déc '12/jan '13

Un désastre dans une mine de charbon

L’éclatement de 1958 à Springhill

Par Correy Baldwin

 

Le septième et dernier homme à sortir de la houillère nº 2 pour être transporté vers l’ambulance qui attend | Courtoisie de Nova Scotia Archives


La ville minière de Springhill en Nouvelle-Écosse détient la réputation peu enviable d’avoir souffert trois catastrophes minières à la mine de charbon souterraine de Cumberland. La première, une explosion en 1891, a fait 125 victimes. Une autre explosion éventrait la mine en 1956, faisant 39 victimes. Deux ans et demi plus tard, le 23 octobre 1958, un troisième sinistre dévastait la mine. Soixante-dix hommes ont été tués tandis que 100 mineurs ont été rescapés dans cet accident connu comme l’éclatement de 1958, le plus grand éclatement survenu en Amérique du Nord.

Un « éclatement par décompression » survient quand les pressions géologiques sur une mine, généralement causées par l’excavation de charbon dans le substrat rocheux, provoquent l’effondrement de la mine dans ce qui ressemble à un petit tremblement de terre. Les trois ondes de choc secouèrent la mine et la ville en surplomb.

Plus de 174 hommes y travaillaient à ce moment-là, et plusieurs d’entre eux se sont retrouvés piégés à 3900 mètres de l’entrée. Le puits affecté était l’un des plus profonds du monde, atteignant près de 1200 mètres de profondeur. Quand les secouristes ont pu descendre dans la mine, ils durent composer avec des poches de méthane, des puits partiellement effondrés et des débris de roche. Tôt le matin, ils ramenèrent 75 rescapés à la surface.

Des équipes de secours supplémentaires d’autres mines de la Nouvelle-Écosse vinrent en renfort. Au matin du 29 octobre, les secouristes ont pu rejoindre un groupe de 12 mineurs piégés derrière un éboulement de 49 mètres. Le matin suivant, ils percèrent un tunnel pour accéder aux mineurs. Sept derniers survivants furent secourus le 1er novembre, après avoir passé neuf jours sous terre.

Les médias canadiens et internationaux se précipitèrent sur la scène. Les efforts de secours continus devinrent un événement médiatique d’ampleur, ainsi que la première histoire canadienne à recevoir une couverture télévisée, une méthode de diffusion introduite à Springhill par la Société Radio-Canada. Le Prince Phillip, Duc d’Édimbourg, a même visité le site, accompagné du premier ministre de Nouvelle-Écosse, Robert Stanfield. Les reporters se massaient à l’entrée de la mine pour interviewer chaque rescapé et chaque secouriste dès leur sortie, accordant un moment de célébrité aux mineurs. Un survivant, Douglas Jewkes, devint porte-parole pour 7Up après avoir réclamé cette boisson à sa sortie de la mine. D’autres furent invités à l’émission Ed Sullivan Show.

L’un des sept derniers mineurs secourus, Maurice Ruddick, avait fait beaucoup d’efforts pour préserver le moral de ses compagnons piégés sous terre, malgré une fracture à la jambe causée par l’éclatement. Ruddick avait même organisé une fête pour le 29e anniversaire d’un mineur à leur quatrième jour sous terre, et il avait chanté pour divertir les hommes pendant les neuf jours de leur épreuve. Baryton émérite, Ruddick encourageait souvent ses compagnons mineurs à chanter pendant le travail ou les pauses sous terre, et il chantait dans un quatuor dans ses temps libres. Malgré sa propre modestie, ses compagnons attribuent leur survie à l’entrain de Ruddick. Après le sauvetage, il a été nommé Citoyen de l’année par le Telegram de Toronto.

Par la suite, Marvin Griffin, gouverneur de la Géorgie, invita 19 des survivants à séjourner dans une station de tourisme de luxe dans son état. Griffin était en séjour au Canada pendant la catastrophe et il avait tenu à offrir quelque chose aux mineurs piégés. Ruddick comptait parmi les invités, mais quand Griffin apprit que ce mineur admiré était d’origine afro-canadienne, il insista pour le tenir à l’écart du groupe.

Les autres mineurs n’approuvèrent pas et selon les témoignages, ils émirent le commentaire suivant : « il n’y avait aucune ségrégation au fond du trou, et il n’y en a aucune dans ce groupe. » Mais Ruddick respecta la volonté de Griffin, ne désirant pas s’interposer entre ses compagnons de survie et leurs vacances bien méritées. Avec sa femme et ses enfants, Ruddick demeura à distance dans une caravane et ne vit pas ses compagnons blancs avant la fin des vacances.

De retour à la maison, les mineurs de Springhill durent chercher un nouvel emploi. L’éclatement avait endommagé l’installation souterraine au point où la mine dut être fermée après les opérations de secours, et elle ne rouvrit jamais.

Maurice Ruddick composa une chanson, The Springhill Disaster, qui fut interprétée et enregistrée par le chanteur country bluegrass Bill Clifton. Tous les profits furent versés à un fonds d’aide aux mineurs. Les paroles de la chanson sont disponibles à l’adresse www.cim.org/magazine/Springhill.

Traduit par SDL

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