mai 2012

Chronique d'invité - La fermeture d'une mine

Les plans qui prévoient un entretien à perpétuité ne sont pas une option viable

Par Les Sawatsky

L'industrie minière a considérablement amélioré ses technologies de fermeture de site. Au Canada, comme dans la plupart des régions, un plan de fermeture est désormais exigé lors de la mise en œuvre d'un projet de développement minier et des activités progressives de restauration et de fermeture doivent désormais être menées à un rythme acceptable pour les autorités réglementaires. Des systèmes topographiques et hydrographiques doivent être conçus pour faire face aux événements extrêmes. Le drainage rocheux acide (DRA) doit être contrôlé et atténué. Mais il reste encore beaucoup à faire pour que les pratiques de fermeture de mine puissent être qualifiées de véritablement durables.

De nombreux mineurs choisissent encore une solution optimale « coûts/avantages » faisant appel à des digues créant des bassins de retenue dans le paysage de fermeture. Ces structures doivent être surveillées en permanence pour qu'il soit possible de remédier à toute détérioration et corriger les répercussions des événements extrêmes, ce qui constitue une énorme difficulté. Le problème associé aux projets de maintenance permanente, plus particulièrement ceux portant sur des digues, est que « permanente » signifie ici « pour toujours ».

Le concept de maintenance permanente repose sur l'hypothèse que le financement de cet entretien est d'ores et déjà garanti pour des centaines, voire des milliers d'années, sans tenir compte des risques de bouleversements politiques, d'effondrement de l'économie et d'erreurs humaines. Quelle est la probabilité d'une telle chose? En ce qui me concerne, je trouve inconcevable que la maintenance permanente, assortie d'une quelconque garantie financière à la banque, puisse empêcher une digue de flancher dans un avenir plus ou moins lointain.

Par ailleurs, de quel droit pouvons­nous exiger des prochaines générations qu'elles entretiennent des milliers de mines fermées vulnérables à des défaillances aux conséquences catastrophiques? Les dispositions éventuelles visant à protéger les mines fermées vulnérables seront­elles appliquées? S'en souviendra­t­on seulement dans mille ans, voire même dans cent ans?   

Je crois que l'industrie minière doit adopter des solutions de rechange aux bassins de retenue permanents contenus par des digues. Je sais toutefois qu'il s'agit d'un sujet controversé et je dois insister sur le fait que j'exprime ici une opinion personnelle et non celle de l'entreprise pour laquelle je travaille.

Dans certaines régions, l'industrie minière a déjà fait de grands progrès vers des procédures de fermeture sans maintenance. Le gouvernement de l'Alberta exige que tous les plans de fermeture de mine visent un rendement sans maintenance après une surveillance transitoire. Les digues créant des bassins de retenue ne sont pas autorisées dans les paysages de fermeture de mine.

Cette réglementation a obligé la fermeture de plusieurs mines de charbon en Alberta et d'autres sont en cours de fermeture. Nous constatons une conformité similaire dans les mines de sables pétrolifères en Alberta, où une zone asséchée, hébergeant maintenant une faune variée, a déjà remplacé l'étang 1 de Suncor.

De nouvelles améliorations découlent d'avancées technologiques, de la participation des parties prenantes et du partage des informations entre les opérateurs miniers :

Traitement des débris de roches acides : Les technologies de séparation s'améliorent pour la plupart des débris rocheux acides, et ceux-ci peuvent désormais être retournés dans la mine. Dans à cette approche, le lac de la carrière sert de recouvrement sans qu'il soit nécessaire d'utiliser un barrage de confinement. La pâte de résidus peuvent servir à limiter le drainage de roches acides, comme l'a montré la mine Canadian Malartic d'Osisko. La technologie pâte / roche réduit l'impact du drainage de roches acides sans produire d'étangs de résidus permanents. Cette technique consiste à mélanger des roches grossières et des résidus fins. Le dépôt ainsi créé minimise le drainage de roches acides. Un projet de recherche sur une décennie à la mine Copper Cliff de Sudbury montre le succès de l'application de cette nouvelle technologie.

Paysages géomorphologiques : Traditionnellement, de nombreux paysages conçus après la fermeture sont composés de lignes droites et de pentes régulières. Ceci rend les sols vulnérables à l'érosion et à la création de ravins, ce qui libère des sédiments et des contaminants dans les cours d'eau naturels. Ces éléments exigent un entretien continu. Heureusement, on note une augmentation de l'intérêt pour la conception de paysages géomorphologiques à topographie irrégulière, qui reproduisent le modelé et les cours d'eau naturels environnants. La mine TransAlta de Whitewood en Alberta et la mine Centralia dans l'état de Washington sont de bons exemples de cette technologie.

La fermeture définitive est un objectif qui reste difficile à réaliser et qui n'a pas encore été éprouvé par les caprices de la nature. Mais céder à la « solution optimale » du modèle basé sur l'équilibre coûts-bénéfices serait accabler les générations futures de mines fermées qui ne résistent pas à l'épreuve du temps. 
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