mai 2010

La responsabilité sociale des enterprises

Un concept en pleine croissance

. Par G. Woodford

Au cours d’un récent voyage au Paraguay afin d’évaluer les possibilités de construction d’une fonderie d’aluminium, Claude Perras, de Rio Tinto, a fait quelque chose de plutôt inhabituel : il est allé voir des gens et des groupes qui se consacrent à faire en sorte que des sociétés comme celle qui l’emploie ne s’installent pas dans leur pays et il a demandé à les rencontrer.

« La manière traditionnelle de faire les choses est généralement “Nous ne leur parlerons pas parce qu’ils sont contre nous”, explique Claude Perras, directeur, développement durable et relations communautaires de Rio Tinto. Nous avons quand même discuté avec les groupes les plus radicaux. »

Chaque camp s’est exprimé et a ensuite écouté l’autre. Même si aucun miracle n’a eu lieu au Paraguay, Claude Perras est persuadé que communiquer était la bonne chose à faire. « L’accueil que nous avons eu était très bon. Maintenant qu’une voie de communication est ouverte, on s’attend à de la transparence. »

De nombreux joueurs de l’industrie minière ont la conviction que c’est l’orientation que doit prendre la responsabilité sociale des entreprises (RSE), pas seulement parce que c’est préférable sur le plan moral, mais aussi pour être plus rentable.

Hier et aujourd’hui

Dans le bon vieux temps, l’idée que les sociétés minières internationales se faisaient de l’engagement communautaire se résumait à donner un peu d’argent à l’hôpital de la ville ou au club sportif local. Leurs établissements clôturés employaient des travailleurs recrutés à l’étranger et ces sociétés se coupaient des collectivités locales.

La pression d’adopter une démarche plus raffinée est venue en grande partie de groupes communautaires locaux et d’exigences réglementaires améliorées des gouvernements des pays où ces sociétés font affaire. Celles-ci ont alors réagi en créant des politiques détaillées en matière de responsabilité sociale des entreprises, énonçant un engagement à l’égard du « triple bilan », qui présente à la fois la performance financière, environnementale et sociale d’une entreprise. Cette démarche est très récente et remonte à environ cinq ans. Elle est née du concept de « développement durable. » La responsabilité sociale des entreprises et le développement durable sont deux côtés d’une même médaille, sauf que le développement durable se concentre davantage sur les préoccupations environnementales. Par contre, nombreux sont les intervenants de l’industrie qui utilisent les deux termes de manière interchangeable.

Les sociétés minières canadiennes sont catégoriques : elles ne jettent pas de la poudre aux yeux. Elles sont désormais nombreuses à surveiller leur rendement en matière de responsabilité sociale ou embauchent des entreprises externes pour le faire et transmettent ces renseignements au public et à leurs actionnaires. Bon nombre d’entre elles participent à des initiatives comme celle intitulée Vers le développement minier durable de l’Association minière du Canada, qui recueille et publie des données sur la RSE à l’aide de plusieurs indicateurs de rendement, notamment la gestion des résidus, la préparation en cas de crise et la gestion de l’énergie.

« À une certaine époque, nous pensions que la responsabilité sociale des entreprises devait se faire pour des raisons de morale ou parce que cela nous accordait une certaine latitude sur le plan social. Le problème de cette attitude, c’est qu’elle se fonde sur le conflit avec la société, ce qui est difficile à mesurer », explique le vice-président, responsabilité sociale d’entreprise de Cameco, Gary Merasty. « Il y a eu un virage complet. Nous comprenons désormais l’interdépendance entre l’entreprise et la société. Utiliser la responsabilité sociale des entreprises de manière stratégique, c’est demeurer fidèle à ce lien d’interdépendance. »

Catherine Coumans, du groupe de surveillance Mines Alerte Canada, reconnaît les progrès qu’a réalisés l’industrie minière dans ce domaine dans une période relativement brève, et s’en réjouit. « En 1999, lorsque Mines Alerte Canada a commencé ses activités, il était difficile d’avoir une conversation sur ces problèmes avec les gens de l’industrie. Maintenant, nous avons franchi l’étape où nous devions en parler. Aujourd’hui, nous avons une conversation bien plus sérieuse. » Toutefois, selon Catherine Coumans, accepter la critique n’est que la première étape de la responsabilité sociale. Le fait que les normes de responsabilité sociale sont volontaires constitue un obstacle gigantesque à leur adoption généralisée. « La responsabilité sociale peut faire partie du décor puis disparaître du jour au lendemain », explique-t-elle. « Un chef de direction peut être enthousiaste par rapport à la responsabilité sociale, mais pas son successeur. Nous voyons cela très souvent. »

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