mars/avril 2012

L'innovation, comme la beauté, est une question de perception

Les acteurs miniers visent un idéal difficile à atteindre lors de la cérémonie de création du CCIM

Par V. Heffernan

Le moment n'aurait pu être mieux choisi : au moment où le premier ministre Stephen Harper déplore l'état lamentable de la recherche et du développement au Canada et s'engage à faire de l'innovation un élément clé du prochain budget, l'industrie minière s'est réunie pour élaborer et trouver des solutions à ce problème séculaire.

Fin janvier, les représentants de l'industrie, du gouvernement et du milieu universitaire se sont réunis à Toronto pour discuter de la nécessité de favoriser des innovations susceptibles de résoudre les graves problèmes que sont les pénuries d'eau, les sites d'enfouissement profonds et la disponibilité et la préservation de l'énergie. Plusieurs dirigeants respectés du secteur ont pris la parole au cours de cet événement parrainé par le Conseil canadien de l'innovation minière (CCIM). Parmi eux, François Robert, vice-président de l'exploration de Barrick Gold, Dave Lynch, doyen du département d'ingénierie à l'Université de l'Alberta et Geoff Munro, scientifique en chef chez Natural Resources Canada.

Bien que tout le monde s'accorde sur la nécessité pour ces groupes disparates de collaborer, aucun consensus ne s'est encore dégagé sur la définition de l'innovation et sur les obstacles les plus importants à surmonter. « L'innovation, comme la beauté, est une question de perception », a souligné Munro.

Les résultats de l'enquête obtenus suite à une discussion animée par John Thompson, vice-président technologies et développement de Teck’ ont indiqué que si 31 % des personnes interrogées estiment qu'un changement radical appliqué sans délai est nécessaire, 24 % ont choisi le changement culturel et 18 % ont exprimé leur volonté de voir une collaboration accrue entre l'industrie et le milieu universitaire. Peu ont pensé qu'un changement progressif était la meilleure voie à suivre. « Nous nous sommes spécialisés dans l'innovation progressive et pourtant les percées au sein de l'industrie sont rarement le fait de grandes sociétés minières », a noté Thompson.

La plupart des participants ont convenu que l'un des principaux obstacles à l'innovation dans l'exploitation minière est le manque de personnel hautement qualifié dans un secteur où la moitié des travailleurs sont âgés de 45 ans ou plus et où un tiers pourra partir à la retraite d'ici à 2015 La directrice de recherche du Conseil des ressources humaines de l'industrie minière Martha Roberts a exhorté les sociétés minières à « garder un œil sur le personnel à mi-carrière. » Les femmes, en particulier, ont quitté en masse l'industrie du fait de l'absence d'opportunités avant le boom actuel et des difficultés à concilier vie personnelle et vie professionnelle.

Pourtant, Munro a félicité l'industrie minière pour avoir su collaborer pour promouvoir l'innovation. « Notre système d'innovation est très fragmenté, mais vous progressez extrêmement rapidement », a-t-il souligné. « Une telle transformation est très puissante au sein d'une industrie. »

Pour Munro, le rôle du gouvernement est d'essayer de « défragmenter » le système en combinant science et politique de façon plus efficace. Il a néanmoins admis que cela serait très complexe en raison des différences de points de vue des scientifiques et des analystes politiques.

Quant aux universités, elles doivent être prêtes à investir dans leurs propres ressources si elles veulent contribuer à l'innovation, a déclaré Lynch. Pour ce faire, elles ont besoin de financements à long terme de l'industrie et de rencontrer les anciens élèves pour pouvoir mettre sur pied de façon sélective des programmes de premier cycle et d'études supérieurs.

Par exemple, l'Université de l'Alberta formera d'ici 2016, 80 ingénieurs des mines. Seuls 2 ingénieurs des mines y ont été formés en 1993. L'université de l'Alberta dispose du plus grand département de génie chimique d'Amérique du Nord. L'investissement a porté ses fruits : 25 % des ingénieurs miniers travaillant dans l'industrie des sables bitumineux sont issus de l'Université de l'Alberta et le nombre de projets de recherche menés conjointement par l'université et l'industrie dans ce sous-secteur a considérablement augmenté.

Lynch, qui a noté que les start-ups universitaires n'ont pas connu un grand succès, a exhorté les universitaires à cesser de protéger les droits de propriété intellectuelle qui « empêchent toute collaboration entre les universités et l'industrie. »

Le défi le plus difficile à relever reste la transformation culturelle d'une industrie vieillissante qui manque de diversité et tend à éviter les risques. « La culture tient ici une place importante », a noté Thompson après une longue discussion. Son auditoire a indiqué envier l'Australie et son attitude téméraire, être déçu du conservatisme des investisseurs du secteur et être frustré par la forte réticence ambiante à partager recherches et technologies.

Toutefois, moins de trois ans après sa constitution officielle, le Conseil canadien de l'innovation minière est devenu un leader du secteur en matière de collaboration en faisant des progrès importants dans la recherche exploratoire, l'exploitation minière en profondeur, l'efficacité des processus et la conformité aux normes environnementales.

Publier un commentaire

Commentaires

Version PDF