sept/oct 2010

Fini d'être dans le rouge

Les sables bitumineux prêts à croître, mais de grands changements seront requis

Par Dan Zlotnikov

À l’usine Suncor de sables bitumineux, des pipelines d’hydrotransport acheminent le minerai broyé et classifié à l’extraction primaire | Photo courtoisie de Suncor


Après une année de bas prix et de projets reportés, les sables bitumineux sont prêts non seulement pour une reprise, mais pour une expansion. Selon un rapport de IHS Cambridge Energy Research Associates (CERA), les sables bitumineux canadiens sont bien placés pour devenir le plus grand fournisseur de pétrole vers les États-Unis d’ici 2030.

Il reste cependant beaucoup à faire avant de satisfaire cette demande : l’avancement des projets, les préoccupations environnementales (l’approvisionnement en eau et la restauration des terrains) et les coûts de la main-d’œuvre. « Ces limitations à la croissance doivent être atténuées pour atteindre la cible », dit Jackie Forrest, directrice chez IHS CERA. « Il faudra des changements technologiques et de gestion. »

« Avec une récession comme celle que nous venons de traverser, il y a eu beaucoup de perte de confiance », explique Don Thompson, président du Oil Sands Developers Group (OSDG). « Cependant, les coûts d’immobilisation sont demeurés élevés alors que les prix du brut chutaient, un scénario épeurant pour les investisseurs. »

Les compagnies recommencent à prendre des risques. « En 2010, environ la moitié des projets de l’été 2008 ont été repris », dit Mme Forrest. Certains nouveaux projets, comme le projet Kearl d’Imperial Oil, progressent en raison des coûts moindres d’exploitation. « Le coût de nombreux biens, l’acier et la main-d’œuvre, sont à la baisse », dit Pius Rolheiser, porte-parole chez Imperial.

Selon la plupart des analystes, la demande des États-Unis pour le pétrole a probablement atteint son sommet en 2005, à près de 20,8 millions de barils par jour (Mb/j) et ce pays devrait demeurer le plus grand consommateur mondial, dépassant la Chine. Le Canada constitue déjà la plus grande source de brut des États-Unis, soit 21 % de ses importations, dont environ 8 % provenant des sables bitumineux.

Malgré la récession, la production des sables bitumineux a atteint environ 1,35 Mb/j en 2009, une augmentation de 14 % par rapport à 2008. L’Association canadienne des producteurs pétroliers prévoit 1,5 Mb/j pour 2010 et CERA prédit qu’en 2030, la production atteindra de 3,1 à 5,7 Mb/j selon des scénarios de développement plus ou moins agressifs.

Si les prix restent bas, est-ce que ça vaudra la peine d’extraire le pétrole? Les estimations varient grandement quant au prix requis, par baril de pétrole, pour demeurer profitable. Le prix d’extraction du pétrole des sables bitumineux demeure plus élevé que celui par forage conventionnel.

Selon l’Energy Resources Conservation Board (ERCB,) la production de bitume brut dépassera les capacités de raffinage au cours des prochaines années. Selon cet organisme de réglementation, en 2019, seulement 1,3 Mb/j des 3,2 Mb/j prévus seront valorisés. Les compagnies hésitent à investir dans la construction d’installations de valorisation en raison des coûts élevés de construction et de main-d’œuvre.

« La plus grande contrainte demeure la main-d’œuvre », dit Mme Forrest. Durant la période de boom, les compagnies rivalisaient pour les meilleurs salaires et conditions de travail; elles ne veulent pas revenir à cet état de choses mais elles n’auront peut-être pas le choix.

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