peuvent pas obtenir de garantie qu’elles pourront demeurer dans la région assez longtemps. »

En résultat, le nombre de titulaires de concessions diminue. À un moment en 2011, 35 entreprises détenaient 30 000 concessions dans la région de le Cercle de feu. En août 2012, on ne comptait plus que 21 entreprises qui tenaient 16 435 concessions.

De ces 21 entreprises, certaines maintiennent des activités d’exploration. En 2012, Cliffs et KWG Resources ont foré plus loin dans leur dépôt de chromite Big Daddy, ce qui a permis une mise à jour de l’évaluation mesurée de ressources à 29,5 millions de tonnes titrant 29 pour cent de chrome, et d’établir une évaluation des ressources indiquées de 7,9 millions de tonnes titrant 26,7 pour cent de chrome. Northern Shield Resources et Discovery Harbour Resources Corp. ont croisé une importante minéralisation cuivre-zinc à leur propriété de Wabassi, où l’on trouve notamment des teneurs en zinc pouvant atteindre 44,74 pour cent. MacDonald Mines Exploration Inc. a conclu une campagne de forage estivale sur sa propriété de Butler avec une meilleure définition d’une imposante minéralisation sulfurée volcanogène de classe mondiale. En tout, on prévoit une augmentation des dépenses d’exploration qui se situaient à plus de 50 millions $ en 2011, pour atteindre plus de 80 millions $ en 2012.

« Le potentiel de le Cercle de feu est énorme, » indique Quentin Yarie, vice-président senior de l’exploration chez MacDonald Mines, pour expliquer la raison pour laquelle sa société demeure engagée dans la région depuis neuf ans. « À la vue de la quantité de minéraux qui y ont été découverts (chrome, nickel, or, argent, cuivre, zinc, platine, palladium, et cetera) et avec l’engagement du gouvernement de l’Ontario dans le développement de la région, il est clair que nous sommes témoins de la naissance d’un nouveau camp minier au Canada. Aucun district n’est exempt de défis, mais le Cercle de feu offre un potentiel de succès en tant que l’un des camps vraiment sous-explorés au Canada. »

Il ajoute : « Comme il n’y a pas d’affleurement dans le Cercle de feu, dans un premier temps, le ciblage se fera par des études géophysiques aériennes et de terrain. Depuis 2004, l’industrie a été témoin d’avancées importantes dans ces technologies, qui ont grandement contribué aux procédés d’exploration dans la région. » D’autres sociétés choisissent de ne privilégier que la détection à distance, afin d’en faire le moins possible pour tenir leurs concessions en liste, jusqu’à ce que l’infrastructure et les relations avec les communautés s’améliorent. Platinex a diminué ses propriétés des deux tiers, a procédé à une étude aérienne pour conserver les autres concessions pendant quatre ou cinq années supplémentaires, et s’est concentré sur ses propriétés aurifères de South Timmins dans l’espoir de revenir au nord pour y trouver du platine.

La durée de l’attente dépend en grande partie du rythme auquel les infrastructures seront développées pour le développement de Cliffs. Pour transporter le concentré de son projet Black Thor, Cliffs prévoit bâtir une route permanente toutes saisons pour rejoindre le point de branchement du CN le plus près, situé à 260 kilomètres au sud. Les discussions préliminaires indiquent que la province de l’Ontario pourrait contribuer financièrement et que la route sera disponible aux autres utilisateurs moyennant des frais. Ces projets les plus avancés dans le Cercle de feu risquent fort de continuer de donner le ton aux négociations avec les Premières Nations également.

Entre-temps, la prochaine génération d’explorateurs devra attendre son heure en survolant des cartes de concessions et les plus récentes données de la Société géologique de l’Ontario à la recherche de l’endroit précis parmi les 5 000 kilomètres carrés de le Cercle de feu où elle pourrait faire fortune.

Traduit par SDL

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