août 2012

Approvisionnement

Approvisionnement du secteur minier : le contenu local ou la concurrence internationale?

Par Jon Baird

La plupart des entreprises canadiennes fournissant des biens et des services au secteur minier mondial ont compris qu'il était profitable de disposer d'un partenaire local. Cela permet en effet de disposer d'un représentant qui parle la langue locale, comprend les pratiques commerciales locales et fournit un service après-vente à proximité du preneur de décision. Ainsi, certaines entreprises canadiennes vendant au secteur minier mondial disposent de douzaines de représentants locaux dans le monde entier.

Cependant, une tendance actuelle croissante dans de nombreux pays est de forcer les entreprises minières en activité dans la juridiction donnée à s'approvisionner localement en biens et en services; tendance qui pourrait avoir de graves conséquences pour les fournisseurs canadiens. L'une des juridictions les plus protectionnistes dans ce domaine est l'Argentine.

En mai 2012, le ministère du secteur minier argentin a demandé aux entreprises minières d'acheter en priorité des produits et services locaux, ainsi que de demander une approbation gouvernementale préalable 120 jours avant d'effectuer des achats étrangers. Plus de 600 types de produits nécessitent désormais une licence d'importation, notamment les machines et les produits chimiques employés dans l'exploitation minière. Depuis cette annonce, les entreprises minières doivent fournir des estimations trimestrielles de leurs besoins d'achats, qui doivent être approuvées par un groupe de travail ministériel spécial. La crainte est que ce processus d'approbation gouvernemental retarde les livraisons d'intrants miniers de six mois.

Le Brésil cherche également à imposer un approvisionnement local pour les nouveaux contrats miniers. Ces mesures exigeraient des entreprises menant des activités de prospection et de production de minéraux de dépenser un certain pourcentage de leurs investissements auprès d'entreprises locales. Parallèlement, des efforts existent pour développer les industries locales pouvant fournir les biens et services nécessaires à l'extraction et au transport du pétrole et des minéraux à mesure que la production augmente. Les producteurs de pétrole brésiliens doivent déjà acheter localement jusqu'à 70 % des biens et services.

La charte minière d'Afrique du Sud comprend, quant à elle, des cibles d'émancipation économique de la population noire qui s'apparentent à des réglementations de contenu local. Ces cibles exigent des dépenses totales d'approvisionnement local de 40 %, de biens de consommation locaux de 50 % et de services locaux de 70 %. Parallèlement, les fournisseurs multinationaux doivent contribuer 0,5 % du montant payé par l'entreprise locale à un fonds de contributions sociales.

Partout en Afrique, des réglementations sur un contenu local émergent également, même si elles ne semblent pas particulièrement viser le secteur minier. Le Nigeria possède une loi sur le développement d'un contenu local qui promeut l'accès des entreprises locales à des contrats de construction; le Liberia dispose d'une loi pétrolière qui fait allusion à une préférence domestique et à l'embauche de la population locale; le Ghana applique également des réglementations sur un contenu local.

L'Australie a mis en place un programme incitatif qui offre aux entreprises minières des exemptions tarifaires et une augmentation des subventions gouvernementales. Plus tôt cette année, le quotidien The Australian a rapporté les règles « d'achats australiens » annoncées par le premier ministre australien, Julia Gillard, pour les entreprises souhaitant des subventions gouvernementales et des exemptions tarifaires, suite aux plaintes des syndicats déclarant que les grosses entreprises minières évitaient les fournisseurs locaux. The Australian continuait en signalant que le gouvernement forcerait les entreprises souhaitant des exemptions tarifaires à fournir des preuves supplémentaires, devant être publiées sur un site Web du gouvernement, indiquant que les entreprises australiennes bénéficieraient d'une chance égale d'obtenir des contrats dans le cadre du projet donné. Pourtant, le secteur minier australien continue de refuser les demandes de réformes qui rendraient obligatoire un contenu local. Le Minerals Council of Australia (conseil australien sur les minéraux) annonce qu'en 2009, la demande totale en biens et en services du secteur minier était de 85,7 milliards de dollars, dont 75,8 milliards (soit 88 %) étaient fournis par l'industrie locale.

Pour que le contenu local soit intégré avec succès aux chaînes logistiques, il faut assurer la longévité de la demande. Dans le secteur minier, la tendance est à un influx initial d'investissements en services, équipement et matériaux, pendant la phase de construction. Ensuite, l'équipement se dégradant nécessite un entretien ou un remplacement régulier, ainsi que des services supplémentaires. Cela fournit un domaine propice à la création d'industries de chaîne logistique nationales basées sur les activités du secteur minier à long terme.

Une question centrale sur la tendance vers des réglementations plus strictes d'un contenu local est de savoir si cela stimule une plus grande concurrence dans le secteur d'approvisionnement local ou si cela empêche la concurrence et mène au protectionnisme.

Quelle est la leçon à tirer pour les entreprises d'approvisionnement minier canadiennes explorant les marchés internationaux? Elles doivent renforcer leurs activités de sélection, de motivation et de contrôle des partenaires commerciaux locaux. Elles doivent également intégrer dans leur processus d'appel d'offre des clauses d'utilisation et d'expansion des capacités locales d'ingénierie et autres du pays qu'elles souhaitent approvisionner.

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